Avec La Belle époque, Daniel Auteuil retrouve non seulement un grand film populaire (hormis Le Brio, agréable surprise il y a deux ans) et des partenaires de choix, après une dizaine d'années sans étincelle au cinéma. Passé par les planches, la réalisation et des films déjà oubliés, l'acteur va s'aventurer maintenant dans la série, avec Le mensonge.



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LA TETE D'UN VAINQUEUR





Il y a deux Villeret. celui qui fait rire, jouant les bêta plus malin qu'on ne le croit, les naïfs qui attirent les moqueries des bourgeois cyniques. Le con idéal. Et il y a le provincial au grand coeur, celui qui sous sa corde sensible, et sans violoncelle, fait pleurer dans les chaumières, avec moult mélo et nostalgie d'un temps (dé)passé. Mais contrairement à Serrault, avec qui on pourrait le comparer en lisant ces quelques lignes, il n'a pas eu de grands rôles dramatiques au cinéma. Alors, sa grandeur, sa dimension populaire, il l'a acquise sur les planches. Là est né le monstre, sacré, à l'image des Marielle, Rochefort et autres Galabru. Avec 20 ans de moins! Mais il nous aura quitté bien plus tôt. Trop tôt même. 53 ans c'est jeune. La vie l'avait fait souffrir. Ironiquement, alors qu'il commençait son ascension (La Contrebasse et Le Dîner de cons au théâtre, les Becker au cinéma), il allait au plus mal : fisc, alcool, séparation, dépression, solitude... Vie de merde disait-il. Le regard (bleu) et triste. Le visage d'un poisson lune pour ceux en mal de métaphores.

Il a exactement l'allure du petit gros que l'on a plaisir à torturer, à l'école ou au régiment, jusqu'au moment où l'on cesse parce que l'on se demande s'il n'y prend pas plaisir et, cela aussi, il faut le punir!
Né en 1951 - et oui il n' a que la cinquantaine - sa carrière a commencé très studieusement sous les auspices des classiques et il souhaite la terminer de même. Il fit de brillantes études de latin-grec avant de se diriger vers le théâtre en suivant des cours d'art dramatique au conservatoire de Tours. En 1968, il fait partie de la Compagnie de Marcelle Tassencourt, puis il travaille au conservatoire de Paris dans la classe de Louis Seigner. En 1971, il joue au T.N.P. dans "Des frites et des frites". Par cinq fois, il a produit un "one man show" (entre 1978 et 1983). Il en fait un autre en 1990 qui fut très apprécié par le public: "La Contrebasse", d'après l'oeuvre de Patrick Süskind. Triomphe. Mais on le voit aussi dans les vaudevilles comme "C'est encore mieux l'après-midi" de Ray Cooney (1986) et surtout "Le dîner de cons", rôle de sa vie?, de Francis Veber. Il lui aura quand même manqué un de ces personnages le sortant de sa carapace, lui permettant d'explorer sa folie, d'exprimer sa douleur. Toujours le bon gros, alors qu'il avait sans doute autre chose à montrer que des rondeurs... Une banalité peut-être dangereuse après tout...

En 1972, au cinéma, il est remarqué dans R.A.S. d'Yves Boisset. Parmi les suivants, huit sont signés Lelouch, de Toute une vie (1974) à Edith et Marcel (1983). Il a du mal à se débarasser de l'emploi (où il excelle) de campagnard illuminé par les catastrophes, comme dans Maleville (1980) ou L'Eté en pente douce (1986).
Acteur style "bon gros", Jacques Villeret peut aussi bien jouer le tragique que le comique et même le tragicomique. Il a déclaré: "j'ai horreur des choses systématiques et, excepté être nu à l'écran, je veux tout faire", et il ajouta: "un comédien doit toujours se situer là où tout est possible, là où règne l'imprévu. J'hésite souvent avant un tournage ou une pièce, entre tout préparer ou ne rien préparer du tout. Je sais bien que seule cette anxiété permet l'alchimie du personnage". Reste que le petit galon en plus fut le comique (un César du meilleur acteur pour un rôle qui fait rire, c'est rare). Et c'est Louis Seigner qui lui fit remarquer que son meilleur atout résidait là. Mais il avait cette part de poésie et de tragédie en lui. On le voit bizarre et décalé chez Mocky, Wajda, Godard et même frère du Führer dans Papy fait de la Résistance. De Rozier à Thomas, il navigue sur des flots moins habituels, déjà oubliés. Noyés dans une filmographique inégale que la télé déforme à chaque diffusion d'un film comique.
L'un de ses plus grands succès comiques reste, sans conteste, La Soupe aux choux. Car confronté à un de Funès ou au Splendid (Lhermitte, Clavier) ou même à un trublion jeune génération (Youn), Villeret, sans en faire des tonnes, vole la vedette, empoche le morceau et plie les Rois du rire à son talent immense.
Mais, du coup, Villeret sent qu'il devient prisonnier de ce personnage, celui de la Soupe comme celui du Dîner et il doit se bagarrer. Car on lui propose de jouer la même chose. Mais pour lui, être "comédien, c'est jouer des rôles différents, c'est être un instrument entre les mains de gens d'inspiration diverse et d'univers opposés". Becker arriva à point.

Il multiplie ainsi ses participations dans des films intimistes, comme dans Le Passe-montagne, et dans les grosses productions variées, comme dans Les Morfalous, Danton ou Papy fait de la résistance. Jacques Villeret mène ainsi une carrière enrichissante, remplie de bonnes choses (Black Mic Mac) et de moins bonnes (Mookie). On lui propose ainsi de jouer dans des films comme Jean de Florette, Trois hommes et un couffin. Mais pour différentes raisons, il refuse... Avec La Chèvre, là, on lui retire simplement le rôle. Du coup, il reste sur une histoire un peu malheureuse avec Francis Veber.
Mais une histoire qui se termine bien puisque Veber lui donne l'occasion de jouer dans Le Dîner de cons qui connaît un succès important tant au théâtre qu'au cinéma. 9 millions de convives qui font oublier La soupe au chou.
Il aura joué avec Depardieu, Belmondo, Montand (très bon dans Garçon!), Lanvin, ... ses opposés. On l'attache souvent à des films cartes postales, un brin désuettes, un zeste campagnarde, ciblant une France en mal de passé. Becker est très responsable de cette image d'une France "plouc", avec le triplé Les enfants du marais, Un crime au Paradis, Effroyables Jardins. Les hits Vipère au poing et Malabar Princess n'ont pas arrangé le portrait. Cet habitué aux films millionnaires (en nombre de spectateurs) en fait un des acteurs favoris des français. Chieur sur les plateaux, adorés du populo.
"Je suis perfectionniste au point d'en devenir obsessionnel. Faire du comique, c'est moyennement amusant : si ça ne tombe pas au millimètre, je peux disjoncter et piquer des colères terribles, démesurées. Je manque d'humour. Mes proches me le reprochent souvent." Colérique et mélancolique aussi, angoissé et en souffrance permanente. Il ne s'aimait pas, et du coup n'aimait pas forcément les autres.
Paradoxe d'un comédien qui prend si bien la lumière des projecteurs et qui la rejette intérieurement. L'alcool le détruit lentement. Le poison (Un crime au Paradis n'était autre que le remake de La poison). Les remèdes d'une jolie Sénégalaise (Sély) ne suffiront pas. Le Voyage de Monsieur Perrichon ne se fera pas. Il restera Calife. Et deviendra âme grise. Il avait encore tant de temps devant lui...
Pour l'opinion il restera François Pignon. Bougre con? Si c'était le cas, nous n'aurions pas écrit tout ça...

chris, vincy


 
 
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