C'est reparti pour le casse de l'année, avec cette fois Debbie Ocean (sœur de) aux manettes ! C'est clairement son beau casting féminin qui fait le charme de cet Ocean's 8 qui réunit Sandra Bullock, Anne Hathaway, Cate Blanchett ou encore Rihanna.



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Call Me By Your Name


USA / 2017

17.01.2018
 



THE LOVE FACTORY





«Arrête de faire l’hôte parfait»

La Lombardie, un été au début des années 1980. Call me by your Name prend racine dans une Italie baignée de soleil, dans une époque sans Sida mais coincée encore par des conventions conservatrices. Ce film aurait du être réalisé par James Ivory (Retour à Howard’s End, Chambre avec vue, Les vestiges du jour) et on saisit très vite pourquoi ce roman d’André Aciman l’avait séduit. La subtilité des sentiments, l’invisibilité de l’oppression sociale, les désirs inavoués et l’érudition des personnages forment un bloc de marbre dans lequel aimait tailler Ivory.

Mais pour le sculpter, il a fallu attendre que Luca Guadagnino s’y attèle. On savait que le réalisateur de Amore et A Bigger Splash détenait un certain savoir-faire dès qu’il s’agit d’appétit amoureux, de flammes contrariées, de transgressions franchies et de relations non conformistes.

On ignorait sans doute qu’il était capable de « produire » un chef d’œuvre sensuel et troublant, sensible et irrésistible.

Car Call me by your name est incontestablement l’un des plus grands mélodrames de notre époque.

Sans parler de la mise en scène (nous y reviendrons), le film révèle sa force et son intensité dans ses personnages et les acteurs qui les incarnent.

« Je te fais si peur ? Tu ne me rends pas la tâche facile »

Séduire le public avec deux individus pas vraiment empathiques et même un peu arrogants auraient pu se révéler ardu. Et c’est tout l’inverse. On est immédiatement conquis par le charme de Timothée Chalamet (Elio) qui livre une performance dont la profondeur va évoluer crescendo. De même la beauté et l’ambiguïté de Armie Hammer (Oliver), entre deux âges, entre deux chaises, séduit avec évidence. Si leur caractère n’est pas avenant – les deux véhiculent un mal-être, celui d’un garçon trop mature et déstabilisé par ses pulsions et celui d’un homme qui enfouit ses attirances – leur alchimie réussit à les rendre compatibles et crédibles, attachants et aimants.

Mais ce n’est pas le seul obstacle. Finalement, Call me by your name est la fouille archéologique d’un coup de foudre qui hésite à tonner. Le consentement sera tardif tant, a priori, ils ne s’intéressent pas l’un à l’autre. Que l’on sache ou pas ce qui va leur arriver, la tension existe : qu’on ignore la finalité du film, et on sera intrigué par cette liaison étrange, qu’on connaisse l’aboutissement de leur relation, et on sera impatient de la voir se concrétiser.

« Vaut-il mieux parler ou mourir »

Cette ébullition joue avec les nerfs de chacun. Entre jalousie et rejet, peur de leurs sentiments et haine plus facile que l’amour, la psychologie du duo se révèle toute en finesse, préférant s’ignorer tout en restant obsédés par l’autre.

Si leur attirance ne saute pas aux yeux, elle est bien diffuse. Leur défiance naturelle n’est que l’appréhension d’un vertige à la fois attractif et répulsif. Comme on s’éloigne du bord d’un précipice, on met de la distance, ce qui empêche la rencontre, le saut dans le vide. L’amitié éventuelle, l’admiration mutuelle bloquent l’amour possible.

Reste à savoir qui plongera le premier.

Le désintérêt qu’ils affichent est calculé. Quitte à affirmer une envie et une vie contraires. L’un se connaît trop et se méfie de lui-même. L’autre ne se connaît pas encore et s’interroge sur lui-même. Qui poussera au « crime » l’autre. Dans ce suspens romantique, il y a quelques détails qui ne nous trompent pas : une main sur l’épaule, un massage de l’omoplate, des peaux en contact, des regards voyeurs.

Ce qui les réunit c’est d’abord et avant tout cette séduction intellectuelle, musicale, littéraire, amicale, tactile, avant d’être sexuelle.

« C’est prometteur, tu bandes encore »

Le cinéaste n’hésite pas à souffler le chaud et le froid, créant une buée qui rend la vision opaque plus qu’elle ne les rend aveugles. En préférant le suggestif, il attise par l’image le désir que l’on ressent entre eux. Il y a une forme d’érotisme masculin, un homoérotisme exacerbé, qui illustre ce plaisir inassouvi, et transforme alors le désir en situation aussi cruelle qu’insupportable. En caleçons ou en shorts, avec un abricot à la bouche ou une pêche sur le sexe, en érection sous le jeans ou après une éjaculation précoce dans les bois, la bite en bouche ou les fesses à l’air : le cru n’est jamais vulgaire, mais s’insère avec justesse dans cette romance assoiffée de luxure. Pourtant, cette gourmandise visible est toujours filmée pudiquement. Avec brio même : Luca Guadagnino sait cadrer les cambrures, la nudité, même partielle, les jambes et muscles saillants. Il prend comme modèle les sculptures antiques que l’on nous montre parcimonieusement dans le film.

Ce n’est pas la seule référence à l’art gréco-latin. D’ailleurs cette histoire amoureuse, qui nous happe tellement elle semble vraie (comme on croit à toutes les relations même secondaires), a quelque chose de socratien (mais rien de platonique). L’éraste et l’éromène ont bien compris la leçon de Socrate pour qui leur amour interdit est le passage vers l’accès à la beauté idéale. Que ce soit les statues ou les textes, tout a son importance, le passé transmis par les artistes et auteurs d’autrefois trouvent ici un réel écho au passé.

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi »

Call Me By Your Name ne peut être simplement flatté pour ses comédiens et son scénario. Le découpage serré, la fluidité des séquences, l’équilibre entre scènes mélancoliques et solitaires et d’autres plans plus impulsifs et plus charnels, l’alternance entre démonstration intellectuelle et fugacité d’un amour estival (mais essentiel) produisent une œuvre soignée et raffinée, sans être ostentatoire ou maniérée. Il suffit de voir la scène où leur destin va se jouer : autour d’une statue dans le village, ils s’éloignent l’un de l’autre, pour en faire le tour de leur côté, avant de se rejoindre et de se déclarer. Ce rapport à la distance et à la proximité est permanent et brillant.

Mais peut-être que la simplicité de l’ensemble est la plus belle qualité du film, qui n’est finalement pas à proprement parlé un film « gay ». Certes c’est une histoire d’A et de cul entre deux hommes, mais rien ne dit que l’adolescent sera homosexuel (il est même bisexuel dans le film) et tout laisse à croire que l’adulte vivra refoulé.

En fait, Call be my your name est un hymne à la différence et à la connaissance. Les deux sont liés. C’est d’ailleurs le formidable discours du père, vers la fin du film, qui nous fait comprendre à quel point cette rencontre entre les deux hommes est fondamentale, précieuse, rare, déterminante, même si elle n’est pas définie. On accepte cette liaison interdite parce que le consentement est évident.

« Tu as eu une formidable amitié. Peut-être plus qu’une belle amitié. Et je t’envie »

On l’assume parce qu’elle porte en elle un message universel, dans le sens où elle fait traduit nos inconscients. Il est temps de parler des parents (Michael Stuhlbarg et Amira Casar), bourgeois éclairés et intelligents, qui (trans)portent le film vers cette dimension asexuelle. Pas de pathos, aucune surdramatisation. Juste quelques mots bienveillants de réconforts et un discours poignant, bouleversant sur ce que le fils a pu expérimenter, connaître, aux sens biblique et philosophique.

C’est là que Call me by your name délivre toute sa puissance, musculaire et cérébrale, splendide et émotionnelle : dès que le train s’en va, l’enchaînement des scènes est un alignement parfait des planètes. La solitude et la détresse. La mère et la copine. Le père. Puis l’hiver, le coup de téléphone tant espéré. La tragédie intime qui va fêler la carapace. Et ce générique ensorcelant, hypnotisant, où pendant qu’on prépare la table de Noël en arrière-plan, le jeune « demi-Dieu » vide ses larmes devant le feu crépitant. Double foyer. La douleur intérieure impossible à éteindre mais qu’il faut cacher. Au fond de lui un secret inconsolable. Et cependant, la flamme s’élève devant ses pupilles. Au cœur de cette noirceur de l’âme, le film parvient à nous emprisonner dans une lumière aussi étrange que fascinante.

Les larmes ne peuvent que suivre pour éteindre cet incendie intérieur qui lui brûle les entrailles. Les siennes comme les nôtres.
 
vincy

 
 
 
 

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