Ne croyez pas que je hurle est le joyau tant attendu de l'année. Film expérimental et sentimental, audace narrative et visuelle, cette expérience signée Frank Beauvais est aussi délicate que mélancolique, curieuse que hypnotique.



Betty Marcusfeld
Cervin, la montagne du monde
Chambre 212
Donne-moi des ailes
Jacob et les chiens qui parlent
Joker
La fameuse invasion des ours en Sicile
La grande cavale
Nos défaites
On va tout péter
Papicha
Pour Sama
Quelle folie
Soeurs d'armes
Tout est possible



Parasite
Le Roi Lion
Une Fille facile
Viendra le feu
Deux moi
Un jour de pluie à New York
Bacurau
Ne croyez surtout pas que je hurle
Alice et le Maire
Les mondes imaginaires de Jean-François Laguionie



L'œuvre sans auteur
Comme des bêtes 2
Fast and Furious: Hobbs and Shaw
Le Gangster, le Flic et l’Assassin
Once Upon a Time... in Hollywood
Perdrix
Playmobil, le film
Une grande fille
Roubaix, une lumière
Thalasso
Les Baronnes
Late Night
Hauts perchés
Frankie
La vie scolaire
Fête de famille
Les hirondelles de Kaboul
Liberté
Jeanne
Music of My Life
The Bra
Tu mérites un amour
De sable et de feu
Ad Astra
Trois jours et une vie
Portrait de la jeune fille en feu
Au nom de la terre
Downton Abbey
Port Authority
Atlantique
Gemini Man






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Taxi Téhéran (Taxi)


/ 2014

15.04.2015
 



CECI EST PLUS QU’UN FILM





"Tout film mérite d’être vu, le reste est une affaire de goût."

Impossible, face au nouveau film de Jafar Panahi, de ne pas penser à Ten de son compatriote Abbas Kiarostami, qui démontrait déjà en 2001 la puissance de l’automobile comme révélateur de tensions sociales et sa nature d’espace inattendu de liberté. Dans cet habitacle clos en perpétuel déplacement, tout ce qui est d’ordinaire caché se révèle, la parole s’émancipe, les idées fusent, l’esprit s’affranchit de ses chaînes. Comme s’il s’appliquait dans ce huis clos exigu et banal des règles radicalement différentes de celles du dehors, permettant de capter un air du temps qui serait au plus proche des préoccupations réelles d’une société.

Ce constat, Jafar Panahi l’a d’abord fait à titre personnel, en empruntant un taxi collectif où deux passagers discutaient à haute voix. Décidé à faire "rentrer la ville dans [son] taxi", il a dans un premier temps envisagé de réaliser un documentaire, avant d’opter pour une forme plus hybride de docu-fiction, basé sur un scénario écrit et tourné en "caméra cachée" pour ne pas attirer l’attention des autorités iraniennes (à l’heure où nous écrivons, Jafar Panahi est toujours sous le coup d’une interdiction de réaliser des films). Trois caméras "black magic" étaient ainsi dissimulées dans la voiture et manœuvrées par le réalisateur lui-même. Cela donne une mise en scène minimaliste, limitée aux angles de vue et aux rares mouvements permis par le dispositif, dans laquelle s’épanouit naturellement le propos du film.

Démonstration par l'absurde

Une fois encore, le cinéaste iranien est même parvenu à retourner la situation à son avantage, faisant des contraintes liées à son interdiction de tourner une force formelle épatante et maligne. Tout dans ce Taxi-là respire l’intelligence et l’humour, entre sujets graves et clins d’œil complices aux spectateurs. Jafar Panahi, fidèle à lui-même, fait à nouveau la démonstration efficace de l’absurdité du système iranien, tout en dressant un portrait plus que sensible d’une société qui, au fond, fait de son mieux pour continuer d’avancer malgré tout. Ainsi les vieilles dames superstitieuses et leur poisson rouge, le vendeur de DVD pirates sous le manteau, ou même l’agresseur dont on entendra seulement la voix. Il y a plus de tendresse que de rage dans le regard porté sur les personnages, sans doute parce que Jafar Panahi ne fait aucune distinction entre les individus, qui deviennent tous ses semblables, un peu filous, un peu hors-la-loi, chacun poussé dans ses retranchements par le contexte (économique, social, politique…) de l’Iran actuel.

Il aborde ainsi tout azimut la misère et la condition de la femme, la peine de mort et la répression politique, l’importance de la culture et l’insoumission des artistes. Il se permet pas mal d’audaces, y compris stylistiques, et s’offre un film pétillant et libre, presque un pied-de-nez joyeux à l’attention de ceux qui cherchent à le faire taire. A ce titre, les plus belles séquences sont probablement celle où sa nièce (un peu tête-à-claques, malgré tout) essaye de comprendre les critères d’un film "diffusable" (selon le régime en place) et celle où l’avocate Nasrin Sotoudeh (militante des droits de l’Homme) lui parle avec simplicité et justesse de sa jeune cliente Ghoncheh Ghavani, emprisonnée pour avoir essayé d’assister à un match de volley-ball masculin.

Au fil du film, légèreté et gravité s’équilibrent dans une alchimie complexe où transparaît en filigrane un enjeu qui va bien au-delà du cinéma. Pour le spectateur, c’est un film brillant et divertissant, mais pour ceux qui le réalisent, c’est une prise de risque consentie pour témoigner de la réalité de leur quotidien. Un cri de révolte mêlé d’espoir, de noirceur et d’ironie, qui se double d’une déclaration d’amour poignante au cinéma. Jafar Panahi n’avait peut-être jamais été aussi loin dans l’observation quasi-documentaire et micro-sociale de son pays, et pourtant, il signe son film à la fois le plus éminemment universel et le plus follement cinématographique.
 
MpM

 
 
 
 

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