Edward Norton se fait rare depuis Birdman et The Grand Budapest Hotel il y a 5 ans. Oh certes on l'a entendu dans Sausage Party et L'ile aux chiens. On l'a croisé dans Beauté cachée et il a fait un caméo dans Alita. Mais il faut dire qu'il écrivait, préparait, produisait, réalisait et jouait dans le film de sa vie, Brooklyn Affairs.



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LOUP SOLITAIRE





À certains, il apparaît grincheux, capricieux, hautain et désagréable. Pour d'autres, il sort de sa tanière en souriant et se met à plaisanter plus qu'il n'en faut avec un rictus cabot qui révèle toute l'espièglerie de ce tout jeune acteur d'à peine -63 ans- !
De multiples visages pour un acteur aux multiples talents et au charisme désarmant qui lui permettent de rentrer volontiers dans la peau de personnalités obscures et peu communes.
Peu de comédiens peuvent se targuer d'avoir incarné tant des figures marquantes de notre humanité, de Picasso à Hitler, en passant par deux présidents Américains, Nixon et John Quincy Adams, ou encore le Général Romain Titus Andronicus. Né pour interpréter de grands personnages, Anthony Hopkins sait aussi jouer de son regard d'un bleu pénétrant pour s'investir dans des rôles bien plus psychologiques : il est effrayant d'intelligence en tueur cannibale dans Le Silence des Agneaux et bien sûr Hannibal, ou encore en majordome amoureux et déchiré dans Les vestiges du jour.
S'escrimant aux côtés d'Antonio Banderas dans Zorro ou apprivoisant la mort représentée par Brad Pitt dans Rencontre avec Joe Black, Hopkins se range également au sein du club très fermé des séducteurs "mûrs" dont font par ailleurs partie Sean Connery, Clint Eastwood ou Robert Redford. Les femmes succombent et les jeunes sex-symbols cités ci-dessus ne parviennent pas vraiment à faire de l'ombre à Sir Anthony Hopkins, l'un des acteurs les plus marquants du cinéma Américain de ces vingt dernières années.

Provocateur ou distant envers son métier, le comédien confie pourtant assez souvent à la presse que le travail d'acteur était idéal pour assouvir son penchant pour la paresse. Exaspéré par l'effort et refusant de faire plus de quatre prises par scène, Anthony Hopkins avoue volontiers qu'il s'intéresse tout autant à son cachet qu'à l'étude du scénario. Né au pays de Galles en 1937, le jeune Anthony ne cultive aucun don particulier si ce n'est l'échec scolaire permanent et un comportement antisocial prononcé. Dans les classes supérieures, il pourra néanmoins aborder le théâtre et rejoint très vite un club d'art dramatique indépendant pour se lancer dans le métier de la scène. Après quelques petits boulots dans le théâtre de Manchester et un diplôme de la Royal Academy of Dramatic Art de Londres, il entre au Théâtre National sous la direction de Laurence Olivier et débute une carrière d'acteur Shakespearien.

La télévision le réclame et il abandonne lentement les planches pour des séries et des téléfilms dont les plus célèbres s'appellent Mussolini et moi, Le dixième homme ou "The Bunker" pour lequel il recevra un Emmy Award en 1981 pour son incroyable prestation dans la peau d'Hitler.
La facilité avec laquelle il grimpe les échelons lui fait déjà perdre pied et Hopkins traîne très vite une mauvaise réputation de Britannique râleur, exigeant, capricieux et un brin porté sur la bouteille.
C'est en 1968, avec Un Lion en hiver d'Anthony Harvey qu'Anthony Hopkins se retrouve pour la première fois sur le grand écran. Il incarne Richard Coeur de Lion aux côtés de Peter O'Toole et Katharine Hepburn : un premier rôle qui présage déjà une stature parfaite pour des personnages de cette ampleur.
Oliver Stone ne s'y trompera pas et lui confiera plus tard le rôle de Nixon pour un film remarquable sur les affaires troubles du Watergate, et James Ivory, pour Surviving Picasso, fera appel à lui pour redonner vie au plus grand et au plus emmerdeur des peintres du XXe siècle.

Mais c'est évidemment l'inquiétant Docteur Hannibal Lecter qui marquera la reconnaissance du public pour Hopkins, puisqu'il y interprète un psychopathe amateur de chair humaine qui guide (en spécialiste..) Jodie Foster dans son enquête tourmentée sur la piste d'un autre serial killer. Le film s'appelle Le silence des Agneaux, réalisé par Jonathan Demme. Nous sommes en 1991 et l'acteur reçoit son premier Oscar pour sa brillante interprétation d'une quinzaine de minutes. Seule Judy Dench fera mieux quelques années plus tard... Malgré un refus longtemps catégorique, Anthony Hopkins a finalement accepté de tourner la suite, intitulée Hannibal (et réalisé par Ridley Scott), puisqu'elle en fait le personnage principal de l'intrigue (cette fois aux côtés de Julianne Moore). D'autres oeuvres romantiques et magnifiques comme Les Vestiges du jour ou Retour à Howard's End (deux autres collaborations avec Ivory) assoient davantage la renommée d'Hopkins qui sait également s'investir dans des rôles moins graves comme pour le réalisateur Martin Campbell dans Le masque de Zorro, ou franchement fleur bleue (à commencer par Légendes d'Automnes d'Edward Zwick). En "homme à tout faire", surtout dans l'excès, le cabotinage ou le bestial, Anthony Hopkins a même goûté, sans succès, à la réalisation en tournant August en 1996. Quand les journalistes interrogent l'homme au sujet de cette facilité déconcertante pour se transformer en Nixon ou en Picasso, Hopkins leur rétorque souvent avec un sourire fugace qu'il ne s'agit pas d'un "truc", mais qu'il lui suffit d'essayer de penser comme le personnage qu'il doit incarner pour que le corps suive tout naturellement. Pour choisir ses rôles, même s'ils sont difficiles, le comédien soutient l'idée que, s'il peut comprendre un personnage, alors, il pourra le jouer. Épatant et agaçant, Anthony Hopkins possède un franc-parler qui irrite et fascine à la fois. Lors d'une conférence de presse au début du tournage de Titus Andonicus à Rome, l'acteur s'est contenté de répondre sèchement aux journalistes qui l'interrogeaient sur ses futurs projets : "Je quitte le métier d'acteur parce que c'est un métier fatigant, dérangeant et déplaisant. J'arrête. J'ai gâché ma vie. J'ai honte de la plupart des films que j'ai faits." Evidemment, il ne s'agit une fois de plus que d'une saute d'humeur du loup solitaire. Il aime trop la meute, l'argent et sa liberté pour quitter ce piédestal qu'il a mis tant de temps à conquérir.

romain, vincy


 
 
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