Et puis nous danserons était l'un de coups de cœur cannois. Enivrant, exaltant, brillant! La répression des homosexuels et l'élan romantique qui prend tous les risques, la danse comme lien sensuel et la musique euphorisante. A voir! A découvrir!



Brooklyn Affairs
Ceux qui nous restent
Ils aimaient la vie (Kanal)
It must be heaven
Jumanji: Next level
La Famille Addams
Le meilleur reste à venir
Le Voyage du Prince
Les reines de la nuit
Marriage Story
Ode Bertrand
Premiers pas dans la forêt
Seules les bêtes
Souviens-toi de ton futur
The Irishman
Un été à Changsha



Joker
Shaun le mouton le film : la ferme contre-attaque
La cordillère des songes
Et puis nous danserons
J'ai perdu mon corps
La belle époque
Le monde animé de Grimault
J'accuse
L'incinérateur de cadavres
Les enfants d'Isadora
Les misérables
The Irishman
À couteaux tirés



La fameuse invasion des ours en Sicile
Maléfique 2: le pouvoir du mal
Martin Eden
Matthias & Maxime
Queens
Abominable
5 est le numéro parfait
Hors normes
Au bout du monde
Sorry We Missed You
Le Traître
Retour à Zombieland
Mon chien stupide
The Laundromat
Un monde plus grand
Une Colonie
Adults in the Room
Le Mans 66
Little Joe
La reine des neiges 2
Le Roi
Gloria Mundi
Chanson douce
L'orphelinat
Last Christmas
Proxima






 (c) Ecran Noir 96 - 19


  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 16

 
Jusqu'à la garde


France / 2017

07.02.2018
 



AU MOMENT DE TOUT PERDRE





Dès la séquence d’ouverture, l’audition par une juge aux affaires familiales d’un couple qui se dispute la garde de son fils, le film expose à la fois la situation (la femme s’est enfuie avec les enfants, le mari est soupçonné de violences conjugales) et les arguments des uns et des autres. En laissant planer le doute sur le passé des personnages, Xavier Legrand place ainsi le spectateur dans la situation de la juge, qui doute et ne sait qui croire. C’est aussi une manière de rappeler que, trop souvent, la justice est désinvolte face aux suspicions de violences familiales, et n’applique aucun principe de précaution susceptible de protéger les victimes potentielles.

Toutefois, pour les spectateurs qui ont vu Avant que de tout perdre, le court métrage qui a fait connaître Xavier Legrand, aucun doute n’est possible. Jusqu’à la garde est en effet la suite de ce film particulièrement remarqué à sa sortie en 2013 dans lequel une femme mettait tout en œuvre pour fuir, avec ses deux enfants, un mari violent. Entre le documentaire brut et le thriller haletant, cette suite qui a reçu deux lions d'argent à Venise (meilleur réalisateur et meilleur premier film) est une plongée sans concession dans l'univers de la violence conjugale : manipulation, contrition, menaces, utilisation des enfants pour atteindre la mère, propension à se faire passer pour une victime...

On a ainsi l'impression d'assister à une lente et irrépressible montée en puissance de la haine et de la colère, sans temps morts ni moments de répit, jusqu'à l'explosion finale qui consiste en une longue et intransigeante séquence d'assaut dans laquelle le simple travail sur les sons (une sonnette qui résonne dans la nuit, puis le silence déroutant, l’ascenseur qui arrive, les coups frappés à la porte...) suffit à générer une angoisse difficilement supportable. Xavier Legrand s’approprie les codes du thriller, mais sans suspense malsain, avec le plus de distance possible. Contrairement aux films de genre dont c’est la finalité principale, ici, rien n’est ajouté artificiellement pour générer de l’angoisse. Par exemple, le personnage féminin écoute précisément les consignes du policier qu’elle a au téléphone, ne fait pas d’erreur, ne crée aucun suspense délétère ou inutile. La situation se suffit à elle-même : une femme et un enfant enfermés dans un appartement dans lequel un homme armé essaye de pénétrer.

Le film dans son entier bénéficie de cette approche à la fois réaliste et sobre, notamment dans l’absence de musique (la seule présence des voix, et donc des silences, renforcent peu à peu le sentiment d’oppression) et l’utilisation d’un montage précis enchaînant les scènes brèves et sèches. Pourtant, tout dans les différentes situations évoque inéluctablement des références de fiction, qu’il s’agisse de films ou de romans. Cela renvoie alors le spectateur à la sensation d’une situation fictionnelle qui s’incarne brutalement dans la vie de tous les jours. Comme une manière de forcer celui qui regarde le film à toucher du doigt l’horreur d’une situation éminemment réelle tout en l’empêchant de se protéger avec l’idée qu’il s’agit juste de cinéma. Cette expérience presque inclusive, qui renvoie chacun à son propre vécu, fait beaucoup dans la force colossale que dégage le film.

Léa Drucker et Denis Ménochet (qui reprennent les rôles qu’ils tenaient dans Avant que de tout perdre) sont quant à eux d'une justesse irréprochable (de même que les acteurs jouant leurs enfants), parvenant, malgré les enjeux, à rester dans la retenue, la subtilité et le minimalisme. Il n’y a pas d’un côté la victime archétypale et de l’autre le salaud, mais des personnages de chair et de sang, admirablement incarnés. Ils sont si proches de nous, filmés dans une telle « normalité », qu’ils rappellent douloureusement que cette situation d’extrême violence conjugale est malheureusement encore très fréquente. L’horreur, lorsqu’elle est banale, n’en est que plus insupportable.
 
MpM

 
 
 
 

haut