Ne croyez pas que je hurle est le joyau tant attendu de l'année. Film expérimental et sentimental, audace narrative et visuelle, cette expérience signée Frank Beauvais est aussi délicate que mélancolique, curieuse que hypnotique.



Betty Marcusfeld
Cervin, la montagne du monde
Chambre 212
Donne-moi des ailes
Jacob et les chiens qui parlent
Joker
La fameuse invasion des ours en Sicile
La grande cavale
Nos défaites
On va tout péter
Papicha
Pour Sama
Quelle folie
Soeurs d'armes
Tout est possible



Parasite
Le Roi Lion
Une Fille facile
Viendra le feu
Deux moi
Un jour de pluie à New York
Bacurau
Ne croyez surtout pas que je hurle
Alice et le Maire
Les mondes imaginaires de Jean-François Laguionie



L'œuvre sans auteur
Comme des bêtes 2
Fast and Furious: Hobbs and Shaw
Le Gangster, le Flic et l’Assassin
Once Upon a Time... in Hollywood
Perdrix
Playmobil, le film
Une grande fille
Roubaix, une lumière
Thalasso
Les Baronnes
Late Night
Hauts perchés
Frankie
La vie scolaire
Fête de famille
Les hirondelles de Kaboul
Liberté
Jeanne
Music of My Life
The Bra
Tu mérites un amour
De sable et de feu
Ad Astra
Trois jours et une vie
Portrait de la jeune fille en feu
Au nom de la terre
Downton Abbey
Port Authority
Atlantique
Gemini Man






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La douleur


France / 2017

24.01.2018
 



UN BARRAGE CONTRE LA FOLIE





"Je ne renonce pas. C’est autre chose."

La douleur d’Emmanuel Finkiel est une adaptation en état de grâce du livre de Marguerite Duras, dans lequel elle raconte les jours ayant suivi l'arrestation de son époux Robert Antelme, à la fin de la guerre, pour faits de résistance. Mélanie Thierry, transfigurée, y devient une allégorie de l’attente, masque de douleur sur le visage, et force intérieure sur le point de se rompre.

Peut-être n’avait-on jamais aussi bien entendu la voix de l’écrivaine que dans les splendides voix-off introspectives qui livrent sans barrière la pensée et les sentiments de celle qui écrit. On est également bluffé par le travail réalisé par le chef opérateur Alexis Kavyrchine qui rend physiquement palpable l'état mental du personnage en jouant sans cesse sur des images fondues et des arrières-plans flous. L'héroïne se retrouve ainsi isolée au milieu de la foule, toute à sa douleur, hors d'un monde qui ne peut plus être le sien.

Reste alors cette voix intérieure qui nous guide dans une réalité fantomatique, traitée comme une succession de scènes presque irréelles : les rendez-vous avec l’agent de la Gestapo, les réunions avec la résistance, et les mille et une façons d’attendre, confinée dans un appartement aux airs de mausolée. La langue de Duras confine ici au sublime, autant par la précision des mots que par la force de sa réflexion sur la tragédie de la guerre, sur sa propre vie qu’elle abandonne aux événements, et sur l’injustice de l’après-guerre qui ne résout rien. Ce qui vibre dans ce texte, ce n’est pas seulement la douleur d’une femme qui attend son mari, mais l’universalité de toute une Humanité qui attend, craint et espère.

Emmanuel Finkiel réussit ainsi un film audacieux et habité, d’une radicalité saisissante, qui donne aux mots le dessus sur l’action ou l’intrigue sans jamais perdre de vue le cinéma. Il fait même de cette dichotomie entre l’image et le son une dimension capitale du récit, indice troublant de la confusion qui règne dans l’esprit de la narratrice comme dans une époque où chacun joue un rôle et dissimule en permanence. Mais sa plus grande réussite est d’avoir confié le rôle de Duras à une Mélanie Thierry incandescente qui trouve ici son plus grand rôle. Fiévreuse, volontaire, épuisée, elle se donne toute entière non pas pour interpréter, mais être cette femme sur le point de basculer, que seul un fil très mince relie encore à la vie. Son visage décomposé et son corps tout entier tendu vers le retour de celui qu’elle attend hanteront désormais les nuits blanches des cinéphiles aux côtés des plus grandes héroïnes tragiques.
 
MpM

 
 
 
 

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