Jean Dujardin n'en a pas terminé avec les films populaires (il sera bientôt dans un nouveau OSS 117) mais ces derniers temps, il opte aussi pour des chemins de traverse plus audacieux. Après le duo Kervern/Delépine, le voici à l'affiche du déjanté Le Daim de Quentin Dupieux,où il habite littéralement son rôle. On le retrouvera à la fin de l'année chez Polanski dans J'accuse.



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Comment naissent les légendes ? Dans une grosse ville industrielle de l'Ohio, juste avant la grande crise. Newman grandit sans heurts, entre le magasin de sport de son père, la Navy durant l'inévitable guerre, et quelques pièces au lycée avant d'intégrer Yale. Rien ne le prédestinait à devenir un empereur de ... l'alimentation.
Mais avant cela, Paul Newman aura décidé de jouer les acteurs. Pas trop mal même. Cependant réduire Newman à un florilège de titres de films ne permettrait pas de comprendre en quoi il est différent des autres acteurs ; pourquoi lui est une star, une légende du cinéma. Il faudrait même le comparer à un Dieu (Hermès ou Apollon ?). La mythologie de Newman est le résultat d'un mélange de fidélité, de défis, de générosité, de risques, d'esprit, et de répliques cinglantes. Le personnage est hors normes, avec un franc-parler qui s'enrobe de belles métaphores pour mieux divertir et se propager. Son père lui a transmis l'intégrité, l'honnêteté. Son humilité masquée derrière une (fausse?) pudeur trahissent un manque de confiance qui le poursuivra. Depuis qu'il a joué Robin des Bois au collège, sa mère le pousse pourtant à s'épanouir en transposant ses angoisses dans celles de ses personnages tordus, complexes.

Si vous l'écoutez, il renierait la plupart de ses premiers films, à commencer par The Silver Chalice, épouvantable nanar du genre Ishtar. Mais à 33 ans, l'âge du Christ, Newman s'offre un brelan d'as : Cat on a Hot Tin Roof, The Left Handed Gun et The Long Hot Summer (qui lui vaut un Prix d'interprétation à Cannes). Dans le premier son regard bleu cristallin (et daltonien) croise les prunelles violettes de Liz Taylor. Dans le dernier, il rencontre Joanne Woodward, avec qui il se marie pour toujours, les yeux dans les yeux.
De là commence son incroyable ascension vers l'Olympe. Issu de l'Actor's Studio, sa beauté fait écho précisément aux sculptures grecques si parfaites, le sex appeal en plus. La mort soudaine de James Dean, le déclin de Brando, et l'accident de Clift lui ouvrent d'ailleurs la voie à un monopole dans la catégorie "très beau mec, très bon acteur". Il n'y aura bien que Redford pour jouer les rivaux... Newman exhale un charisme en cinémascope, tout en nous aveuglant par la perfection de ses traits et la force de ses iris. Derrière tout cela, il y a d'énormes crises de doute, de longues séances de préparation.

Il peut tout jouer : l'amant, le rebelle, le voyou, le tourmenté D'Exodus à L'Arnaqueur, il créé des personnages inscrits dans le marbre des cinémathèques. Au milieu des années 60, Newman a déjà tourné avec Arthur Penn, Otto Preminger, Alfred Hitchcock (qu'il trouvait prétentieux), Martin Ritt, du mélodrame au thriller, en passant par le western et la comédie. Son engagement est clairement anti-macarthyste. Grâce aux tournages, il se frotte à d'autres légendes : Welles, Bacall, Andrews, Marie-Saint, Poitier, McLaine, Mitchum , Loren, ... Son salaire a quadruplé entre Exodus et Hombre.
Hombre est le sixième et dernier film de Martin Ritt avec Paul Newman. Collaboration méconnue mais intense qui donna quelques grands moments de cinéma. C'est aussi un de ces films où Newman mélange ses idées politiques au personnage qu'il incarne. La même année, il sort Cool Hand Luke, où il joue les anticonformistes. Initialement le rôle était dévolu à Telly Savalas. Pourtant Newman est parfait et applique méticuleusement la méthode de l'Actors Studio. Sans doute l'un des rôles les plus proches de sa véritable personnalité. Pour ses 75 ans, il a brûlé son smoking arguant qu'il n'avait plus besoin de ce type de formalités. Jamais avare de bons mots ou de proverbes " newmaniens ", il revendique une mentalité peu " politically correct " même si sa vie fut entièrement conventionnelle. Et constante : il a toujours refusé de recevoir un Oscar. Évidemment, son cynisme va bien au-delà. Mais attendez la fin...

La quarantaine, un mariage heureux, deux enfants, un statut de célébrité envié, Saint Paul d'Hollywood se lance un nouveau challenge : la réalisation d'un film, qu'il produit. Rachel Rachel met en scène Joanne Woodward, récolte 4 nominations aux Oscars (dont meilleur film) et un Golden Globe du meilleur film. Un coup d'essai transformé en succès. Newman est chanceux. Luke, son plus récent personnage, serait-il synonyme de Luck ?
Il croise alors un autre destin hollywoodien, un autre dieu vivant. Robert Redford, son cadet, qu'on lui a trop souvent opposé, par facilité. Aucune rivalité n'émergera entre eux. C'est peut-être ce qui contribue à alimenter la légende tenace d'une complicité entre les deux hommes. Pourtant, Newman et Redford n'ont tourné que deux films. Mais ces deux films sont aussi leur plus gros succès, et deux des cinquante films les plus populaires de l'histoire du cinéma en Amérique. Butch Cassidy et le Kid a été vu par autant de spectateurs que le récent Spider-Man ; tandis que L'Arnaque a attiré plus de public en son temps que Jurassic Park ou Les Aventuriers de l'Arche Perdue. Le phénomène Newman / Redford prend sa source dans ce double carton rapproché (69 et 73) où les deux étoiles magnétisent leurs fans grâce au talent de George Roy Hill. Un peu comme si John Lennon et Mick Jaeger faisaient un album ensemble... Pour l'anecdote, Redford devait jouer Butch et Newman Sundance Kid. Les rôles furent inversés après une suggestion de Redford. Pardoxalement le rôle de Redford était prévu pour McQueen puis Brando.
Tout lui réussissant, Newman délaisse un peu les caravanes de comédien pour se concentrer sur les caméras de réalisateurs. Il s'octroie un rôle face à Henry Fonda (Sometimes a Great nation) et donne à sa femme un Prix d'interprétation à Cannes avec The Effects of Gamma Rays... Pour le cinéma il devient le juge Roy Bean chez John Huston qui le réengage dans The Mackintosh Man. Son jeu prend de l'épaisseur, et plus que jamais il devient tête d'affiche et héros sublimé d'une Amérique qui doute. Pour la Tour Infernale, film catastrophe mais énorme hit, il empoche un cachet record d'un million de $ et 10% des recettes. Newman n'a plus rien à prouver. Le cinéma mute. Redford, Hoffman, Pacino, Reynolds dominent le système. A l'instar de McQueen, Newman préfère se consacrer à ses hobbies et ses folies.

Il tourne très peu dès le milieu des années 70. Il conclut sa collaboration avec le réalisateur Stuart Rosenberg (4 films ensemble), s'offre un caméo chez Mel Brooks (Silent Movie), interprète Buffalo Bill chez Altman (Ours d'Or à Berlin mine de rien), et joue les garçons d'honneur pour les hommages aux stars qu'il a côtoyées, déjà déchues.
La période est trouble. En 78, il perd son seul fils, Scott, mort d'overdose.
L'expérience le marque. L'année suivante il finit second aux 24 heures du Mans avec une Porsche 935. Sa fascination pour la vitesse, et notamment pour la course automobile (il adore le son d'un V8), est une manière élégante de s'échapper d'un système qu'il déteste. Il échapper souvent à la mort avec ses bolides, même récemment. Parallèlement, Newman se lance dans diverses actions caritatives...

Mais avant la philanthropie, finissons avec sa carrière d'acteur. En vieillissant, Newman, toujours séducteur, étoffe son jeu et cherche des personnages toujours plus ambigus, plus proches d'une forme de lucidité que d'une sagesse bienveillante. Il s'offre alors un tomber de rideau magnifique : Quintet (Altman, 79), Absence of Malice (Pollack, 81), le magnifique The Verdict (Lumet, 82), où il remplace... Redford. S'il rate son nouveau film (Harry and son, le seul qu'il ait écrit), il fabrique lui même son écrin grâce à Scorsese. The Color of Money n'est pas le meilleur film avec Newman, il est juste le plus beau symbole. La suite de L'Arnaqueur, l'un de ses plus beaux rôles, par un cinéaste contemporain génial. Vainement mais utilement, Newman décrochera l'Oscar pour avoir repris les habitudes de " Fast " Eddie Felson. Master Class.

De là, ses films s'amoindriront dans la portée après 30 ans de star system. Il deviendra le père d'un acteur, le vieux monsieur, le salaud sympathique. Son requiem a des allures d'adieux de grande diva. Newman excelle dans Blaze, chez les Coen (le baroque et sous estimé Hudsucker Proxy), Nobody's fool, et par sa présence, sauve quelques navets.
Mais sa marche funèbre sera orchestrée sous la pluie, le sang, les balles et dans l'atmosphère des années 30, celles de son enfance. Road to Perdition, qui renoue avec un genre, qui tisse des liens avec d'autres générations, lui permet de montrer son immense talent, son jeu si nuancé. Et un succès pour son crépuscule. Il aimerait tant un grand rôle final pour faire cet " au revoir " définitif. Comme Fonda (La Maison sur le lac) ou Gable (Les désaxés). Depuis dix ans, il accepte de présenter des Oscars, narre ses souvenirs pour des documentaires, et surtout il se consacre à une autre vie...

Car sous ses allures de héros et d'aventurier, Newman cache un homme à l'humour grivois et aux idées presque socialistes ! Cet homme droit, presque froid et carnassier, n'inspire pourtant pas la plaisanterie. Cet as de la désinvolture n'a rien d'un flambeur. Il réside loin d'Hollywood (une vieille ferme dans le Connecticut et un appart' sur Central Park), possède une équipe de course de voitures pour galvaniser son envie de vitesse et ose remettre avec tact les journalistes à leur place. Intelligent, clairvoyant, Newman voit son métier comme une exhibition, comme s'il était surpris "le pantalon aux chevilles". Texto. Quand on lui parle de l'excellence de sa collaboration avec sa femme, il rétorque du tac au tac et sans rougir : "vous devriez alors nous voir dans la chambre... ". Et pour expliquer la longévité de son mariage, il n'hésite pas à clamer qu'il n'a pas besoin de hamburger alors qu'un bon steak l'attend à la maison. Un être masculin qui assume tout de cette " mâlitude ". Les personnages sont pourtant loin d'avoir autant d'assurance, plutôt cicatrisés ou les plaies béantes. Les femmes, pendant tout ce temps, se pâment.
Pour combler les névroses et éclore sa vraie nature, l'acteur créé une marque de produits alimentaires, appelée Newman's Own et étiquetée de son visage. Il fournit alors sauce tomate (ironique pour celui qui fera la pub de Barilla quelques années plus tard), vinaigrettes, pop corn, limonade, etc... Les bénéfices vont à des organismes de charité pour les enfants (il possède un camp d'été pour enfants cancéreux) et lui ramène involontairement gloire et prix. Newman's Own rapporte désormais beaucoup d'argent qu'il redistribue aussi à la Fondation Scott Newman (rééducation pour personnes abusant de drogue et d'alcool). Enfin, il est l'anti Charlton Heston, en s'affichant dans des publicités favorables au contrôle des armes.
Newman est un acteur qui se connaît bien, et qui arnaque avec soin le show business. Cette rouerie se traduit pas des conversations surréalistes lors de conférences de presse adulées ou encore par un ingénieux système de médiatisation où il semble toujours rebelle à la pensée flatteuse. Pour lui jouer n'est pas un métier créatif mais interprétatif. Désormais ces sauces pour salades rapportent plus que ces films. Il trouve ça juste "embarrassant". Et s'en amuse. Roi de la dérision, il a fait de son esprit le slogan de ses produits : "Ca a commencé comme une blague et c'est hors de notre contrôle !".
De quoi peut-il rêver cet homme qui a tout eu : de beaux films, la même femme depuis 50 ans, des gadgets d'ado fonçant comme des formule 1, l'altruisme des grands coeurs... Il est parmi les derniers géants d'une époque révolue à Hollywood. Celle où les photos étaient encore en noir et blanc, les voitures décapotables, quand les films n'étaient pas vendus comme des pots de sauces d'accompagnement.
Pour son épitaphe il souhaiterait la phrase suivante : "Ici repose Paul Newman qui est mort d'un échec parce que ses yeux devinrent marrons". Mais il déteste qu'on l'appelle " Blue Eyes ".

vincy


 
 
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