Glass clôt une trilogie commencée il y a 18 ans avec Incassable. Mélangé à Split, M. Night Shyamalan réussit son retour avec un film de genre, presque de série B, où le scénario et la mise en scène l'emportent sur les effets.



Ayka
Ben Is Back
Capri-Revolution
Colette
Doubles vies
Glass
Holy Lands
L'incroyable histoire du facteur Cheval
Le musée des au revoir
Le phallus et le néant
Mallé en son exil
The Front Runner
Une jeunesse dorée



Les Veuves
Assassination Nation
Les Confins du monde
Une affaire de famille
Utøya, 22 juillet
Spider-Man: New Generation
Roma
L'homme fidèle
Wildlife, une saison ardente
Grass
Les invisibles



Bohemian Rhapsody
Cold War
Les animaux fantastiques: les crimes de Grindelwald
Amanda
Le Grinch
Les héritières
Robin des Bois
Voyage à Yoshino
Astérix - Le secret de la potion magique
Leto
Pupille
Mortal Engines
Pachamama
Rémi sans famille
Asako I & II
Aquaman
Bienvenue à Marwen
Mirai, ma petite soeur
Le retour de Mary Poppins
Premières vacances
Monsieur
The Bookshop
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Undercover - une histoire vraie
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Creed 2
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L'ange
L'heure de la sortie






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La douleur


France / 2017

24.01.2018
 



UN BARRAGE CONTRE LA FOLIE





"Je ne renonce pas. C’est autre chose."

La douleur d’Emmanuel Finkiel est une adaptation en état de grâce du livre de Marguerite Duras, dans lequel elle raconte les jours ayant suivi l'arrestation de son époux Robert Antelme, à la fin de la guerre, pour faits de résistance. Mélanie Thierry, transfigurée, y devient une allégorie de l’attente, masque de douleur sur le visage, et force intérieure sur le point de se rompre.

Peut-être n’avait-on jamais aussi bien entendu la voix de l’écrivaine que dans les splendides voix-off introspectives qui livrent sans barrière la pensée et les sentiments de celle qui écrit. On est également bluffé par le travail réalisé par le chef opérateur Alexis Kavyrchine qui rend physiquement palpable l'état mental du personnage en jouant sans cesse sur des images fondues et des arrières-plans flous. L'héroïne se retrouve ainsi isolée au milieu de la foule, toute à sa douleur, hors d'un monde qui ne peut plus être le sien.

Reste alors cette voix intérieure qui nous guide dans une réalité fantomatique, traitée comme une succession de scènes presque irréelles : les rendez-vous avec l’agent de la Gestapo, les réunions avec la résistance, et les mille et une façons d’attendre, confinée dans un appartement aux airs de mausolée. La langue de Duras confine ici au sublime, autant par la précision des mots que par la force de sa réflexion sur la tragédie de la guerre, sur sa propre vie qu’elle abandonne aux événements, et sur l’injustice de l’après-guerre qui ne résout rien. Ce qui vibre dans ce texte, ce n’est pas seulement la douleur d’une femme qui attend son mari, mais l’universalité de toute une Humanité qui attend, craint et espère.

Emmanuel Finkiel réussit ainsi un film audacieux et habité, d’une radicalité saisissante, qui donne aux mots le dessus sur l’action ou l’intrigue sans jamais perdre de vue le cinéma. Il fait même de cette dichotomie entre l’image et le son une dimension capitale du récit, indice troublant de la confusion qui règne dans l’esprit de la narratrice comme dans une époque où chacun joue un rôle et dissimule en permanence. Mais sa plus grande réussite est d’avoir confié le rôle de Duras à une Mélanie Thierry incandescente qui trouve ici son plus grand rôle. Fiévreuse, volontaire, épuisée, elle se donne toute entière non pas pour interpréter, mais être cette femme sur le point de basculer, que seul un fil très mince relie encore à la vie. Son visage décomposé et son corps tout entier tendu vers le retour de celui qu’elle attend hanteront désormais les nuits blanches des cinéphiles aux côtés des plus grandes héroïnes tragiques.
 
MpM

 
 
 
 

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