Hugh Grant nous manquait. Après quelques audaces dans sa filmographies, et en fait une raréfaction sur grand écran depuis une dizaine d'années (à peine dix films depuis 2004), la star britannique a vieilli mais n'a pas perdu ni de son charme ni de sa dérision. Excellent dans Florence Foster Jenkins l'an dernier, le voici fabuleux et jouissif dans Paddington 2. A 57 ans, il se reconvertit dans la farce. En attendant de le voir dans A Very British Scandal, de Stephen Frears, avec Ben Whishaw, sur petit écran.



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DU LARS ET DU COCHON





«Suivez le courant
Au fil des Jours
Glissez Vers L'Océan
Ou se mire le ciel
Vous voulez vous réveillez
Vous libérez de l'image d'Europa
Mais cela est Impossible
»
(Texte final du film « Europa »)

Fascinant, hypnotique , cauchemardesque, envoûtant : bienvenue dans l'univers des films du Danois Lars Von Trier.
Lars Von Trier est né à Copenhague le 13 avril 1956, au Danemark donc, la patrie de Carl Theodor Dreyer (Ordet, Jeanne d'Arc). Très tôt, il dévore les films de celui-ci, de Tarkovski (Le Miroir est son film préféré) et d'Orson Welles, qu'ils considèrent comme ses maîtres. En 1971, il réalise des petits films en 16 millimètres avec une caméra super 8 offerte par sa mère. Une passion est née.
En 1974, il entre au sein de la National Film School Of Denmark. Lars Von Trier est en rupture avec l'enseignement prodigué, sâoppose à ces professeurs. Mais déjà, des techniciens , des artistes plus âgé acceptent de travailler sous son total contrôle. Avec Nocturne en 1980, il réalise un court métrage de fin d'étude très remarqué primé au Festival des films étudiants de Munich. Lars Von Trier fait une oeuvre d'une grande beauté plastique sur un thème proche de Dancer In The Dark, la peur de devenir aveugle. Des images hyper-sophistiqués, une lumière particulièrement étudié, un plan-séquence final avec les oiseaux en surimpression (hommage à Alfred Hitchcock ?) derrière la jeune femme sur une musique de l'album Heroes de David Bowie, démontrent sa précocité à marquer le spectateur bien après la projection.
Avant de se réaliser son premier long-métrage, il s'exerce dans les publicités et les clips de ces groupes de rock préférés. En 1984, The Element Of Crime fait figure d'ovni. Premier long-métrage de Lars et premier coup de poing. Son film est une longue descente aux enfers, apocalyptique et magnifique. Il réussit avec peu de moyens à transformer Copenhague en une ville totalement méconnaissable, hors du temps et de l'espace. Il fabrique une atmosphère poisseuse, insère des touches de surréalisme, crée un cauchemar éveillé. Il s'est inspiré pour l'esthétisme de son film de Nostalgia de Tarkovski. Et que dire du scénario ? Pour les fous de polars, un film immanquable, une manipulation mentale avec un retournement de situation imparable, un coup de théâtre qui vous hantera longtemps.
De plus le propos peut se lire sur plusieurs plans : un plan purement policier, mais aussi une parabole sur l'histoire européenne, et même une réflexion sur l'Homme qui est fasciné par le mal. Lars avoue d'ailleurs «Je me suis longtemps intéressé au mal et à son esthétisme».
C'est sa première collaboration avec le scénariste Niels Vorsel. Le film en sélection au festival de Cannes où il obtient le Grand Prix de la Commission Supérieure technique. Le début d'une grande histoire d'amour entre le Festival et ce cinéaste.
Néanmoins malgré ce prix, le film ne reçoit pas un accueil très favorable surtout dans son pays, Lars Von Trier peine donc à trouver des financements pour ces projets. Il réalise malgré tout son rêve de cinéphile adaptant un scénario de Dreyer pour la télévision Danoise, Médéa, inspiré de la tragédie antique Médee.
Une nouvelle fois, Lars Von Trier parvient à créer une atmosphère particulière, hantée par la mort. Les plans en surimpression sont visuellement une merveille. La fin du film est d'une beauté visuelle renversante, implacable, choquante mais magnifique.
Déjà, il refuse de se réfugier dans un statut de cinéaste esthétique. Avec Epidemic en 1988, il signe son film le moins abordable : est-ce un film expérimental ? un documentaire déguisé ?, un road movie fantastique ?. Esthétique dogma (et oui déjà), pour ce film fourre-tout, à la fois génial et agaçant. Lars Von Trier et son acolyte Niels Vorsel se moquent des conventions du récit, du milieu du cinéma danois (une éternelle quête de la subvention), de son style (les plans à l'hélicoptère sont si exagérés qu'ils en deviennent ridicules, alors que dans Médéa, il emploie très souvent ceux-ci). En deux scènes, Lars Von Trier « sauve » un film trop faussement non travaillé pour vraiment convaincre: une scène poignante avec l'acteur Udo Krier qui évoque ces souvenirs du bombardement inutile et sanguinaire de Dresde par les alliés à la fin de la guerre 39-45 et la fin, une terrifiante séance d'hypnose sorte de prémisse à The Kingdom. La fin est ce qui sublime chacun des films de Von Trier, bons ou mauvais.
Epidemic était une interlude : avec Europa, Lars Von Trier revient à un esthétisme poussé. Le cinéma Von Trier c'est une série de contradictions, d'expérimentation, passant du Dogme à une théâtralité abstraite, de la beauté la plus lisse au charme le plus brut. Parfois ça frôle la simple posture (imposture diront certains), le concept.
Le film obtient en 1991 le prix du jury à Cannes et impose le cinéaste comme l'un des meilleurs plasticiens de sa génération. Europa est une séance d'hallucination cauchemardesque guidée par la voix de Max Von Sydow. Un film teinté d'expressionnisme avec des fulgurances stylistiques incroyables, rappelant les travaux des meilleurs auteurs de bandes dessinées, d'Art Spiegelman ou de Frank Miller.
C'est cela le talent de Lars Von Trier, réussir des moments de magie pure au sein d'un film d'une noirceur profonde. Comme l'Allemagne, plongé dans les ténèbres, le film est sombre, très sombre. L'amour est manipulateur, le destin inexorable. Le noir et blanc est magnifique, dû en partie au spécialiste de la lumière Henning Bendsten, un ancien collaborateur de Dreyer, qui a travaillé en tant que chef opérateur sur le film. Avec Europa, il clôt une première trilogie de trois films commençant par la lettre « E », ayant pour thème l'Europe, la perte de l'identité et de la contamination par le mal. LVT inscrit ses phobies et fascinations sur pellicule.

Un producteur de télé danois lui propose alors de lui soumettre un projet peu coûteux.. Il arrive dans le bureau (une scène d'Epidemic), réfléchit dix secondes et trouve une « idée », cela se passera dans un grand hôpital qu'hante un fantôme, une petite fillette. Le producteur dit banco. Un petit souci cependant, Lars Von Trier fuit comme la peste les hôpitaux.
Néanmoins le résultat est absolument génial, un croisement improbable entre La Clinique de La Forêt Noire, Belphégor, M.A.S.H, L'Exorciste, A Tombeau Ouvert et La croisière s'amuse . Impossible n'est pas danois. Lars Von Trier se permet tout, dans le scénario comme dans la réalisation. Au début, c'est incompréhensible, brassant des dizaines de personnages. Puis au fur et à mesure, on saisit les liens occultes entre les différents médecins, infirmiers et patients. On rit énormément des frasques d'Helmer (avec ses répliques de fin d'épisode comme « Danois de mes fesses » de la bêtise des médecins (la greffe de foie cancéreux à but de recherche..), hilarant, loufoque, mais parfois vraiment effrayant. Les passages gores ne sont pas nombreux mais quand ils arrivent, ils font leur effet. Pour les scènes de vie quotidienne de l'Hôpital, discussion autour d'une table, vol de dossier en cas de foirage d'opération..., la steadycam et une longue focale sont utilisés donnant une grande impression de fluidité, masquant les imperfection par un mouvement quasi-continuel ; par contre pour les passages fantastiques, il utilise au contraire des plans fixes très travaillés.
Mais The Kingdom c'est aussi, un monstrueux bébé appelé Petit-Frère, des courses d'ambulance à contre-sens, du vaudou, une analyse quotidienne de selle, une grand-mère mythomane mais spirite. Un pot-pourri de n'importe quoi totalement jubilatoire. Lars Von Trier lui-même, en maître de cérémonie vient expliquer à la fin de chaque épisode les tenants et les aboutissants de la série. Jouissif.

Avec Breaking The Waves en 1996, il débute une nouvelle trilogie « Coeur D'Or », sur un conte qu'il a lu enfant, l'histoire d'une petite fille naïve et au grand coeur, qui se perd dans une forêt et qui partage tout ce qu'elle possède avec ces rencontres. Elle réussit à traverser la forêt mais se retrouve démunie. Elle garde néanmoins son grand coeur, « Je m'en sors bien malgré tout».
Breaking The Waves est un mélo flamboyant, tourné entièrement caméra à l'épaule. Le film obtient le Grand Prix du Jury à Cannes (frôlant la Palme et alimentant les polémiques) et Emily Watson obtient de nombreuses récompenses pour son interprétation à fleur de peau de Bess. Film écorché vif (pour ne pas dire christique) avec une caméra au plus près des corps et des êtres, Breaking The Waves est une véritable épreuve physique, mystique. La dureté du propos est compensée par de magnifiques interludes, images numériquement retouchées, avec des standards des années 70 en fond musical.
Lars continue d'expérimenter, dans la deuxième « saison » de The Kingdom, il multiplie les personnages et les intrigues, s'amuse à tromper ces comédiens pour que ceux-ci soient plus spontanées dans leur jeu.
En 1998, avec ces amis cinéastes danois dont Thomas Vinterberg (Festen), il établit le Dogme, voeux de chasteté cinématographique. 10 commandements pour des films plus près de la vie, de la réalité. LVT annoncera la mort du Dogme début 2005. Constat d'échec ou aveu de manipulation, le malin cinéaste crée et défait une actualité cinématographique en manque de Nouvelle Vague. Il occupe le terrain. Les Idiots, dogme 2 est donc réalisé sans aucun artifice, en lumière naturelle. C'est un défi pour Lars Von Trier, une contrainte pour se libérer de sa tentation de réaliser des films trop contrôlés.
Les Idiots est un film sans concession. Il ne juge pas ses personnages, ne permet pas au spectateur de trancher, d'être avec ou contre ceux-ci. C'est l'une des raisons sans doute de l'accueil tiède réservé par Cannes en 1998 au long-métrage. Diffusé juste après le culte Festen (et certainement plus brillant dans le scénario comme dans la forme), il a souffert de la comparaison. Pourtant, Les Idiots est un film de ceux qu'on n' oublie pas. La direction d'acteur est époustouflante : les comédiens qui tous faisaient leur première apparition sur grand écran, sont si justes que l'on amnésie presque qu'il s'agit de fiction. Il sauve cette promenade naturiste par une fin qui coupe le souffle des moins sensibles.
Le génial danois poursuit ses expérimentations et ses manipulations émotives : le jour de l'an, avec ces amis cinéastes danois il réalise un court-métrage en caméra numérique. De plus, chaque année depuis 1991 et jusqu'en 2024, il filme avec les mêmes acteurs dont Jean-Marc Barr un petit bout de scénario (le projet est intitulé Dimension).
Mais surtout il réalise Dancer In The Dark avec la chanteuse Björk Une tragédie musicale, l'ultime volet de sa trilogie "coeur d'or". La plus importante production de Scandinavie avec plus de 100 millions de francs. Un tournage numérique, épique et conflictuel avec l'autre génie, Miss Björk. Dancer In The Dark est le coup de coeur du festival de Cannes 2000. Larmes assurées, musiques trippantes. Des mains de Catherine Deneuve, qui fit beaucoup pour la promotion du film mais aussi la paix sur le plateau, Lars Von Trier reçoit la Palme d'Or consécration mondiale pour ce cinéaste hors norme, définitivement visionnaire.

Il ouvre alors une nouvelle trilogie. Mélange de théâtre et de cinéma, d'absence de décors et de pure dramaturgie, il explore toutes les voies qu'il apprécie : la direction d'acteurs, les propos violents, la passion amoureuse. De chair et de sang. Dogville, ovni cinématographique, permet à Kidman de faire un détour dans son univers fascinant. Aux racines du mal, aux origines de l'Amérique, l'utopie y est massacrée. l'innocence ravagée. Comme toujours chez Von Trier. Le monde est décidément composé de souffrance, de désillusions. Mandalay prolonge la série. Kidman n'est plus. Mais le cinéaste continue de séuire les acteurs les plus tendance, ou les plus prometteurs. De nouveau il revient à Cannes. Il faut dire que pour rejoindre la côte d'Azur, il peut prendre son car caravane pour rouler à travers l'Europe, qui lui sert de décor même quand il dépeint l'Amérique...

yannick, vincy


 
 
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