Andrzej Wajda, disparu en octobre dernier, arrive sur les écrans français avec son ultime film, Les fleurs bleues, qui évoque le pouvoir de la répression sur la création. Il a cumulé les plus grands prix tout au long de carrière, vouant toute sa vocation à l'histoire et la culture de la Pologne.



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UNE AFFAIRE DE FEMME





Rares sont les actrices qui arrivent à incarner avec autant de détermination des personnages faillibles et solides à la fois, dramatiques et sans gravité. Elle aime le souffre, et le cinéma le lui rend bien. Pas tout à fait sympa, une peau de vache qui cherche à se faire aimer, qui ne sait jamais comment s'y prendre. Voilà Huppert, même si elle est de plus en plus chaleureuse et drôle, adulée comme autrefois l'autre Isabelle, à qui elle a pris la place, l'Adjani.
Isabelle Huppert aura eu deux carrières. Une où son nom figurait parmi les têtes d'affiche écloses dans les années 70,: aussi légère que Miou Miou, aussi mystérieuse qu'Adjani, aussi séduisante que Nathalie Baye. Mais avec un flair rare et une intégrité déterminée, elle a su les dépasser, une à une, et tisser ses toiles, comme une Reine. À elle seule elle était tous les portraits d'une femme, et le portrait de toutes les femmes. Grâcieuse et glaçante, ironique jusque dans la dérision et distante. Masques après masques, elle construit une image : celle d'une comédienne plus charnelle qu'on ne le croit, une star plus inaccessible qu'on ne le pense.
Déjà elle se singularisait en jouant dans diverses familles du cinéma Français: Blier, Pialat, Tavernier, Téchiné, Godard, Chéreau, Jacquot, Kurys et Ozon. Mais aussi chez David O' Russell, Haneke, Cimino, Minayev, Taviani, Hartley... Pas de frontières pour elle.

La dentellière prenait encore plus d'essor avec ses partenaires masculins: une génération au dessus, telle la soubrette au milieu des barons du cinéma. Elle les affronte, sans hésiter, en cette période de libération de la femme.
Toute cette période, jusqu'en 1987, lui a permis de voguer au gré des vagues: les plus hautes avec Violette Nozière et Coup de Torchon, mais aussi les plus lointaines, tournant en Allemagne ou aux Etats Unis.
Sa carrière américaine commença avec une des plus grandes super-productions hollywoodiennes: Les Portes du Paradis. Qui menèrent le studio (United Artists) et Cimino en enfer.
Isabelle Huppert n'était ni glamour, ni comique. Juste une fille banale en vedette, qui cherchait à nous surprendre. La provocation, la monstruosité, la difficulté lui vont mieux.
10 ans après son prix d'interprétation à Cannes, ses choix semblaient plus hasardeux, moins heureux. C'est alors que Claude Chabrol rentre de nouveau en scène.
La relation entre un réalisateur et une comédienne est primordiale dans le déroulement d'une vie d'actrice. Comme Deneuve-Téchiné ou Béart-Sautet, il y a Huppert-Chabrol. Le Hitchcock français, le bon vivant amateur de polars a changé de sujets avec Isabelle Huppert: avortement, roman classique, fait divers, histoires de pantins et de pouvoir...
Et toujours des rôles de femmes très forts, passionnels et sanglants... Une affaire de femmes lance Huppert dans sa plus belle décennie, avec un sujet controversé (ce qui lui correspond assez bien), et une affiche la montrant plus féminine que jamais. La vedette est née.
Il y aura Madame Bovary par la suite, l'adaptation d'un des plus grands personnages de la littérature française, la réponse au féminin à Cyrano de Rappeneau. Une romantique qui ne s'assume pas. Comme cette Pianiste qui oubliera son sexe... Bourgeoise idéale, intello et frigide, qui fissure scène après scène jusqu'à laisser la lave couler sur tous ses pores.
Une postière sanguinaire par exemple dans La Cérémonie, où elle devient la complice de Bonnaire toutes deux un peu folles, ou marginales. Un rôle qui la consacre à Venise, aux Césars et aux Etats Unis. Un personnage réaliste, déterminé, errant. Une sorte de symbiose avec son image. Un rôle de soeur aussi : ça lui va bien, même avec des tempéraments aussi variés que ceux de Frot ou Deneuve, dans des comédies.
Il y aura eu des aventures étrangères (dans le cinéma indépendant américain ou le cinéma académique italien), et puis toujours sa fidélité aux femmes: Christine Pascal, Diane Kurys, ses (vraies) soeurs,...
Aussi, un de ses films les plus sous-estimés, face à Auteuil, dans La Séparation. Encore une femme actuelle, sans prétention. Juste dans son époque. Même si Huppert semble plus magique lorsqu'elle est dans le factice. Peut-on croire qu'elle fait la vaisselle ou qu'elle conduit, comme toutes les autres femmes? Quand elle fait la plonge, elle préfère métaphoriser : "J'ai les choses bien en main." (L'ivresse du pouvoir). Reflets de celles que l'on croise dans le métro ou sur les autoroutes. Et pourtant nous ne la croisons jamais. nous refusons qu'elle soit banale. Elle doit nous cacher quelque chose. C'est peut être ce charme qu'elle amplifie avec les années, cette recherche de la perfection, sans que l'on ressente l'effort, qui nous fait de plus en plus succomber à son talent.
Car il est indéniable et reconnu. Sa liberté est d'ailleurs totale désormais. Si Bovary a tout lu, Huppert, elle, peut tout jouer.
Et elle vit depuis La Cérémonie ses plus belles années: au théâtre (où elle a joué Mary Stuart à Londres) comme au cinéma, où elle s'impose dans le rôle de Marie Curie dans une des pièces de théatres les plus populaires de ces dernières années, portée à l'écran. Huppert y retrouve Noiret. Et redécouvre la légèreté.
Rien ne va plus. Au contraire tout va bien pour Isabelle Huppert, indémodable, incontournable, année après année. La cinémathèque lui rend hommage. New York l'adule. Les prix pleuvent...
Cette grande abonnée au festival de Cannes y revient chaque année avec ses films culottés, ses interprétations troubles et provocantes, ses sentiments qui se perdent dans l'inconscient de chacun. Elle est le reflet d'une société qui a un mal-être qu'elle renvoie à la perfection. Elle réussit encore à nous suprendre, en tueuse froide, en mère reniée (et aliénée), en épouse baffouée et psycho-rigides, en manipulatrice.
Son goût pour l'aventure lui fait traverser des univers cinématographiques radicaux, de Dahan à Honoré en passant par Schroeter. Tant pis si le public ne suit pas. Ozon lui a offert son plus gros triomphe avec un personnage brulesque. Elle a continué à approfondir ce registre de la comédie populaire et classe. De quoi nourrir sa notoriété, solidifer ses projets, s'aventurer toujours plus libre ailleurs, explorer la folie de ses personnages, ces irresponsables qui n'ont pas conscience de leur malheur. Et qui le paye au final.
Et quand on croit qu'elle se répète, qu'on a déjà vu son rôle de névrosée passionnelle et écorchée vive, elle nous bluffe avec sa virtuosité clinique dans La Pianiste d'Haneke. Elle n'hésite pas à pisser, à se saigner le sexe, à baiser sur du carrelage froid, à se planter un couteau, à se détruire dans la beauté d'un amant irrésistible. Et sur scène, elle plonge la tête dans la flaque de Médée, et en sort hagard, les yeux rougis, le visage paralysé par la folie. Huppert est une tragédienne qui vit ses extrêmes de façon intellectuelle. Cérébrale, on ne plaisante pas avec elle. Frissons garantis.

vincy


 
 
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