Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Tangerine


USA / 2015

30.12.2015
 



SIN-DEE AU PAYS DES MERVEILLES





"Los Angeles est un beau mensonge dans un bel emballage !"

Trois ans après le génial Starlet, le réalisateur Sean Baker revient avec un nouvel objet audiovisuel non identifié, ou presque. Produit pour moins de 100.000 dollars, Tangerine marque un véritable tournant dans la carrière du New-yorkais. En effet, avec ce conte de fées ultra contemporain, l'habitué des festivals South by Southwest et Sundance nous fait plonger dans un univers souvent dissimulé et ignoré : celui des prostitués transsexuels.

Pendant 88 minutes, Sean Baker nous raconte une journée type dans la vie de Sin-Dee Rella, une travailleuse du sexe transsexuelle qui sort tout juste de prison. Elle apprend de la bouche de sa meilleure amie Alexandra que son petit copain (et mac) Chester l'a trompée. Une grosse gaffe et ses conséquences. Commence alors une chasse aux sorcières en forme de course-poursuite sous acides dans un Los Angeles peu glamour et méconnu, presque sans identité. En parallèle, le chauffeur de taxi Razmik tente de retrouver les deux femmes alors même que sa belle-mère le soupçonne de mener une double-vie.

A première vue, Tangerine pourrait être un film amateur inintéressant et casse-gueule. Mais il n'en est rien. Principalement filmé avec des iPhone 5S, le nouveau film de Sean Baker est une prouesse visuelle. Il a l'esthétique d'un film amateur et le souffle politiquement engagé d'un passionné. Avec sa mise-en-scène brute et brutale, Sean Baker nous embarque (parfois malgré nous) dans le quotidien pas très rose de gens ordinaires mais marginalisés. Avec Sin-Dee Rella, Alexandra et Razmik, ces trois personnages si semblables et si différents à la fois, impossible de s'ennuyer. Face à la colère de Sin-Dee Rella, Alexandra tente de calmer le jeu mais ne peut s'empêcher de rire devant la vie pathétique que mène Razmik. Véritable trio de bras cassés, difficile de ne pas les apprécier. Là où Bruce La Bruce en aurait fait un portrait fortement érotisant, quasiment documentaire, Sean Baker a préféré s’orienter vers un mélo burlesque qui fait écho aux premiers films déjantés de Pedro Almodovar.
Sans chichis, le sexe, ce grand sujet encore trop souvent tabou, est montré et discuté ouvertement. Ça suce, ça partouze, mais ça se crêpe le chignon et ça se fout des torgnoles aussi. Kiki Kitana Rodriguez (Sin-Dee Rella) et Mya Taylor (Alexandra) que l'on pourrait bien retrouver dans les prochaines remises de prix tant leur interprétation est oscar-worthy, nous séduisent immédiatement avec leur langage cru et leur complicité.

Sean Baker n'a rien laissé au hasard. Ralentis, accélérés, son désynchronisé ou encore montage très cut, l'action de Tangerine se déroule à un rythme effréné et il convient de ne pas en perdre une seule miette. Grâce à des dialogues piquants et hilarants, cette comédie fantasque côtoie des références culturelles que l'on ne saurait compter. Et si certains lui reprocheront ce trop-plein de name-dropping, impossible de ne pas voir Tangerine comme une plongée dans la vie de deux copines qui se disent tout - mais parfois pas l'essentiel. Un peu comme vous et moi.

Si la première partie du film a tout d'un road-trip qui peut donner le tournis, le film atteint son point de non-retour lors d'une scène complètement absurde dans une boutique de donuts. Ça crie, ça pleure, ça s'énerve, ça réfléchit. Voilà comment il faut percevoir Tangerine. Car entre les quiproquos et la somme incommensurable de révélations, la pépite de Sean Baker se réfléchit. L'amour et la fidélité sont-ils permis quand on tapine sur le trottoir ? Pourquoi les transsexuels de Little Armenia (à deux pas d’Hollywood) sont souvent contraints de se prostituer ? Jusqu’où peut-on croire à ses rêves avant qu’ils ne deviennent des illusions ? Quelles vérités sont bonnes à dire ? Autant de questions que le film pose sans prévenir au milieu d’un choc des cultures qui vire au vaudeville jubilatoire au final. Car toutes ces interrogations révèlent les contradictions et la vulnérabilité de chacun. Au milieu de cette hystérie, parfois loufoque, face à une réalité sordide, mais jamais complaisante, il ne reste que l’honneur et sa dignité, et bien sûr l’amitié, pour ne pas saigner à chaque blessure…

Histoire de filles, histoires de cul ou histoires de fric, Tangerine a tout de l'œuvre hybride (et forcément inclassable). Sorte de prequel de Pretty Woman, avec les paumés et sans le Prince charmant. Drama Queen’s Story du XXIè siècle, Sean Baker est parvenu à éviter tous les écueils (pathos, pitié, …) pour livrer une œuvre punk, poétique et picaresque. Les personnages sont à vif mais le charisme qui se dégage du film doit surtout à l’hyperactivité du scénario et de la mise en scène. Conte de Noël pas comme les autres, ce SOS Amitié des losers est un anti-Cinderella. Heureusement, ici, la détresse laisse la place à la tendresse. « Joyeux Noël Pétasse ! »
 
wyzman

 
 
 
 

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