Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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M


France / 2018

20.03.2019
 



M LE MAUDIT





« Je suis la bouche de cent enfants.»

M comme Ménahem. Un homme perturbé qui va aller déranger les siens, accompagné de la caméra de Yolande Zauberman. M le Maudit, chassé de son Eden, de son foyer, parce qu’il a osé briser le silence. M comme les maux dits, puisque tout le film libère la parole, et révèle l’horreur d’un système, un cercle du vice qui se transforme en spirale infernale.

A la fois instructif et brut, humaniste et salvateur, M est un documentaire à multiples facettes tout comme il a plusieurs visages. Car Ménahem n’est pas un cas isolé. Il fut un « pornokid » parmi d’autres, abusé sexuellement dès le plus jeune âge comme tant d’autres. La particularité de M est évidemment ailleurs : tout cela se passe au sein de l’une des communautés les plus fermées du monde, celle des « hommes en noir », des juifs ultra-orthodoxe où prières et danses ponctuent les journées. Zauberman, en retrait, observe ce monde interdit, ces âmes abimées et gangrénées, en essayant de tisser un lien entre leur mode de vie et sa curiosité, en mettant en relief leurs contradictions, sans jamais les juger.

Ménahem a dénoncé. Le silence tue. La parole l’a déchaîné. En exil dans la voisine Tel Aviv, il revient sur le lieu des crimes, tantôt enragé, tantôt bienveillant. Prêt à écouter, pas forcément à pardonner. C’est la force intrinsèque du film de Yolande Zauberman. Sans forcé, malgré l’intensité des révélations, il cueille et accueille les confessions (intimes) de chacun. On découvre alors que des dizaines d’enfants ont été des proies sexuelles d’adultes, qui plus est extrêmement pieux. Les rares qui ont su l’avouer ont été punis, devenant pour certains des déserteurs, c’est-à-dire des « impurs » ayant fuit à l’extérieur de leur communauté, prête à étouffer toute émergence de scandale qui entacherait leur réputation. A l’horreur des viols s’ajoutent le rejet par leurs proches, l’injustice d’un système, le jugement des autres.

Une affaire de "famille"

Mais le temps a beau passé, les blessures demeurent encore vives. « Libre de mes abuseurs. Libre de mes rabbins. Libre de ceux que je n’aime pas. Libre de faire ce que je veux » clame Ménahem dans un élan de fierté. Personne n’est dupe : sa souffrance n’est pas cicatrisée. Il navigue entre déchirure et nostalgie. Dans ce voyage au bout de la nuit, les portes se ferment souvent. C’est donc dans des lieux cachés, tels des clandestins, que les victimes ouvrent leur cœur, s’interrogent sur leurs sentiments. Le masculin est fragile, sexuellement troublé : certains sont attirés par les hommes et doivent le taire, d’autres trouvent du réconfort chez les trans, d’autres encore ont répliqué ce qu’ils ont éprouvés.

Ils sont figés dans ces souvenirs d’enfance, murés dans l’impossibilité de se plaindre et de porter plainte, ensevelis sous l’amas de traumas dévastateurs. Le film, loin d’être binaire, prend le temps de dévoiler la complexité des émotions, chercher les racines du mal. Il y a les coupables (des atrocités) et ceux qui se sentent coupables. Les témoignages sont effroyables, saisissants. Des rabbins, des pères, des frères, des beaux-frères sont nommés parmi les agresseurs sexuels. Une victime qui se repent parce qu’il a lui-même commis l’irréparable. Il n’y a rien de sensationnel dans ce froid réel.

Ils se mettent tous à nu, s’inquiétant de leurs fantasmes et de leurs goûts sexuels, s’interrogeant sur leur identité et leur devenir. Troublés et en eaux troubles. Pendant ce temps, la caméra respecte leur pudeur et regarde cette communauté vivant en ghetto. Comme si elle cherchait elle-même les coupables : ces visages qui cachent le vice, qui se transmet de génération en génération, comme un rituel. M est un documentaire sur le réveil des conscience et l’ouverture à l’autre. A travers ces hommes brisés, il cherche aussi à briser ce système diabolique. Respectueux de tous mais pas impartial, le film fait un effet purificateur, sans être dénonciateur.
 
vincy

 
 
 
 

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