Jean Dujardin n'en a pas terminé avec les films populaires (il sera bientôt dans un nouveau OSS 117) mais ces derniers temps, il opte aussi pour des chemins de traverse plus audacieux. Après le duo Kervern/Delépine, le voici à l'affiche du déjanté Le Daim de Quentin Dupieux,où il habite littéralement son rôle. On le retrouvera à la fin de l'année chez Polanski dans J'accuse.



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LES TROIS LUMIERES





En signant « Les trois lumières », en 1921, Fritz Lang allait réaliser le film fondateur de l’expressionnisme allemand, hérité de la jeune et grande école picturale du même nom. Mais ces « Trois Lumières » pourraient tout aussi bien s’attribuer à sa bio-filmographie composée de trois périodes distinctes et se répondant en écho : l’allemande, de 1919 à 1933, l’américaine, de 1935 à 1956, et à nouveau l’allemande, de 1958 à 1960 (nous omettons ici volontairement le « Liliom » qu’il réalisera en France en 1934, qui fait plutôt figure de jonction). Né à Vienne le 5 décembre 1890, Friedrich Christian Anton Lang se passionne très tôt pour l’architecture, le journalisme, le roman d’aventures (il en écrira plusieurs dont certains deviendront des films), les faits divers, les voyages, les arts plastiques… et les femmes. A la pointe dans tous ces domaines qu’il pratiquera tour à tour ou ensemble – notamment, selon ses dires, lors d’un tour du monde qu’on évalue autour de 1912/1913 – il fait une rencontre décisive en 1918 grâce au réalisateur Joe May qui le met en contact avec Erich Pommer, le producteur, venu ouvrir à Vienne une succursale de sa compagnie Eclair. Il lui offre le poste de dramaturge-scénariste pour ses futures productions. Mais Lang, c’est aussi et avant tout un œil – c’est le cas de le dire, puisqu’il perdra l’un d’eux sur le tournage de « Métropolis », et non à la guerre pour sauver un camarade comme il l’a longtemps prétendu. Un oeil que ne tarde pas à remarquer Pommer, au point de lui confier dès 1919 la réalisation de « La métisse » qui témoigne aussitôt d’un talent hors-norme pour sa composition du cadre et son utilisation des ombres et lumières accordées au récit. Dès lors, ses futures réalisations allaient suivre l’ampleur du personnage jusqu’à la démesure, du diptyque des « Nibelungen » (1924) à « Métropolis » (1927) en passant par les sagas d’espionnage « Les araignées » (1919-1920) qu’il a écrit ou des « Espions » (1928) d’après le roman homonyme de sa scénariste désormais attitrée, Théa von Harbou.
Cette femme tient une importance toute particulière dans la vie et la carrière de Lang pour avoir été à la fois sa maîtresse et une fervente activiste de la toute jeune montée du nazisme, au point de clairsemer, à l’insu du réalisateur, nombre de symboles antisémites à l’écran qu’il assumera par la suite jusqu’à en renier la part de chef-d’œuvre. Mais elle déterminera aussi, involontairement, la principale thématique du cinéaste : à savoir la coupable innocence et l’innocente culpabilité. Marié, Lang fut surpris par son épouse avec Von Harbou sur les genoux (mais plus probablement dans d’autres positions) en salle de montage. Quelques jours plus tard, Mme Lang fut retrouvée assassinée par arme à feu et le Fritz fripon dûment interrogé durant de longues heures (on ne trouvera jamais le coupable et Lang restera toujours muet à ce sujet…). A partir de ce jour et jusqu’à la fin de sa vie, il allait annoter heure par heure chacun de ses gestes dans un petit cahier qui ne le quittera jamais, de la composition de son petit déjeuner à ses rencontres comme autant d’alibis potentiels.
Dès lors, le sujet de son premier film parlant était tout trouvé : l’histoire du tueur en série le « Vampire de Dusseldörf » qu’il allait retitrer, au grand dam du partie social démocrate en prise de pouvoir, « Les tueurs sont parmi nous » ! Et de ne pas comprendre pourquoi un propriétaire lui refuse son hangar pour tourner avant de découvrir une croix gammée dissimulée sous sa veste : « Mais enfin, c’est l’histoire d’un tueur d’enfants !» . Lang aura son hangar, mais pour le titre, il allait opter pour « M, le maudit ».
Tandis que ses confrères voient l’arrivée du sonore comme un encombrant gadget, Lang allait déterminer avec génie toutes les utilisations possibles et inimaginables du son pour l’incorporer à un nouveau langage cinématographique (à commencer par le tueur psychopathe, impressionnant Peter Lorre, identifié par l’air de Grieg qu’il sifflote).
La démarche trouvera son aboutissement dans son film suivant, l’ultime de cette période allemande, « Le testament du Dr Mabuse » (1933). Mais l’intrigue est audacieuse : un fou criminel enfermé qui écrit une bible diabolique (« Mein Kampf » ?) tout en faisant exécuter à distance ses basses besognes par une bande de mercenaires allumés n’est pas sans prêter quelques relents à l’actualité…
Après, c’est l’histoire ou la légende qu’il faut décider d’imprimer ou non. Convoqué par Goebbels, Lang se serait vu proposer la direction du cinéma allemand parce que le Fürer était un fan de « Métropolis » et des « Nibelungen » (tu parles !) tandis que lui fixait l’horloge et les minutes qui le séparaient du dernier train pour la France. Fuir et abandonner dans l’heure toute sa fortune. La découverte récente de son passeport montre qu’il aura fait plusieurs allés-retour avant de loger pour un an dans notre capitale, y fourguer son capital, et y réaliser « Liliom » !
Comme nombre de ses compatriotes du métier, l’appel du pied d’Hollywood ne le laisse pas insensible. Dès lors sur place, il trouve rapidement du boulot, mais découvre la dure réalité du compromis artistique-commercial. Il en deviendra le maître lorsqu’il comprendra qu’il suffit de distiller les changements de scénario qu’on lui accorde, semaine après semaine, trois séquences par ci, cinq séquences par là, pour en transformer progressivement la totalité à la barbe de ces crétins de producteurs!
Pour se familiariser à la langue, et à ce qu’il considère à une sous culture, il lit des B.D et ingurgite les faits divers. Il en fera le sujet de ses trois premiers films, « Furie », « J’ai le droit de vivre » et « Casier judiciaire », tous autour du faux coupable, thème social et indûment policier qui lui sera récurrent jusqu’au chirurgical et définitif « Invraisemblable vérité » qui clôturera sa carrière américaine en 1956.
Entretemps, Lang se sera tout autant démarqué dans le Western (« Le retour de Frank James », « L’ange des maudits » avec Marlène Dietrich), le thriller ésotérique (« Le secret derrière la porte », « House by the river »), le film d’aventures (« Les contrebandiers de Moonfleet »), le film noir (« Règlement de compte », « La femme au portrait »), le film d’espionnage (« Cape et Poignard », « Les bourreaux meurent aussi ») que le film de guerre (« Guérillas »).
Mais las, il décide en 1959 de revenir en Allemagne comme le héros national qu’il est avec toutes les promesses de cartes blanches pour le film dont il rêve. Et de surprendre son monde en annonçant que se sera le remake d’un scénario qu’il a écrit avec Von Harbou et porté à l’écran par Richard Eichberg en 1938 : « Le tombeau Hindou », le premier volet s’intitulant « Le tigre du Bengale ». En deux parties, donc ? Ben oui ! L’histoire d’un architecte qui doit sauver une belle danseuse des griffes d’un Maharadjah… A la projection du diptyque hindou à la cinémathèque française en présence de Lang, les gens sont hilares et passent complètement à côté de l’épure artistique, au point de l’accuser de gâtisme. Et de faire renier douloureusement à Lang ce pour quoi il semblait s’être toujours battu. Seules les bandes des Cahiers et du Mac-Mahon le soutiennent. Mais il ne s’en relèvera plus…
Après avoir signé un ultime et merveilleux volet aux aventures de Mabuse en 1960, il se retire.
Non sans avoir incarné son propre rôle dans « Le mépris » de Jean-Luc Godard, où le combat contre la bêtise dictatoriale hollywoodienne est au cœur du sujet. Lang s’éteint le 2 août 1976 à l’âge de 85 dans sa villa de Beverly Hills.
En laissant derrière lui 41 films dont chaque nouvelle lecture est une découverte…

Arnaud


 
 
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