L'ile aux chiens, nouvelle fable (engagée) de Wes Anderson, Ours d'argent du meilleur réalisateur à Berlin, est artistiquement brillante, son récit entre dérision et aventures très foisonnant.



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Que Dios Nos Perdone


Espagne / 2016

09.08.2017
 



TUER LA MÈRE





«- Il ne tuera plus. »

Le polar espagnol a son style. Que Dios nos perdones s’inscrit dans la veine de La Isla Minima. Un duo de flic que tout oppose, une photo léchée, une enquête où l’atmosphère ambiante est aussi poisseuse que les crimes sont sordides.

Le réalisateur Rodrigo Sorogoyen nous emmène en terrain plutôt balisé. Mais le parcours n’est pas désagréable. D’abord parce que les personnages ont un tempérament bien trempé et qu’ils sont complexes. L’un est entier, charismatique, frimeur, compétent, jaloux, impulsif. L’autre est peu aimable, consciencieux, bègue, discret, doué et imprévisible. Au pays des machos, les mâles se pavanent, mais ils naviguent en solitaire.

Et puis il y a cet art du dialogue ciselé, du plan bien cadré, des personnages secondaires jamais oubliés.

On en oublierait presque qu’un jeune homme élégant au pénis imposant viole et tue des vieilles dames madrilènes. D’ailleurs, l’enquête n’est qu’un prétexte. C’est davantage la relation entre les flics et les coulisses de l’investigation qui occupent le scénario. Et quand le serial killer est connu du spectateur, c’est avant l’issue de la traque qui tient lieu de suspens.

Personne n’est vraiment très net dans cette histoire. Chacun a son côté bestial. Et en arrière plan, il y a Dieu, le pape, l’église, la religion comme catalyseur de problèmes. C’est assez freudien, avec la figure de la mère pas vraiment virginale.

Le film est doté d’une véritable tension mais manque peut-être d’originalité. Cependant, certaines séquences sont vraiment haletantes, jouant l’ambivalence des uns ou les névroses des autres. Des bons, des brutes, tous salauds. Tout part en vrille finalement.

Plus le récit avance, plus le duo est martyrisé, torturé par leurs démons intérieurs. Le scénario a sa dose de sadisme d’ailleurs. C’est regrettable que le spectateur ait un temps d’avance sur l’enquête, le laissant à distance de ces deux flics qui rament pour conclure et choper le coupable. Mais ça n’enlève pas le plaisir (coupable justement) de voir le meurtrier leur échapper. Cela permet quelques rebondissements finaux.

D’autant que le bègue et le serial-killer ont en commun la hantise de leur mère. Leur « handicap » (la parole, la sexualité) ne peut disparaître que si le premier résout cette affaire et si l’autre tue sa génitrice.

Cela conduira à un huis-clos étouffant. Et tout aussi immoral que le reste du film. Le cinéma espagnol aime jouer avec les zones floues de la Loi des Hommes. Dieu peut pardonner leurs abominables crimes. A voir ce film, on peut douter de son existence.
 
vincy

 
 
 
 

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