Et puis nous danserons était l'un de coups de cœur cannois. Enivrant, exaltant, brillant! La répression des homosexuels et l'élan romantique qui prend tous les risques, la danse comme lien sensuel et la musique euphorisante. A voir! A découvrir!



Countdown
Graines de ronds-points
J'accuse
J'aimerais qu'il reste quelque chose
Koko-di Koko-da
L'âme du vin
Le bel été
Le Mans 66
Le roi d'ici
Little Joe
Noura rêve
Océan
Pères et impairs
Prendre soin
Rendre la justice
Zibilla ou la vie zébrée



Ne croyez surtout pas que je hurle
Alice et le Maire
Les mondes imaginaires de Jean-François Laguionie
Chambre 212
Joker
Pour Sama
Shaun le mouton le film : la ferme contre-attaque
La cordillère des songes
Et puis nous danserons
J'ai perdu mon corps
La belle époque
Le monde animé de Grimault



Once Upon a Time... in Hollywood
La vie scolaire
Ad Astra
Portrait de la jeune fille en feu
Au nom de la terre
Downton Abbey
Port Authority
Atlantique
Gemini Man
Donne-moi des ailes
Jacob et les chiens qui parlent
La fameuse invasion des ours en Sicile
Nos défaites
Papicha
La bonne réputation
Maléfique 2: le pouvoir du mal
Martin Eden
Matthias & Maxime
Queens
Abominable
5 est le numéro parfait
Hors normes
Au bout du monde
Sorry We Missed You
Le Traître
Retour à Zombieland
Mon chien stupide
The Laundromat
Un monde plus grand
Une Colonie
Adults in the Room






 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 20

 
Une femme fantastique (Una mujer fantástica)


/ 2016

12.07.2017
 



LA PIEL QUE HABITO





« Va détruire une autre famille, espère de monstre ! »

Difficile de parler du nouveau film de Sebastian Lelio (à qui l’on doit Gloria, présenté en 2015 à Berlin) sans dévoiler la révélation qui intervient au bout d’une d’une bonne vingtaine de minutes : Marina, l’héroïne du film confrontée au décès de son compagnon plus âgé, et confrontée à la violence de sa famille, est une jeune femme transsexuelle. Si la famille du défunt la rejette, c’est donc moins par jalousie envers celle qui leur a volé un mari et un père que par refus de ce qu’elle représente.

Le sujet du film est alors sensiblement plus violent que ce qu’il semblait au départ, mais aussi plus moderne. Pour le réalisateur, c’est en effet l’occasion d’aborder de front l’intolérance et même la violence dont sont victimes les personnes transgenres à travers le monde. Ainsi, son héroïne est perpétuellement renvoyée à cette condition : ses interlocuteurs alternent les questions malsaines (ah, la fameuse obsession du mâle hétérosexuel sur l'avancement de "l'opération" !) et les réflexions glauques (l'ex-femme de son compagnon la traitant carrément de "chimère" - on vous épargne les insultes). La transphobie est ici terriblement palpable et banale, d'une facilité déconcertante, puisqu'elle s'adresse à un individu considéré comme fantomatique et sans consistance, puisqu’appartenant à deux mondes à la fois.

Marina, pourtant, ne s’écarte jamais de son combat : obtenir ce qui lui semble son droit le plus élémentaire, la possibilité de dire adieu au défunt et d'entamer son travail de deuil. Sebastian Lelio la filme symboliquement en train de marcher contre le vent, rien ne pouvant la faire dévier de sa trajectoire, et c'est l'impression que donne le personnage tout au long du film. Marina n'a rien d'une victime, et si elle est émouvante, c'est par sa capacité à ne pas baisser les bras. Une force de caractère qui passe par la persévérance et l'affirmation de soi plutôt que par la violence ou les cris. Car Marina ne supplie pas et ne demande pas de faveur. Elle ne s’excuse pas d’être elle-même. Elle réclame simplement le droit élémentaire d'être traitée en être humain. Comme n’importe qui.

On peut avoir des réserves sur le travail du cinéaste chilien, pas toujours subtil dans la démonstration, impossible toutefois de ne pas saluer l’importance vitale d’utiliser le cinéma pour aborder de tels sujets. Il transforme avec beaucoup de force la trajectoire intime de son personnage en un plaidoyer éminemment universel. Malgré ses maladresses et ses facilités de scénario, Une femme fantastique est ainsi un film indispensable qui parvient à faire acte de pédagogie sans être didactique. On peut aussi lui reconnaître un véritable talent dans la direction d’acteur. Dans le rôle de Marina, la comédienne Daniela Vega est d’une justesse sidérante, apportant au personnage cet inimitable mélange de doute et de certitude, de douleur et d’envie de vivre, qui fait d’elle un véritable personnage (complexe et ambivalent) et non un quelconque archétype transgenre, pour autant que cela veuille dire quelque chose. Finalement, tout ce que l’on voit à l’écran, c’est un être humain en pleine reconstruction après avoir été blessé par la vie, et qui pourrait être notre soeur, notre fille, ou simplement nous-même.
 
MpM

 
 
 
 

haut