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La révolte des jouets


République tchèque / 1947

04.04.2018
 



TOUCHEZ PAS AUX JOUETS





La révolte des jouets est un programme de trois courts métrages réalisés par Hermina Tyrlova et Bretislav Pojar entre 1947 et 1960 et dont la particularité est de mêler prises de vues réelles et animation d'objets, en l'occurrence des jouets. On est comme toujours impressionné par la qualité d'animation qui offre fluidité et inventivité.

Si les deux premiers films restent assez "mignons" (un pantin s'anime pour endormir un bébé, un petit train en bois joue avec une figurine pendant la nuit), le dernier est une étonnante fable contre le nazisme dans laquelle un officier SS est attaqué courageusement par une armée de jouets intrépides. C’est d’ailleurs un film culte qui a notamment si fortement marqué Michel Ocelot qu’il le cite comme le film lui ayant donné envie de faire du cinéma d’animation.

A noter que Malavida, le distributeur du programme à qui l’on doit régulièrement de découvrir des merveilles venues de République Tchèque, propose plusieurs documents pour accompagner le programme, et notamment un formidable dossier pédagogique à destination du jeune public (disponible en libre accès sur leur site). Il serait assez dommage de ne pas profiter de ce formidable outil pour initier les enfants à la fois aux techniques d’animation traditionnelles et à l’analyse simple des images. Inutile de préciser qu’il serait par ailleurs franchement impardonnable de passer à côté du programme.

La berceuse

Une maman trop occupée par les tâches ménagères (on est en 1947 !!!) donne un petit jouet en bois à son bébé pour qu’il arrête de pleurer. Dès qu’elle a tourné les talons, le petit bonhomme de bois s’anime et se plie en quatre pour divertir son petit spectateur.

Hermina Tyrlova, pourtant auréolée du succès de La révolte des jouets, ne parvient pas à imposer ses projets ambitieux. Elle se tourne alors vers une usine de jouets et lui propose de promouvoir l’un de ses produits. C’est ainsi qu’elle finance La berceuse, film d’une très grande simplicité dont l’ambition n’est pas tant de raconter une histoire que de faire naître l’émerveillement devant les « capacités » du petit jouet en bois. Celui-ci danse, fait l’équilibriste sur le bord du berceau, joue à cache-cache dans les couvertures et se « bat » même contre le chat. Son visage très expressif apporte une touche d’émotion à ce qui sans cela aurait pu être un simple exercice de style. Ce n’est pas le film le plus fort du programme, mais sa douceur et sa « mignonnerie » feutrée en font une très jolie mise en bouche pour les deux films suivants.

L’aventure de minuit

Là encore, l’argument est assez simple : lorsque minuit sonne, les jouets s’animent et ont leur vie propre. Un petit train en bois au visage rond et doux a l’habitude de jouer chaque nuit avec le chef de gare. C’est l’occasion de faire littéralement voler dans la pièce cubes et pièces de bois coloré qui semblent eux-aussi prendre vie pour donner naissance à toutes sortes de constructions. Mais un soir, un nouveau venu trouble cette belle amitié : l’ultra-moderne train électrique remplace le train en bois dans le cœur du chef de gare, qui renie durement son ancien ami.

Si l’on est émerveillé par la virtuosité avec laquelle les jouets s’animent, et notamment la construction « à la volée » des différentes figures réalisées avec les pièces de bois, on peut aussi être surpris par la puissance du sujet abordé par le film. L’histoire de ce rejet brutal (qui ira presque jusqu’à l’irréparable) est en effet traitée sans fard, via la multiplication des brimades infligées par le chef de gare au petit train en bois. Heureusement, tout dans l’atmosphère du récit permet de garder une part d’onirisme qui vient adoucir cette cruauté... jusqu'au happy end final.

La révolte des jouets

Voilà incontestablement le clou de ce programme, merveille de poésie et d’irrévérence qui n’hésite pas à s’emparer de l’histoire récente (on est en 1946) pour proposer une formidable fable sur la résistance. C’est tout d’abord Hitler qui est brocardé par un ébéniste fabricant de jouet à travers une figurine plus vraie que nature. Puis c’est un nazi qui est tourné en ridicule, et contraint à la fuite, par l’union de tous les jouets présents dans l’échoppe. L’imagination et la solidarité triomphant de la bêtise, de la cruauté et de l’injustice, le message est aussi prégnant aujourd’hui qu’après-guerre, et apporte une aura particulière à ce film récompensé à la fois à Venise et à Bruxelles.

Hermina Tyrlova inverse les conventions traditionnelles en présentant un nazi qui n’inspire aucune crainte mais apparaît au contraire comme un personnage fantoche qui est tourné en ridicule par les jouets. Le coucou ne cesse de le faire sursauter, puis l’assomme avec un de ses poids en forme de pomme de pin. Le pantin lui fait des grimaces, les animaux rient en le regardant, le singe le fait tomber, les pompiers l’arrosent… Tous s’attaquent aux symboles de son autorité, lui volant ses bottes et sa veste, coupant ses boutons, et s’évertuant à démontrer que son arme est un jouet inutile (contrairement à eux).

C’est d’autant plus amusant que les figurines sont mignonnes et espiègles, et l’animation si impeccablement menée qu’on en oublie très vite la prouesse technique pour être seulement émerveillé par l’inventivité de la réalisatrice. L’affrontement final, lorsque les soldats attaquent le nazi à coups de boulets de canon miniature, avec le soutien de l’aviation qui le bombarde, et finissent par le mettre en fuite, est à la fois plein d’humour et d’une grande puissance émotionnelle, quand on songe aux circonstances dans lesquelles le film a été réalisé. On ne peut s’empêcher de jubiler devant ce film à la fois cathartique et moqueur, qui vient rappeler que rien ne peut résister ni à l’action collective, ni à l’énergie créatrice.
 
MpM

 
 
 
 

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