Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Split


USA / 2016

22.02.2017
 



MULTIPLICITY





«- Plusieurs personnalités et c'est moi qui ai le diabète putain!»

Trois jeunes filles quittent un anniversaire et se retrouvent kidnappées par un psychopathe. Il n'y a pas de préliminaires avec M. Night Shyamalan et dès les premières secondes nous voilà dans le vif du sujet. À peine le souffle repris, le réalisateur de Sixième sens et d'Incassable nous attaque de nouveau et ne s'arrête guère, nous plongeant ainsi dans un grand huit ficelé à la perfection.

Bouddha disait que "nous sommes ce que nous pensons", M. Night Shyamalan nous le confirme en traitant du sujet de la schizophrénie et plus particulièrement du pouvoir que le cerveau exerce sur le corps. Inspiré par de nombreux faits psychologiques, Split démontre que l'on peut être tout ce que nous voulons à condition d'y croire... non il ne s'agit pas d'un Disney mais d'un fait mental qui touche de nombreuses personnes. Pensez à une douleur dans le pied et vous êtes sûre que vous aurez mal dans quelques secondes.

Il n'est donc pas étonnant d'être captivé par l'intrigue de Split, qui, en plus, est porté avec brio et intensité par ses acteurs, y compris les rôles secondaires comme les trois jeunes victimes ou la psychologue à la prestance inégalable. Mais c'est bien James McAvoy qui bluffe: Expressions faciales, corporelles et même vocales, il en vient à redéfinir la profession de comédien, en devenant un transformiste capable de basculer d'un personnage à l'autre avec brio. Vertigineux. Il incarne parfaitement ce personnage "shyamalannien", évidemment souffrant d'une maladie rare, évidemment subissant son destin.

Côté script, nous sommes balancés de tous les côtés et notre niveau de stress est à son paroxysme jusqu'à la révélation finale (inattendue et jouissive pour les fans du réalisateur). Pas de doute, M. Night Shyamalan a été inspiré cette fois-ci. Sans s'alourdir d'un budget trop pesant (le film n'a même pas coûté 10M$) ni s'embarrasser de ses obsessions ésotériques, le cinéaste renoue avec son genre, tout en s'offrant une liberté, une fraîcheur salutaires.

Mais on retient surtout que ce film qui fait vraiment peur doit autant aux plans épurés du cinéaste (les effets ne sont pas si nombreux et assez classiques) que du jeu polymorphique ou protéiforme de son acteur (qui est en fait le véritable effet de Split). Avec une économie de moyen et en retrouvant les bases du cinéma (une histoire, un acteur, du mouvement), le réalisateur donne une leçon à ces cinéastes qui abusent d'images désincarnées et de montages manipulateurs.
C'est finalement un visage qui sert de terrain de jeu (et de multiples je) pour cette effroyable aventure. La psychose est palpable et le cauchemar lisible. Un peu comme lorsqu'on découvrait Anthony Hopkins en Hannibal Lecter, où nous n'avions pas besoin de voir ses actes monstrueux pour comprendre qu'il était monstrueux.

Nous piégeant dans le cauchemar d'un mec qui souffre de troubles dissociatifs d'identité, M. Night Shyamalan revient en force avec ce thriller poignant, tranchant et captivant. Le tout est de savoir qui finalement est piégé par qui? McAvoy par ses différentes personnalités? Le cinéaste par son sujet exponentiel? Le spectateur par l'insaisissable personnage qui ne permet jamais de prévoir ce qui va suivre? C'est bien là que Split fascine. D'autant que le monstre échappe à toute lois, à tous jugements, à toute morale.
 
Cynthia

 
 
 
 

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