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L'Adieu de Lulu Wang est à la fois un portrait de famille et un portrait de la Chine contemporaine qui refuse de reconnaître ses faiblesses. Un voyage initiatique sensible et touchant, porté par une mise en scène qui oscille entre le burlesque et le documentaire.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20


  



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Le bouton de nacre (El Botón de Nácar)


/ 2014

28.10.2015
 



FINEMENT COUSU





"Condamner et retrouver tous les coupables n’est pas la fin. Ce n’est que le début."

Depuis ses premiers documentaires (La première année, La bataille du Chili…), Patricio Guzman ne cesse d'interroger l'histoire et les non-dits de son pays : les années Allende, le coup d’état de 1973, la mise en accusation de Pinochet à Londres en 1998… Dans Le bouton de nacre, tout part d'une goutte d'eau emprisonnée dans un bloc de quartz depuis 3000 ans que le réalisateur parvient à rattacher à deux grandes tragédies chiliennes : l'extermination des populations autochtones de Patagonie (le "peuple de l'eau") et l'assassinat de plus 1000 opposants jetés à la mer sans autre forme de procès pendant la dictature.

Mêlant images d'archives, témoignages d'Indiens Kawésqar et même reconstitution du "largage" des opposants, Patricio Guzman choisit une voie singulière, presque intime, pour retracer ces pages noires de l’Histoire. En voix off, il prend des accents poétiques pour raconter l’étrange destin parallèle des Indiens parqués dans des conditions misérables et des opposants politiques enfermés, des années plus tard, dans les mêmes camps, avant d’être torturés et exterminés.

S’il nous inflige la liste des tortures pratiquées sous la dictature, ainsi que la description glaçante des assassinats, le réalisateur multiplie les prises de recul, au propre comme au figuré. Il propose ainsi de superbes vues de l’espace et de la nature grandiose du Chili, avec en fond ces interrogations lancinantes : est-ce que les forts dominent toujours ? La même chose est-elle arrivée sur d’autres planètes ? Le bouton de nacre se teinte alors d’une universalité poignante, évoquant sans les nommer toutes les exactions commises par l’être humain au fil des siècles, et interrogeant même la possibilité d’un mal qui serait inhérent à la vie, terrestre comme galactique.

Malgré le choix de l’eau (avec son cycle si minutieux, sa beauté fulgurante et même sa mémoire) comme fil conducteur du récit, le cheminement de la pensée de Guzman peut parfois sembler acrobatique, notamment dans sa manière de rattacher les différents éléments du film, historiques, métaphysiques ou sociaux. Pourtant, il se dégage du film une profondeur et une émotion qui vont au-delà de ce que susciterait un simple documentaire historique. Poursuivant dans l’expérimentation entamée avec Nostalgie de la lumière, le cinéaste continue de réinventer un genre cinématographique à part entière, qui mêle les faits historiques, la réflexion philosophique et l’intime pour proposer une vision non parcellaire du monde. Forcément fascinant.
 
MpM

 
 
 
 

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