Hugh Grant nous manquait. Après quelques audaces dans sa filmographies, et en fait une raréfaction sur grand écran depuis une dizaine d'années (à peine dix films depuis 2004), la star britannique a vieilli mais n'a pas perdu ni de son charme ni de sa dérision. Excellent dans Florence Foster Jenkins l'an dernier, le voici fabuleux et jouissif dans Paddington 2. A 57 ans, il se reconvertit dans la farce. En attendant de le voir dans A Very British Scandal, de Stephen Frears, avec Ben Whishaw, sur petit écran.



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MAN OF MYSTERY





La silhouette et ce visage d'adolescent cachent un homme déjà installé dans la quarantaine. Ses cheveux blancs, la cigarette perpétuellement au bec, ce profil-bas calculé (avec la voix idoine, presque rauque) en font une sorte de dandy décalé, faussement détaché, nonchalent, cultivé, poête, auteur et donc réalisateur. De son esprit s'évade un univers beau, triste, drôle, magique, désespéré, âpre. En 20 ans, Jim Jarmusch est devenu une figure de proue du cinéma indépendant américain, et a signé, avec Ghost Dog, son film le plus accessible.
Car Jarmusch, cinéaste culte des cinéphiles et connaisseurs de films "art & essai", est souvent plus connu pour son petit rôle de Sling Blade (Billy Bob Thorton, 97) que pour ses films, même les plus récompensés. Si Cannes en a fait un de ses favoris, les Américains n'ont jamais accroché à ce caractériel méfiant des médias, à cet artiste cultivé.

Influences : un trait d'union
Buster Keaton (son préféré), Nicholas Ray (pour qui il fut assistant sur Lightning over Water), Samuel Fuller, Douglas Sirk, Henry Hathaway, Wim Wenders, Aki et Mika Kaurismaki, amis ou inspirateurs, ont déteint sur ses goûts. Du cinéma Japonais à Melville, son imagerie s'est enrichie de références. Mais plus que cela, Jarmusch est un trait d'union entre un cinéma libre et ce qui deviendra le caucus indépendant made in US (New York plus exactement): de Kevin Smith à Spike Lee... Lee avouera qu'il doit beaucoup de sa réussite à la New York University à Jarmusch, pionnier qui montra la voie à tous dès le début des années 80.
Mais le réalisateur est avant tout un lien entre deux cinémas, deux continents. Lecteur assidu, appréciant par dessus tout les poêmes (soi-disant inachevés) Paul Valery et Honore de Balzac et sa Peau de chagrin, cet "existentialiste spirituel" n'a pas d'étiquette ou de nation. A la fois Américain ou Européen, son cinéma n'est absolument pas uniquement US. Même s'il en utilise des genres (western, polar maffieux, ...), sa philosophie, l'essence de ses histoires, le lyrisme de ses personnages proviennent plus de la culture européenne. Avec sa qualité d'écriture "style vieux continent-nouvelle vague" et une singularité visuelle forcément nord-américaine, il établit une pesserelle entre deux cultures. Parfois, la sauce prend mal (Night on earth, road movie mondial), et sinon la synthèse est parfaite (Down by Law, Ghost Dog).

Source et ressources
Les thèmes chez Jarmusch sont récurrents. On peut repérer la quête d'identité ou de spiritualité, les voyages géographiques (Mystery Train, Night on Earth, ...) ou intérieurs (Dead Man, Ghost Dog, ....), les villes (multi-ethnies, bitume, isolationnisme, musiques), la mort comme élément intégré à la vie (fatalité, rites, mélancolisme)... Jarmusch est un humaniste sont la caméra suit toujours des âmes perdues et des calmes déjantés. Des gens qui se cherchent dans un timing incontrôlable. Des personnes qui trouvent leur voie vers le paradis, ou plus étrange encore, vers une longue nuit...
Et puis il y a un style : les allégories et vues de l'esprit (jouant avec le noir et blanc ou la décomposition de l'image), l'humour dans des contextes graves, une imagerie hypnotique, captivante, magnétique, à la fois buccolique, romanesque, violente, surréaliste. Où le rêve, l'évasion font corps avec une réalité sombre, sordide, urbaine.
A l'instar de Jarmusch lui-même, ses films dépeignent une marginalité choisie, une solitude subie. Ils mettent en conflit des cultures différentes, tels un patchwork citadin, métissant les hommes et les musiques, les envies et les codes.
Jarmusch n'oublie ainsi jamais l'humour, l'absurde, le comique de situation, soit pour désamorcer une séquence dramatique, soit pour montrer l'incommunicabilité des êtres. Un redoutable observateur de la précarité humaine, qu'elle soit matérielle, spirituelle, ou relationnelle.
Il y a même une sorte de morale qui se dessine à travers chaque fin de film. Une notion de justice, de pardon, et d'espoir. La transmission de savoir, l'héritage de la connaissance appartiennent aux non-dits de ses scénarii.

Intégrisme et sagesse
Depuis son premier film (Permanent Vacation) produit pour 15 000 $ jusqu'à Ghost Dog (co-financé par la France et le Japon, ses deux publics les plus fidèles avec les Scandinaves), en passant par de multiples sélections à Cannes (dont une Caméra d'Or), Jarmusch a poursuivi un parcours brillant mais sans avoir jamais rencontré un grand public ni même réalisé d'opulentes productions hollywoodiennes.
"Les films sont une collaboration, et je choisis avec qui je collabore. Ce sont des artistes. Il y a les artisans et les artistes. Et je refuse qu'un cadre qui sait comment faire tourner une usine de sous-vêtements, me disent comment monter mon damné film." Jarmusch est clairement en opposition au système hollywoodien. Auteur, acteur, rélaisateur mais aussi producteur, il veut se sentir libre. Même si Dead Man fut distribué par Miramax, les dirigeants de cet apprenti-studio (à l'époque) trouvèrent le "final cut" de Jarmusch pas assez commercial. Le cinéaste ne changea rien à son montage.
"C'est beaucoup de travail, être indépendant. Mais ça vous botte le cul. Nous faisons ces films à la main. Tu écris, tu fais le casting, tu finances, tu trouves les lieux de tournage; et tu tournes, sans pression. On est là du début à la fin du procédé, jusqu'à l'impression des copies. Et après on part, on s'en va promouvoir ce truc. C'est au minimum deux ans de ta vie, au plus court. C'est dur, mais c'est aussi la seule manière pour moi de le faire." Sa voie...
Une errance artistique sans objectif commercial, à la fois conscient et lunatique, qui lui permet surtout de faire des rencontres inattendues, et là encore de confronter des univers artistiques variés et improbables.

Benigni, Iggy Pop, ...
Pour Jarmusch, l'équation est simple : à partir de personnalités fortes, intéressantes, il parvient à écrire des personnages de cinéma, et ce, peu importe, qui l'interprète, un voisin ou une rock star, un italien ou une sorte de sumo noir.
N'importe qui peut petre bon acteur, sembler vrai et ne pas stresser devant une caméra si le rôle est bien écrit. Il a ainsi engagé des rockers comme Iggy Pop ou Scréamin' Jay (Hawkins).
La rencontre avec Roberto Benigni (qu'il fit jouer dans Down by Law) fut plus pittoresque. Ils furent membre d'un jury dans un Festival où ils firent scandale (refusant de voter pour un film pour lequel les producteurs faisaient pression). Roberto ne parlait pas anglais, Jarmusch pas un mot d'italien. Le directeur du festival les engueulait. L'union fit la force, naturellement, les deux bafouillant dans un lamentable français....

Audio-visuel
Les films de Jim Jarmusch se décomposent en trois éléments essentiels; des scripts très précis (même si ses courts Coffee and Cigarettes avaient une approche plus improvisée, plus "folledingue"), où l'équilibre entre légèreté et brutalité fait penser aux films de Mike Leigh; et sinon l'image et la musique.
"Pour moi, un film techniquement parlant est moitié images moitié son. La bande sonore, et pas seulement la musique du film, est aussi importante que l'image. C'est pour cela que je fais attention à tous les sons que j'entends." avoue le réalisateur.
Et ex-musicien, il était membre d'un groupe à la fin des années 70, et a même composé la musique de son premier film. depuis il a fait appel à des artistes aussi différents que Neil Young, Tom Waits ou RZA. Ses films sont aussi des partitions musicales. Lors de ses rares interviews (dues à de rares sorties de films : Jarmusch n'a réalisé que 3 longs métrages dans la décénnie après une crise d'inspiration réelle), le cinéaste a avoué qu'il aurait aimé être un musicien. La vie en aura décidé autrement . Mais il continue de croire que la musique est la forme d'art la plus pure pour communiquer, sans barrière de langues.

Préceptes
Ayant atteint une totale maturité dans son art, le cinéma, Jim Jarmusch reste fidèle avant tout à ses convictions, assumant sa différence, ayant totalement conscience de son statut particulier. Et finalement, zen.
Jarmusch, héritier de Godard et d'un langage cinématographique en constante évolution, inscrit son oeuvre dans un univers, dans une société riche de ses contradictions et de ses déracinements. Une observation mystique et humaniste de ceux qui refusent d'être assimilés à une uniformisation culturelle.

vincy


 
 
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