Et puis nous danserons était l'un de coups de cœur cannois. Enivrant, exaltant, brillant! La répression des homosexuels et l'élan romantique qui prend tous les risques, la danse comme lien sensuel et la musique euphorisante. A voir! A découvrir!



Countdown
Graines de ronds-points
J'accuse
J'aimerais qu'il reste quelque chose
Koko-di Koko-da
L'âme du vin
Le bel été
Le Mans 66
Le roi d'ici
Little Joe
Noura rêve
Océan
Pères et impairs
Prendre soin
Rendre la justice
Zibilla ou la vie zébrée



Ne croyez surtout pas que je hurle
Alice et le Maire
Les mondes imaginaires de Jean-François Laguionie
Chambre 212
Joker
Pour Sama
Shaun le mouton le film : la ferme contre-attaque
La cordillère des songes
Et puis nous danserons
J'ai perdu mon corps
La belle époque
Le monde animé de Grimault



Once Upon a Time... in Hollywood
La vie scolaire
Ad Astra
Portrait de la jeune fille en feu
Au nom de la terre
Downton Abbey
Port Authority
Atlantique
Gemini Man
Donne-moi des ailes
Jacob et les chiens qui parlent
La fameuse invasion des ours en Sicile
Nos défaites
Papicha
La bonne réputation
Maléfique 2: le pouvoir du mal
Martin Eden
Matthias & Maxime
Queens
Abominable
5 est le numéro parfait
Hors normes
Au bout du monde
Sorry We Missed You
Le Traître
Retour à Zombieland
Mon chien stupide
The Laundromat
Un monde plus grand
Une Colonie
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L'île aux chiens (Isle of Dogs)


USA / 2018

11.04.2018
 



FANTASTIC Mr SPOTS





"Personne ne baisse jamais les pattes, ici. Jamais."

Principalement réalisé avec des marionnettes animées en stop motion, L'île aux chiens se déroule au Japon, dans un futur proche. Profitant d'une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la déportation de tous les chiens, qu'ils soient errants ou domestiques, sur une île voisine servant de décharge publique. Très vite, l'île devient un lieu de désolation. Mais l'arrivée d'Atari, un jeune garçon en quête de son chien Spots, leur redonne un peu d'espoir.

Malgré un contexte assez noir, le film est avant tout un formidable récit d'aventures sous la double influence du cinéma japonais et des films mettant en scène des chiens (comme une réhabilitation du chien à une époque où il n’y en a que pour les chats ?). Wes Anderson cherche clairement à s'amuser, et truffe donc son film de clins d’œil et de références qui forment un Japon alternatif, ludique et inventif, qui tient probablement plus d'Anderson lui-même que de Kurosawa, sorte de synthèse entre les fantasmes du réalisateur et les nombreuses références esthétiques et narratives dont il s'est inspiré.

Peut-être le réalisateur a-t-il d'ailleurs emmagasiné trop de matière. Ce foisonnement de détails, flash-backs et autres intrigues parallèles finit par encombrer la narration au détriment du récit lui-même. On est si noyé sous les informations, les gags et les digressions que l'on a par moments l'impression de ne pas profiter pleinement de la richesse scénaristique et formelle du film.

C'est comme si L'ile aux chiens avait à la fois les qualités d'un film de Wes Anderson : style inimitable, inventivité exubérante, ton savoureusement décalé, et les défauts inhérents à ces qualités, à commencer par une construction trop brillante, si travaillée qu'elle ne laisse pas de place à la magie et à l'émotion, mettant le cerveau du spectateur sous pression, plus obnubilé par le désir de ne rien perdre du film que par le plaisir de profiter de chaque minute.

C'est d'autant plus surprenant que bien que le cinéaste cherche à compliquer à l'envi son intrigue et sa construction dramatique (notamment d'un point de vue temporel), le dénouement est lui expédié en quelques minutes, si ce n'est bâclé.

Toutefois, il faut reconnaître la grande réussite visuelle du film qui exploite habilement les possibilités de l'animation image par image. Les marionnettes ont un rendu très spécifique qui ne cherche pas à être réaliste, ou encore moins "mignon". Les chiens, notamment, ne sont pas de mignonnes peluches que l'on a envie de caresser. Ils ont tous une physionomie particulière, blessés ou mal en point, hirsutes ou sales. Leur personnalité prime clairement sur leur physique, tout en permettant à chacun d'avoir un style bien défini.

Les thèmes du film sont également denses et ambivalents : si le lien ancestral entre l'homme et le chien est au coeur de l'intrigue, ainsi que l'amitié et la solidarité, il est aussi question d'eugénisme, de maltraitance animale, d'intolérance et de manipulation politique. On peut d'ailleurs faire une lecture très politique du film, dans lequel le pouvoir en place cherche à expulser les étrangers (la jeune Tracy qui se bat pour la vérité), élimine les opposants politiques (le professeur Watanabe), utilise toute une population comme bouc émissaire et ravive symboliquement de mauvais souvenirs liés à l'Histoire du XXe siècle.

L'occasion de vérifier qu'animation et sujets graves font on ne peut meilleur ménage, la première permettant de mieux faire passer les seconds, avec une légèreté délibérée qui n'en rend le propos que plus fort et marquant. Wes Anderson allie ainsi comme à son habitude la forme et le fond, auxquels il porte le même soin jaloux. Les deux se répondent alors dans un dialogue singulier et saisissant où le récit d'aventures le dispute à un véritable hymne à la tolérance et à la désobéissance civique, entre comédie satirique, thriller engagé et récit initiatique audacieux.
 
MpM

 
 
 
 

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