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1917 est une prouesse visuelle épatante avec ce faux plan séquence permanent qui suit deux jeunes soldats sur le front entre tranchées et snipers. Succès inattendu, le film de Sam Mendès est aussi parmi les favoris aux Oscars depuis son Golden Globe.



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The Happy Prince


/ 2018

19.12.2018
 



THE SINNER KING>





« Rien n’est plusmerveilleux que la souffrance des hommes et des femmes ».

Paris au tournant du XXe siècle. Quelques personnes écoutent parfois les histoires d'un anglais qui vivote dans la piaule d'un petit hôtel. Bien qu'il ressemble davantage à un vagabond désargenté qu'à un fringuant dandy, il se présente comme étant Oscar Wilde, un écrivain et dramaturge dont les oeuvres ont reçu un certain succès avant qu’il ne soit jugé et emprisonné. Il est en exil loin de son pays et de sa famille. Il apparait comme un homme affaibli mais il est encore fort de son histoire à lui

Je suis prêt à revenir à la vie

A la fin des années 1890 Oscar Wilde était encore cet homme de lettres dont les romans Le fantôme de Canterville puis Le portrait de Dorian Gray font sa renommée publique. Sa fortune venant plutôt d'une rente de sa riche épouse. Ses écarts de conduite vont le mener plus tard à une certaine déchéance, et c'est justement cette période crépusculaire qui est au centre de ce film The Happy Prince. L'acteur Rupert Everett en est ici également le scénariste et le réalisateur : il ne s'agit pas d'un biopic avec les passages obligés des hauts et des bas de l'auteur mais plutôt d'un hommage à un homme presque abandonné, dévasté par sa traversée des enfers. En fait, Everett ne s’intéresse même pas à son oeuvre littéraire, à peine évoquée. The Happy Prince nous donne à voir les derniers moments de panache de quelqu'un qui subit son malheureux sort... Quelqu’un qui n’a pas pu assumer ses amours comme il le voulait, qui a été jugé pour ses attirances sexuelles, qui n’a jamais voulu se plier à la morale et à son ordre.

…avec un sentiment de tragédie et de ruine

Pour sa première réalisation en tant que metteur en scène Rupert Everett ne s'est pas faciliter la tâche en incarnant ce héros britannique (et son héros dramatique) : il est physiquement vieilli et moralement aigri, un peu malade et alcoolique, et sans le sou. Dans cet état de turpitudes, il traine sa solitude. Il raconte parfois quelques épisodes de son passé.
Les différents flashbacks qui font alterner vie flamboyante mais révolue et triste présent sont l'occasion de faire intervenir dans le film en pointillé plusieurs personnes intimes comme sa femme Constance (Emily Watson) qui ne supporte plus ses infidélités, son ami Turner (Colin Firth) qui se soucie toujours de lui, et surtout son jeune amant Alfred 'Bosie' Douglas (Colin Morgan). Ces personnages importants à divers moments de sa vie restent tout de même des rôles secondaires dans le film, centré presque uniquement sur Oscar Wilde en homme déchu victime de son hédonisme contre-nature pour les autres mais surtout pour son époque.
C’est ce qui fascine finalement le plus : la reconstitution des années pré-1900 à Londres, en Normandie, à Naples et à Paris. Absinthe, cocaïne, prostitution, orgies… C’est le monde « queer » de l’époque, assez rare au cinéma qui est montré. The Happy Prince s'attache surtout à montrer en différentes étapes la déchéance d'un homme qui a tout perdu. Oscar Wilde a été quasiment banni par les siens au prétexte de son inconvenante immoralité. On sent que c’est un rôle auquel il tenait particulièrement. Parfois méconnaissable, Rupert Everett parvient à incarner l’auteur sans l'idéaliser. En creux il le dépeint comme un être contraint de survivre et marginal malgré lui. Rupert fait son show, star glorieuse tombée dans la boue, charismatique et répugnant, aux désirs débridés et aux maladies malsaines. De son purgatoire en prison, il tente désormais d’atteindre le paradis. Son calvaire nous émeut, même si le scénario a du mal à structurer le récit, se perdant dans ses souvenirs comme dans ses envies.

C’est finalement un conte des mille et une nuits dans les bas fonds interdits, où le prince erre, tel un vagabond que plus rien ne semble surprendre. C’est davantage une poésie qu’une comédie de mœurs, une tragédie qui ne veut pas se dévoiler, avec un Oscar Wilde autodestructeur, deux amants rivaux, et une part de comédie humaine.

A l’instar de Wilde maniait les figures de style et le maniérisme, le film aime les enchaînements stylisés et les séquences un peu trop oniriques. Il manque une forme de substance. A défaut d’être joyeux, le prince n’est jamais pathétique. Le film est finalement aussi désordonné que lui : une songerie d’un long hiver qui s’achève sans champagne.
 
Kristofy

 
 
 
 

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