Roschdy Zem n'a pas trouvé son public avec sa réalisation Persona Non Grata, mais son long parcours, commencé il y a plus de trente ans l'a solidifié dans le paysage cinématographique français. Un an après le succès du Jeu, il brille dans Roubaix, une lumière d'Arnaud Desplechin, en attendant de le voir en tête de générique de la série Les sauvages en septembre sur Canal +.



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© Jean-Luc Benazet   







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L'ANGE BLOND





  Un nouveau Dirk Bogarde est né : même physique troublant, mêmes rôles ambigüs, même charme pervers : Jude Law aurait eu toute sa place dans Les damnés de Visconti. Corps mince, gueule d’ange, impossible de ne pas remarquer la beauté du jeune Anglais, dont le physique maintes fois mis à nu fascine les hommes comme les femmes. Métrosexuel avant l'heure. Scorsese l'a meme choisi pour incarner le séducteur Errol Flynn. Il fut aussi la copie (moins perverse mais plus élégante) du tombeur de dames, Alfie. Bref un "sex toy" à fantasmes. Un Gigolo (Joe) chez le pourtant prude Spielberg!
En moins de dix films, il est devenu la nouvelle perle rare d’Hollywood, la star montante d’une industrie qui le laisse indifférent. Car ce spécialiste des rôles troubles ne vit que pour sa famille : une femme, Sadie Frost, rencontrée sur son premier film, et deux enfants, élevés dans un pavillon londonien. Même si Hollywood a défait le amriage pour le jeter dans les bras d'une nouvelle sirène, Law n'en demeure pas moins, avec McGregor, l'acteur britannique le plus recherché du moment. Couvertures de magazines, invité du Saturday Night Live, malgré un Box Office plutôt faible, mais grâce à uen filmographie intéressante et des auteurs incontournables, Jude est véritablement populaire.

  Pantouflard ? Il le fut. Mais le garçon a déjà passé la moitié de sa vie à jouer : première montée sur les planches à douze ans, fin de l’école à 16, une série télé, "Families ", des dizaines de pièces de théâtre et, en 1997, le jackpot : "Les Enfants terribles " de Cocteau, montés à Londres, partent pour Broadway : New-York s’enflamme pour les prouesses du jeune homme... qui joue nu durant une bonne partie du deuxième acte (Kathleen Turner devait être comme une chatte sur un toit brûlant). Immédiatement contacté par les directeurs de casting hollywoodiens, il décroche le premier rôle veule de sa carrière : celui du giton assassiné de Kevin Spacey dans Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal. Suivent coup sur coup, deux personnages aussi raffinés que troubles : l’amant insensible d’ Oscar Wilde, et le paralytique génétiquement parfait de Bienvenue à Gattaca. L’ambiguïté s’accroche à sa peau, mais Jude Law se fout des rumeurs : il ne regrette qu’une chose, le ratage de ses débuts cinématographiques avec Shopping, ânerie adolescente dont le seul bénéfice fut de lui faire rencontrer sa femme.

  Pour Anthony Minghella, il interprète Dickie, objet de toutes les fascinations et de tous les fantasmes du Talentueux Mr Ripley . Dans ce rôle d’un millionnaire tête à claques, il irradie comme jamais, exhibe son fessier bronzé, et couve dans son ombre un Matt Damon d’un coup bien pâle. Jude Law est passé du dandy au sex symbol, sans rien changer à sa vie : "je devais jouer celui vers qui tous les regards se portent quand il entre quelque part et qui aime ça, un mec un peu arrogant qui suit son idée et recherche la satisfaction immédiate de ses envies sans tenir compte des autres... Certains, et ils sont nombreux, pensent que je n’ai pas eu beaucoup d’efforts à faire parce que qu’ils croient que dans la réalité je suis comme Dickie. En Angleterre, j’ai la réputation de beaucoup sortir et de fréquenter les gens branchés et les lieux à la mode. En réalité, je ne sors guère plus d’une fois par semaine, généralement pour aller au pub du coin avec ma femme... Les autres soirs, je reste à la maison avec les enfants...".

  La famille, encore, mais aussi les copains de galère, Ewan McGregor, Johny Lee Miller et Sean Pertwee, avec qui le couple a fondé une maison de production, Natural Nylon, qui a participé au financement d’ eXistenZ. Le petit groupe a des projets plein la tête. Pour l’heure, celui qui refusa Shakespeare in Love a accepté une autre grosse production : Enemy at the Gates, le film de Jean-Jacques Annaud sur le désastre du siège de Stalingrad. Le cinéaste l'a choisi pour son regard. Il ne laisse insensible personne : les médias l'adorent alors qu'il n' a aucun hit à son actif.
L’ange blond ne saurait nous laisser de marbre avec tant de personnages allumeurs.

  Jude Law ne fait pas encore la loi. Mais sa séduction précédent un indéniable talent, tout le monde le veut. Sera-t-il faire les bons choix, avec intelligence, et en conservant son naturel?
Tueur et photographe chez Mendès, soldat en perdition chez Minghella (et nomination aux Oscars), ou encore homme infidèle et amoureux chez Nichols, ses très beaux films font oublier quelques erreurs de parcours. Il semble encore s'amuser (un petit rôle par ci) et même jubiler (une participation par là). Cette légèreté, distanciation et dérision toutes british, en font l'un des comédiens les plus attachants de notre génération...

vincy, mathilde


 
 
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