Avec La Belle époque, Daniel Auteuil retrouve non seulement un grand film populaire (hormis Le Brio, agréable surprise il y a deux ans) et des partenaires de choix, après une dizaine d'années sans étincelle au cinéma. Passé par les planches, la réalisation et des films déjà oubliés, l'acteur va s'aventurer maintenant dans la série, avec Le mensonge.



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JUMEAUX GENIAUX ET INGENIEUX





Ethan et Joel, Joel et Ethan, les deux frères inséparables, les deux maîtres du cinéma indépendant américain.
Kidnappings ratés, portraits de loosers cupides et complètement à coté de la plaque, l'univers des frères Coen est une vision réaliste et acide du rêve américain.
Nés dans le Minnesota, état du nord des Etats-Unis, au climat assez rude, ils vont se hisser au sommet de la série dite B, en réalisant des petits bijoux pétris d4humour noir.
Le cinéma des frères Coen se fait en famille : les deux frères écrivent le scénario, Joel réalise, Ethan produit et ils montent leur film ensemble (crédité sous le pseudo Roderick Jaynes). De plus, ils travaillent souvent avec les mêmes acteurs, Frances McDormand bien sûr, John Turturro, John Goodman, ou encore Holly Hunter. Ils s'entourent des mêmes techniciens comme, par exemple le compositeur Carter Buwell.

Joel Coen l'ainé des deux frères commence sa carrière comme assistant monteur du film Evil Dead, d'un autre surdoué du cinéma indépendant américain Sam Raimi, bien avant Spider-Man. Auparavant, il a étudié le cinéma à l'Institute of Film and TV de New-York; son frère Ethan, suit des études de philosophie.
En 1984, ils écrivent leur premier film - devenu culte - Blood Simple (Sang Pour Sang).
Cynisme, suspense omniprésent, sens de l'absurde, les Coen dès leur premier film imposent leur style. Photographié par Barry Sonnenfeld (qui deviendra par la suite le réalisateur La Famille Adams, Men In Black ou encore Wild Wild West) , le film cumule des scènes fortes : l'enterrement vivant d'une victime qui refuse de mourir, les traits de lumière traversant la chambre par les trous réalisés par les balles de revolver. Frances McDormand, devenue en 1984, la femme de Joel, tient le rôle principal.
Ce premier film est très remarqué. Il obtient le Grand Prix du jury du Festival de Sundance. Sam Raimi met, ensuite, en scène un de leurs scénarios, Crimewave (Mort Sur le Grill), de nouveau un polar jubilatoire.
On les croit cantonné au genre policier qu'ils prennent tout le monde à contre-pied et signe une farce burlesque : Raising Arizona (Arizona Junior). Avec des personnages complètement déjantés, des cadrages tordus, le duo s'amuse et nous amuse. Nicolas Cage est méconnaissable, en mari paumé, mince avec une petite moustache. Il s'agit encore maintenant d'un de ses films préférés. Holly Hunter dégage un énergie communicative dans ce film éminemment sympathique mais qui a un peu vieilli. Raising Arizona confirme néanmoins leur statut de surdoués imprévisibles et audacieux.
Le film est présenté hors compétition à Cannes en 1987. C'est la découverte en France de ces jeunes prodiges du cinéma indépendant américain.
S'inspirant de La Clé de Verre de Dashiell Hammett, ils signent en 1990, leur chef d'oeuvre méconnu, le magnifique Miller's Crossing. Visuellement le film est une pure merveille, l'automne « bostonien » est superbement photographié. Tom Reagan (Gabriel Byrne dans son meilleur rôle) traverse l'histoire, seul, isolé devant la folie meurtrière des hommes. Une histoire d'engrenage fatal, de petits grains de sable qui font déraper l'histoire vers l'absurde et la violence. Les cinéastes se servent des clichés du polar, la femme fatale, les clans mafieux, pour mieux les détourner et signer un film sombre et personnel.
Néanmoins la genèse de ce film est particulièrement difficile. Barton Fink drame paranoïaque sur les affres du créateur devant la page blanche est inspiré des 3 années d'errements créatifs entre Raising Arizona et Miller's Crossing.
Barton Fink en 1991, rafle tout à Cannes : Palme d'or, Prix de la Mise en Scène et Prix d'interprétation pour John Turturro, des mains du jury présidé par Roman Polanski. La razzia est telle que Gilles Jacob changera le règlement pour interdire à l'avenir les multiplications de prix pour le même film. Barton Fink a la particularité d'être le seul film de duo, dont la réalisation est à la fois crédité à Joel mais aussi à Ethan.
Film kafkaïen, il est à la fois le portrait de l'artiste confronté à une panne d'inspiration, incarné par un John Turturro, fabuleux, et une vision démoniaque et absurde d' Hollywood. Le film possède une virtuosité, une beauté plastique renversante. Le film le plus sombre, le plus adulte des frères Coen. Le moins accessible aussi.
Ironie du sort, c'est après cette fable furieusement anti-hollywood que les studios américains proposent à nos deux génies de réaliser un film avec plus de moyens financiers. C'est le spécialiste des films d'âaction Joel Silver (L'Arme Fatale, Piège de Cristal) qui produit le film. Sam Raimi participe à l'écriture du scénario. Un budget conséquent, un casting imposant (Tim Robbins, Paul Newman, Jennifer Jason Leigh) et le plus gros, l'unique échec des frères Coen. The Hudsucker Proxy est un fiasco public, mais aussi critique. Injustement, précisons-le ici. Présenté en Ouverture à Cannes en 1994, le film déçoit. Le Grand Saut est pourtant une critique féroce du capitalisme américain. Truffé de moments burlesques et dialogues savoureux, avec un Paul Newman, extraordinaire en capitaliste manipulateur, le film vaut nettement mieux que sa réputation.
Certes, le film souffre de quelques longueurs, le personnage de la journaliste Jennifer Jason Leigh est notamment très agaçant, rappelant celui des blondinettes des comédies US des années 30. Mais cela reste un film stylisé et très drôle, un croisement entre Brazil de Terry Gilliam et les fables de Franck Capra. Après cette escapade ratée à Hollywood, les frères reviennent à leur premier amour, le polar mêlé d'humour noir et signe avec Fargo, leur plus gros succès. Leur meilleur, à date, de très loin. Le film va remporter de nombreuses récompenses dont le prix de la Mise en Scène à Cannes en 1996, et surtout l'Oscar du meilleur scénario, consécration d'Hollywood pour ces cinéastes indépendants. Sans oublier l'Oscar de la meilleure actrice pour Madame Coen, alias Frances McDormand. Fargo va également séduire le public américain. Tourné pour 7 millions de dollars, le film en rapporte plus de 23, uniquement sur le continent Nord-Américain. Avec une mise en scène distante et sobre, les deux frères Coen dissèquent la face cachée de l'Amérique, de leur Minnesota natal.
L'ombre de la statue de Bunyan, bûcheron rustre mais plein de bon sens, plane sur ce film.. Les Coen se moque avec tendresse de leurs personnages montrés avec des failles humaines loin des personnages trop lisse du cinéma américain contemporain. Malgré le succès, les frères Coen refusent les sirènes d'Hollywood. Ils se refusent à faire le même film. C'est leur ami Sam Raimi qui réalise une « suite » à Fargo avec le réussi A Simple Plan (Un Plan Simple). Plutôt un film miroir. Ethan et Joel préfèrent changer de style. The Big Lebowski (1998) est une comédie burlesque, dont la réalisation est à des années-lumières de la sobriété affichée de Fargo. Jeff Bridges et John Goodman interprètent des personnages de loosers sympathiques, de fous de bowling savoureux, de vrais glandeurs. Dialogues savoureux («C'est pire que des nazis, c'est des nihilistes : ils ne croient en rien») et moments drôlissimes avec notamment la scène de remise de rançon la plus ratée de l'histoire du cinéma jalonnent The Big Lebowski.
John Turturro en Jésus, joueur de bowling chambreur, Julianne Moore en artiste déjantée et le malheureux Steve Buscemi s'en donnent également à coeur joie, dans des seconds rôles délirant. Un film sur l'Amérique bis, un nouveau kidnapping raté raconté par un cow-boy ringard. Hilarant. On retrouvera de cet humour et de cette critique anti)californienne dans les premiers plans d'Intolérable Cruauté, hommage classique aux comédiues des années 40. Car dès ce film, les Coen misent sur les stars. Jusqu'à l'excès. Ils ne savent plus doser un Tom Hanks et se reposent trop sur le talent de Clooney. De remakes en hommages, de clins d'oeil en style trop appuyé (The Man who wasn't there), les Coen ressuscitent un cinéma d'antan, mais on perdu de leur ton, en s'en contentant. Nostalgiques, ils tournent en rond autour de leurs références, puisant dans leurs souvenirs de cinéphiles, n'apportant plus rien de neuf, oubliant leur humour noir original, pour reprendre celui des autres.
Avec O Brother Where Art Thou, en sélection officielle à Cannes, mais ça devient une habitude, ils s'essayaient au moin à un nouveau genre, la comédie (presque) musicale. D'ailleurs le disque s'ets plus vendu que le film n'a été vu.
Sous une forme décapante et parfois surréaliste, les siamois du cinéma indépendant américain éclairent la face cachée des Américains, des ploucs aux ratés, ceux qui ne gagnent jamais, mais aussi ceux qui ont la crasse ailleurs que sous leurs baskets. les monomaniacs et autres timbrés qui font de leur pays un continent d'excès et mauvais goût. Ils déforment tout, en n'inventant rien, flirtant entre John Waters, Fellini et l'âge d'or d'Hollywood. Une rigolade qui tourne souvent vinaigre. On comprend que les américains apprécient peu ce portrait au vitriol de leur mode de vie.

yannick, vincy


 
 
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