Sara Forestier passe derrière la caméra pour son premier long métrage M, un film bancal, imparfait, naïf, fragile mais empli d'une irrépressible envie de faire du cinéma. La jeune comédienne a fait du chemin depuis L'Esquive et son prix de jeune espoir féminin en... 2004.



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ENTRE GRAY CLAIR ET GRAY FONCE





1994 : un jeune réalisateur américain de 25 ans, totalement inconnu remportait le Lion d’Argent à Venise (ex æquo avec Peter Jackson, futur réalisateur du Seigneur des Anneaux) pour son premier film, Little Odessa, une très noire chronique familiale sur fond de mafia russe.
Son auteur, James Gray est né en 1969 dans le quartier du Queens à New-York. A 10 ans, son père qui travaille pour une société de métro new-yorkaise l’amène au cinéma voir Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. C’est le choc, la révélation. James Gray qui souhaitait devenir peintre, a désormais un but dans sa vie : devenir réalisateur. Il apprend le cinéma sur la côte ouest des Etats-Unis à la prestigieuse University of South California, qui a déjà formé des maîtres du septième art tel Martin Scorsese. En 1991, Il réalise un court-métrage de fin d’étude remarqué, Cowboys and Angels. Le sombre récit d’un détective privé à la recherche de son père abusif. Il rencontre le producteur Paul Webster qui l’aide à se faire une place dans le métier. Il écrit alors un scénario pour Universal Pictures, resté au fond d’un tiroir, Mecca, puis se lance dans l’aventure du premier long-métrage.
Il situe son histoire à New-York, plus précisément dans une enclave russe, Brighton Beach, surnommé par ces habitants Little Odessa du fait de la ressemblance entre la Baie d’Hudson et les bords de la Mer Noire. Le quartier de ses grands-parents, des juifs russes qui ont immigré aux Etats-Unis après la Révolution d’Octobre. Son scénario réussit à convaincre de très grands acteurs pour un premier film, Tim Roth, Vanessa Redgrave et Maximillian Schell auxquels s’ajoutent le jeune héros de Terminator 2, Edward Furlong et la charmante Moira Kelly. Il a remarqué cette dernière dans l’un de ces films préférés Twin Peaks Fire Walks With Me de David Lynch.
Little Odessa conte le terrible destin de Joshua Shapira (Tim Roth) un tueur solitaire, forcé de revenir auprès des siens pour exécuter un contrat, de réapparaître dans le foyer familial abandonné auprès d’un petit frère qui l’admire, de sa mère adorée en phase terminale d’un cancer et de son père qui l’a banni.
Les gros plans sur le visage de Tim Roth, les chœurs russes qui s’élèvent : dès les premières images James Gray nous transporte dans une tragédie grecque, un opéra funèbre magnifié par une réalisation aboutie et flamboyante. Filmé durant l’hiver le plus rude et neigeux que la côte Est des Etats-Unis est connue, le jeune cinéaste filme un New-York inédit, celui de la communauté russe qui perpétue des traditions ancestrales et qui est dominée, régie par la mafia. A ce titre, Little Odessa est l’égal de Mean Streets le premier film de Martin Scorsese qui avait « inventé » Little Italy au cinéma. Malgré un budget limité -la production n’a pu loué que pour trois semaine, l’appartement qui sert de décor principal- ce coup d’essai est un coup de maître. A seulement 24 ans, il réalise une œuvre intemporelle, un film d’une force magistrale qui hante longtemps la mémoire du spectateur.
Des mains de David Lynch, président d’un jury qui comprenait également Olivier Assayas et Nagisha Oshima, il reçoit le Lion d’Argent à Venise (l’équivalent du Grand Prix du Festival de Cannes). Un début de carrière plus que prometteur.
Les fans de Little Odessa devront néanmoins patienter six longues années pour enfin voir le second opus de James Gray. Pourtant, celui-ci, dans les entretiens donnés après Little Odessa, confiait sa volonté de mettre en scène un film sur l’envers du décor du métro new-yorkais, une relecture de Rocco et Ses Frères de Luciano Visconti et Sur Les Quais d’Elia Kazan. Mais voilà, malgré le succès de son premier film (surtout en Europe), les studios refusent de lui faire confiance. Ils lui proposent des films de commande comme Ennemis Rapprochés avec Harrison Ford et Brad Pitt qu’il refuse obstinément de mettre en scène. Il préfère se concentrer sur un autre projet, l’adaptation pour les studios Disney d’une nouvelle de P.K Dick, Paycheck mais son scénario ne convainc personne. La version ultérieure de John Woo sera acceptée, mais fade.

Il reprend alors son idée initiale, réaliser la « véritable » histoire des métros New-Yorkais. Après le refus de la Fox, Miramax- les frères Weinstein ont toujours le nez creux-, accepte de produire The Yards. Pour les trois rôles principaux, James Gray choisit Matt Walhberg pour sa performance dans Boogie Night, Joaquin Phoenix qui l’a impressionné dans Prête à Tout et la belle Charlize Théron dont il teint les cheveux en brun pour la rendre plus fragile. Il réussit aussi à convaincre ces acteurs préférés, James Caan (Le Parrain), Faye Dunaway (Bonnie And Clyde), Ellen Burstyn (Alice Dans La Ville) de tenir des seconds rôles importants.
James Gray est un perfectionniste. Pour préparer le film, il envoie son directeur de la Photographie, Harry Savides au Metropolitan Museum of Art de New-York pour étudier la lumière des tableaux de George de La Tour. Il tourne parfois jusqu’à 40 prises de la même scène pour obtenir l’effet qu’il recherche, la tension qu’il exige. Enfin, il story-boarde lui-même son film, peignant des aquarelles pour montrer à son équipe ce qu’il souhaite obtenir. (il a peint ainsi 50 scènes de The Yards). The Yards représente le cinéma indépendant américain au sein de la Sélection Officielle du Festival de Cannes dans laquelle figurent Naghisa Oshima et Olivier Assayas (qui avait « jugé » son travail à Venise 6 ans auparavant). Trop attendu sans doute, le film déçoit les festivaliers et divise la critique. Exercice de style poussif ? revisite somptueuse d’un genre ? The Yards garde son mystère. La magnifique réalisation, le jeu torturé des acteurs ne parvient pas à faire oublier un parfum de déjà vu tenace, un scénario ultra-classique et prévisible. Mais si The Yards n’a ni la perfection, ni la force de Little Odessa, James Gray reste un auteur et un réalisateur au talent incroyable à l’univers très personnel. Loin de la tourmente cannoise, le film s’offre une réhabilitation, Et de nouveau, c'est le grand silence...
Il faudra attendre sept années avant de revoir un film de James Gray. Il continue d'explorer les bas fonds des faubourgs new yorkais. S'amuse avec les codes du fillm noir américain, option années 70, style Pekinpah. La nuit nous appartient, film flamboyant et macabre, tragédie là encore familiale, enracinée dans l'exil, l'immigration, le fric, la corruption, les flics et les voyous, lui offre une nouvelle chance à Cannes. Quelques plans somptueux révèlent une passion pour le 7e Art. Une séquence de poursuites sous la pluie, une autre pleine de tension dans des champsde blé : James Gray imprime son style dans des histoires a priori cent fois vues. Il fascine, remet le débat au goût des cinéphiles. Il retrouve Wahlberg et Phoenix, leur adjoint une bombe latino en lieu et place d'une blonde sophistiquée. La France continue d'en faire l'un de ses cinéastes favoris (une nomination au César en bonus). Il prend son temps, refuse les compromis. Ses histoires de sang (celui de la famille et celui qui coule) rappelle sa filiation avec les grands auteurs de polars et drames urbains américains.
Il surprend tout le monde en 2008 lorsqu'il écrit et réalise un nouveau film, un an après le précédent. Du jamais vu dans sa filmographie. Il réengage Joaquin, lui adjoint Gwyneth Paltrow. Les stars se précipitent vers ce talentueux metteur en scène qui sait filmer les héros qui sombrent et les méchants qui friment. Plus romantique, mais toujours aussi cruel dans ses dilemmes, l'histoire qu'il a écrite lui ouvre un nouveau virage ... qui passe encore par Cannes!

vincy, yannick


 
 
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