Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Simon et Théodore


France / 2017

15.11.2017
 



GROSSESSE NERVEUSE





«- J’suis prêt à tout pour pas te perdre. J’t’aime à la folie. Et voilà : à la folie ! »

Le futur père est un peu dérangé. Il sort de l’hôpital psychiatrique. Il est pourtant, jeune et sexy. Felix Moati se glisse avec une jubilation visible et une aisance agréable dans le rôle d’un homme qui se laisse envahir par ses pulsions autodestructrices et soumettre à l’amour absolu pour sa femme.
La future mère, justement, est enceinte jusqu’au cou. Elle n’est pas loin de l’hôpital, rayon maternité. Elle est jeune et jolie. Mélanie Bernier est idoine pour le personnage, une rabbine qui doit jouer la mère avec son mari et penser à son rôle de maman à venir.
Entre eux va s’insérer un ado revêche, au physique un peu ingrat, presque asexué, bouillonnant à l’intérieur, mal dans sa peau.

Simon, c’est le père. Théodore, c’est l’ado. Pourtant le film aurait pu s’appeler Rivka et Edith et les mecs.

Car ce sont bien les femmes qui portent la culotte dans ce deuxième film de Mikael Buch. Rivka est rabbine, autant dire un métier qu’on voit rarement dévolu à une femme, et clairement la patronne quand son mari n’est pas parvenu à finir ses études et encore moins à grandir. Edith (Audrey Lamy, qui campe comme il faut son personnage) est seule à élever Théodore, travaille de nuit en agent de sécu d’une usine de banlieue, autant dire que c’est plutôt un rôle de mâle au cinéma, et définitivement la cheffe du foyer.

Quant aux mâles, outre le romantique insouciant et l’ado perturbé (ou l’inverse), il nous reste le collègue d’Edith, Marc, qui a compris que les femmes régnaient sur le monde, ce qui le rend véritablement touchant dans sa tentative de drague, et le géniteur de Théodore, Paul, l’habituel lâche du genre masculin, un peu perdu de voir sa responsabilité lui revenir en pleine figure (avec une bonne droite).

Simon et Théodore pourrait être une allégorie du déclin de l’empire masculin, avec deux hommes frustrés, enragés, se faisant plus de mal à eux-mêmes qu’aux autres (quoique, les autres payent toujours les conséquences). Dans ce Paris du 9e et du 18e cher à François Truffaut, Mikael Buch entrechoque ces deux folies légères. C’est d’ailleurs leur rencontre qui produit les premières étincelles de ce film charmant.

Comme dans le premier film de Mikael Buch, Let My People Go, le héros est piégé par un dilemme, face à un choix crucial entre son passé et son avenir, aux prises avec une crise d’identité (mari et père et lui-même).

Cette fable, qui accouchera évidemment d’un happy end réconciliateur et apaisant (sans doute trop rapidement amené et trop prévisible pour nous satisfaire complètement), cette fable donc démontre surtout la puissance des femmes dans l’adversité quand les vulnérables pénis sur pattes ont un problème de virilité, ne sachant finalement exister que par leur force physique.

Ce pourrait être caricatural et ça ne l’est pas car tout le long métrage est bienveillant. Avec les deux parties. Il y a une sensibilité réelle dans l’écriture des protagonistes et une délicatesse évidente dans la manière de les filmer.

Mais l’ensemble manque un peu de profondeur, de cette densité qui l’aurait un peu élevé au-delà du niveau romanesque et poétique. On peut au moins saluer et apprécier cette légèreté qui cache par politesse, peut-être par pudeur, tant de gravité.
 
vincy

 
 
 
 

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