Belle comme Beckinsale. Cette autre Kate brunette brille en femme manipulatrice et vénéneuse dans Love & Frienship. De Jane Austen à Underworld (un nouvel épisode est en route), elle ne réussit peut-être pas à être une star, mais elle varie incontestablement les plaisirs. Elle pourrait surprendre dans The Disapoitments Room, thriller de D.J. Caruso, qui sortira en décembre.



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SA VIE EST UN ROMAN





"Depardieu est au cinéma européen des années 1970 ce qu'était Brando au cinéma américain des années 1950. Il est parvenu à restituer et à représenter l'éventail complet des hommes européens: le dur, le jules, l'intellectuel, le bourgeois, le rebelle anar, l'hédoniste." (Kent Jones, coresponsable de la programmation de la Film Society du Lincoln Center)

Depardieu est un monstre. Physiquement imposant, au talent démesuré, boulimique de la pellicule, il fait penser à ces ogres qui impressionnent nos rêves imaginaires. Le cinéma français a produit ce genre de comédiens: de Jouvet à Simon, de Gabin à Brasseur, de Belmondo à Montand. Des géants qui ont tout joué, avec les plus grands réalisateurs, des drames, des classiques, des comédies, ils n'ont jamais hésité à changer leur marques, à prendre des risques. Depardieu est assurément, en un temps record, devenu l'un d'eux.

Blier, les années 70
Tout a commencé avec Les Valseuses. Bien sûr il figurait en second rôle dans d'autres films avant, et encore après. Mais la naissance de sa carrière est dans ce film avec Patrick Dewaere et Miou-Miou. Film choc, immoral, et libertin, en pleine France conservatrice, digérant ses excès de 68 et votant Giscard... Depardieu libère une animalité tout en récitant les dialogues les plus insolites. Le ton juste. 5 millions de fans conquis.
Son don pour la comédie est indéniable, et son physique, loin des jeunes premiers de l'avant Nouvelle Vague, sied à merveille au cinéma très réaliste des années 70.
Bertolucci lui donnera ainsi un rôle principal dans 1900, avec De Niro. Hollywood l'entre-aperçoit, puisque le film ira à Cannes. Mais on parle surtout de l'autre, de cet américain de Taxi Driver.
Déjà Depardieu s'affirme en choisissant des projets audacieux, des jeunes réalisateurs.
Les carrières des uns et des autres s'entremêlent: il est difficile de savoir lequel contribue le plus à l'émergeance de l'autre.
Ainsi il tournera avec Techiné, Duras... Il rencontrera déjà Adjani et Deneuve. Il tournera avec les italiens. Ne (se) refusera rien en bon boulimique.
Et toujours Blier: Preparez vos mouchoirs, toujours avec Dewaere, et puis l'immense Buffet Froid. Le chef d'oeuvre du réalisateur arrive en 1979, avec Carmet (qui deviendra son ami) et Bernard Blier. Un régal pour les amateurs de dialogues et d'absurde. Une folie qui mettra Depardieu définitivement sur orbite dans cette galaxie incertaine des valeurs sures du cinéma.

De Truffaut à Veber, 1980-1988
La première année "Depardieu" fut 1980.
Resnais, Pialat, Berri, Zidi et Truffaut, une sorte de grand chelem cinématographique.
Ils l'ont voulu, ils l'ont eu, et ils ont souvent retravaillé avec lui. Des styles très différents, des réalisateurs exigeants, parfois réputés invivables. Depardieu résiste, séduit, envoute.
Cela lui permet de jouer dans de gros succès populaires, comme dans des films appréciés des critiques et élites.Le Dernier Métro. C'est aussi là que la magie opère, pour former LE duo du cinéma français: Deneuve-Depardieu. Les deux acteurs ont dépassé le simple jeu de rôles, et deviennent des amis.
Depardieu y est beau, Deneuve y est femme. Truffaut réalise son chef d'oeuvre académique. Il est rare de voir tant de réussite en un seul film.
Il retrouvera Truffaut dans La Femme d'à coté, qui n'eut pas le même impact, mais qui lui permit de jouer avec Ardant.
Depardieu aura cette rareté: avoir croisé les plus grandes actrices (Baye, Huppert, Bouquet) comme les plus grands acteurs (Coluche, Montand, Noiret).
Deneuve, il la reverra (et la tuera) dans e Choix des Armes, dans le désert de Fort Saganne et sur une aire d'autoroute dans Drôle d'endroit pour une rencontre, qu'ils co-produisent ensemble. Puis Téchiné les réunira en 2004 pour Les Temps qui changent, film absolu sur deux mythes qui se sont aimés et enfin retrouvés.

Après cette année riche, Depardieu continue sa course. Cette générosité qu'il offre aux réalisateurs, est aussi l'une des clés de son succès. Sa gourmandise du métier lui permettra ainsi de jouer avec Corneau, Beinex, Labro... Certains de ces films se font hués à Cannes, d'autres sont encensés ailleurs.
Ce qui étonne c'est plutôt les rôles marquants qu'il a su choisir: Martin Guerre, devenu comédie musicale à Londres, Danton, qui lui valu de nombreuses louanges internationales, le bossu dans Jean de Florette... Ce dernier est son plus grand triomphe populaire, derrière Astérix.
Des personnages si impressionnants qu'ils demeurent dans les mémoires collectives. Des films aussi divers que du Pagnol ou du polar, une comédie avec Sigourney Weaver ou des drames de Pialat avec Marceau ou Bonnaire, les audaces de Resnais comme l'ambitieux Camille Claudel remplissent une riche filmographie.
Depardieu porte les films sur ses épaules, s'illustre avec une galerie de personnages barbus, colériques, poétiques, ou impudiques.

Si les histoires d'amour sont très présentes dans sa filmographie, si ce sont les drames qui lui ont valu les prestigieuses nominations aux Césars, si c'est avec Blier qu'il arrive à provoquer (les sexués Tenue de soirée en pûte pédé et Trop belle pour toi en mari infidèle), sa popularité viendra d'un acteur, d'une comédie, d'un autre auteur.
Le cinéma français avait donné au duo De Funès-Bourvil des gags et des scènes parmi les plus vues des spectateurs.
En 1981, Pierre Richard et Depardieu, avec la complicité de Francis Veber, créent La Chèvre.
Le succès est énorme (et encore maintenant à la télévision ou en DVD), et les mimiques de Depardieu encore inscrites dans les mémoires.
Le couple fonctionne à merveille, et on devine les liens hors-caméra. Des amis communs, le vin...
Cela donnera naissance à une trilogie millionaire (une première dans l'histoire du cinéma en France): La Chèvre, Les Compères, Les Fugitifs. Tous refaits par les américains. Il prolongera l'aventure avec Veber dans Le Placard (où Depardieu se rate) et Tais-toi (où il parvient à faire rire dans un film moyen).

Cette combinaison de films comiques et d'oeuvres tragiques a donné à Depardieu dans les années 80, un statut unique auprès du public comme des professionnels.
A cela s'est ajouté son goût pour les classiques, qu'il découvre. Il a ainsi mis en scène et interprété Tartuffe de Molière.
Et jouer avec la (grande) chanteuse Barbara dans Lili Passion, une sorte de théatre musical, un choc de titans à l'époque.

Cyrano, 1990
Depardieu tourne moins. Mais en 1990, il cherche surtout à poser un pied dans cette Amérique parée à tous les sacrifices pour s'emparer de cette légende vivante.
Toutes les actrices hollywoodiennes veulent tourner avec lui.
Il rejoint Berri pour Uranus, où il se noie dans les alexandrins et les jeux d'acteurs époustoufflants.
Il accepte de tourner Green Card avec Andy Mac Dowell. En fait l'idée de faire ses premiers pas dans la langue de Shakespeare avec un australien - donc un immigré à Hollywood, comme lui- fort du hit, Dead Poets Society, le séduit.
Son rôle représente en plus l'archétype du français: fumeur, magouilleur, bon vivant, sensible....
Mais l'angoisse vient d'ailleurs. Uranus comme Green Card seront des gros succès. Le film de Peter Weir fera d'ailleurs un très bon score au Box Office américain.
En 1990, sort Cyrano. Dès le début de l'envoi, il touche.
L'enjeu est de taille. Par le personnage, le nez comme les vers, mais aussi par l'ambition du projet.
Certes Rappeneau, le réalisateur, n'est pas un débutant, et n'a jamais eu un seul échec dans sa carrière. Son flair pour les casting comme son don scénaristique, et sons sens du rythme, ont donné des comédies alertes et intelligentes.
Cyrano, c'est autre chose. Un classique. En plus le film sera récité avec le texte original. Les seconds rôles sont des satellites autour de l'acteur principal. Ironie du sort, Belmondo le joue au théatre à cette même époque, et Jacques Weber, ex-Cyrano sur scène, devient son ennemi dans le film.
Depardieu s'impose, de toute évidence. Il livre ses monologues comme il respire, avec naturel. Il est Cyrano.
10 ans après Le Dernier Métro, il connait son second instant de grâce.
Personne ne s'y trompe. Le César est un dû. La Palme du meilleur acteur à Cannes, un hommage, et la nomination à l'Oscar, une surprise. Sans compter le consensus avec un succès public énorme.
Cyrano subira d'ailleurs une campagne de délation aux USA. Depardieu verra son passé fouillé par les journalistes américains.
L'Oscar du meilleur acteur , comme celui du meilleur film étranger, échapperont au cinéma français. Pourtant Cyrano est bien considéré comme l'une des oeuvres les plus marquantes de ses 30 dernières années, la presse étrangère rattrapera cette injustice en délivrant le Golden Globe du meilleur acteur - en comédie - pour Green Card....

Du Viticulteur au Cinéphile, les années 90, la déprime
Depuis Cyrano, Depardieu semble vivre plus qu'il ne tourne. Il s'égare.
Peu d'interviews, des difficultés personnelles (enfants, mariage), des amis perdus (Blier, Carmet), des fidélités interrompues (il ne tourne plus avec Richard, Deneuve...), comme si le personnage était dépassé par sa propre légende.
Il cultive la vigne. Le vin est dans tous les Planet Hollywood de ses amis californiens.
Il s'y ressource dans son Val de Loire.
Un français parfait. Il cuve ses excès. Gère ses pontages. Répare ses accidents de moto.

Bien sûr il retrouve Corneau dans l'acclamé Tous les matins du Monde, Blier dans le controversé mais génial Merci la vie, Berri dans le contesté mais populaire Germinal, où il fait face à Miou-Miou de nouveau.
Lui sort intact des critiques, toujours épargné.
Malgré quelques erreurs de parcours, et pas des moindres: une rencontre avec Godard, inutile, un face à face avec Polanski acteur, par Giuseppe Tornatorre, simple curiosité, et l'échec monumental de 1492: Conquest of paradise.
Pourtant il s'agissait de Ridley Scott, auréolé de Thelma & Louise. D'un sujet porteur, Christophe Colomb. Il y croisait de nouveau Sigourney. Mais le film fut raté, lourd, pompeux.
Et l'échec retentissant.
Hollywood n'était pas conquise. Pas facilement du moins.
Il tentera un remake de Mon père ce héros - une comédie qui lui avait valu un beau succès personnel en 1991 -, qui aura un résultat "so-so" comme disent les américains.
Depardieu semble se chercher à force de courrir partout.
Très cher, il n'attire plus les jeunes talents. Il préfère populariser sa renommée avec une publicité de pâtes italiennes, (et Ridley Scott derrière la caméra), pour des cachets records. Publicités exquises.
Président du jury à Cannes très contesté dans ses choix, il se contente finalement de voguer un peu au gré de sa carrière.
Mais il ne semble plus aussi gourmand qu'avant. Un régime qui paraît déprimant.

Les films qu'il enchaîne n'arrivent plus à éblouir. Le colonel Chabert, magnifique mais classique. On y retient Luchini et Ardant.
La Machine (avec Baye) n'arrive pas à satisfaire les attentes, et se plante. Le nouveau Pialat, Le Garçu, est renié par les critiques et boudé par le public. la blessure sera profonde. Depardieu dépressif devient boulimique et instable. Il a perdu sa grâce.
Les anges gardiens, pourtant prévu comme phénoménal, puisqu'il s'agit du croisement ciné-génétique entre l'équipe des Visiteurs et le monstre Depardieu, est un gros succès populaire. Comme de nombreux choix récents pour la télé comme pour le ciné.
Mais le score final est deux fois moindre que celui des avantures médiévales de Jacquouille. Et côté Box Office, le film se fait dépassé par d'autres comédies...
Enfin dans Elisa, avec Vanessa Paradis, où il n'apparaît que lors de la seconde moitié du film, il rate sa performance et se fait ouvertement critiqué. Paradis, du coup, s'envole.
L'alchimie ne marche plus.
Le Box Office de Bogus avec Whoopi Goldberg confirme la tendance. Le film n'a pas réussi à dépasser les 10 millions de $ de recettes dans le monde. Alors Depardieu se fait discret.
Quelques scènes dans Hamlet, une participation dans The Secret Agent, un second rôle dans Unhook the stars, qu'il produit. L'acteur aide ceux qu'il aime: Branagh (qu'il a soutenu depuis Henry V) ou Cassavettes (dont il a redistribué les films en France).
Désormais, il goûte à son métier différemment. Le plus beau métier du monde.

Et après...
De nombreux projets s'annulent : Project Mankind, avec Charlton Heston, Quasimodo ou Raspoutine. Aucun ne semble de la trempe de Cyrano. Depardieu continue d'allier sa carrière bi-continentale : avec des rôles affligeants et scato-grotesques comme les 102 Dalmatiens ou Obélix en brute émotive dans la saga du gaulois. Les deux rapportent plus de 100 millions de dollars. Mais dans ce virage populiste, il se transforme davantage en Gabin "fin de carrière" qu'en Montand.
Il court toujours les festivals. Et reste un monument du cinéma tel qu'on l'aime: bon et populaire.
Les années 90 restent ses années pauvres, comme les années 70 pour Deneuve. Depardieu a donc besoin d'une rencontre à la Truffaut-Rappeneau - mais Rappeneau le zappe dans Le hussard sur le toi et ne lui offre plus autant de place dans Bon voyage<.u>; il a besoin d'un rôle à la Blier-Cyrano - mais Blier n'arrive pas à trouver l'inspiration d'antant, même dans Les acteurs. Il a besoin d'un scénario digne de Veber ou de Berri - mais Veber lui donne un second-rôle pathétique et ridicule dans Le Placard. Dans Tais-toi, il sera la victime. Il y a 20 ans il était le dur. Doyan sait l'utiliser pour ses fresques télévisés. mais l'acteur de cinéma où est-il?
Plus un acteur est immense, plus son étoile doit briller, plus il faut des offres de qualité. Depardieu se perd : films pour la télé à gros budgets, séries B sans relief (Le pacte du silence), films étrangers où il paraît étranger (Dina), il est ubuesque : omniprésent et omnipotent. Si Astérix 2 lui permet de triompher encore au Box Office, le succès est davantage rattaché à une nouvelle génération qu'à ses performances.
Tous les grands comédiens ont eu des passages à vide dans leurs carrières, souvent par la faiblesse des scénarii proposés. Vidocq aurait pu être sa renaissance. Sa force, un personnage à tempérament dans un script d'une pauvreté infinie. Il négocie ses cachets mieux que ses répliques. Le film échoue au B.O. Sans parler de ses immenses flops critique et public : Bimboland, XXL, Vatel...
Alors il se remet au théâtre (avec rumeurs sur le fait qu'il porterait une oreillette), à la réalisation (le tendre et nostalgique Un pont entre deux rives avec Carole Bouquet, et s'investit dans les feuilletons TV de masse (Balzac, le compte de Monte Cristo, Les Misérables) pour les soirées de TF1. Artistiquement, il décline. Mais sa notoriété est intacte. Sa côte est toujours au firmament dans le paysage cinématographique européen. De bides comiques (San Antonio, RRRrrrr!!!, Crime spree) en succès faciles (36 Quai des orfèvres), en passant par des films d'auteurs (Fontaine, Téchiné, ...) qui laissent la part belle aux comédiennes, Depardieu s'éteint doucement. Pile usagée?
Depardieu devrait se lancer un défi aujourd'hui, digne de sa catégorie.
Une sorte de Parrain à la Brando. Il a encore le temps, même si ses plus grands admirateurs, ceux des débuts, n'y croient plus, préférant se tourner vers une génération de cinéphiles plus en phase avec leurs attentes : Auteuil, Dussollier, Lanvin, Darroussin... Tiens il n'a pas encore tourné avec ce dernier. Une carte lui manque dans son jeu des 7 familles, celles du 7ème Art. Gourmand, il bouffera de toute façon à tous les rateliers.

(à venir : la déchéance de Gégé)

vincy


 
 
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