Dominique Besnehard a eu du nez en pariant sur un festival de cinéma francophone qui se tiendrait entre Locarno et Venise ou Deauville, en cette fin d'été où les journalistes n'ont pas encore complètement repris, tandis que le grand public est encore en mode estival. Résultat, Angoulême célèbre en fanfare sa 9e édition avec, excusez du peu, Gilles Jacob en co-président du jury et une pléiade de stars attendues, d'Isabelle Adjani à Isabelle Huppert, en passant par Sophie Marceau.



Maren Ade
Ben Affleck
Solveig Anspach
Nathalie Baye
Alex Brendemühl
Daniel Brühl
Vincent Cassel
Suzanne Clément
Matt Damon
Emmanuelle Devos
Xavier Dolan
Zac Efron
Jesse Eisenberg
Colin Firth
Marina Foïs
Charlotte Gainsbourg
Jennifer Garner
Rebecca Hall
Chris Hemsworth
Djimon Hounsou
Jeremy Irons
Tommy Lee Jones
Marthe Keller
Nicole Kidman
Mila Kunis
Jude Law
Jared Leto
Ezra Miller
Guy Pearce
Mark Ruffalo
Zoe Saldana
Michael Shannon
Will Smith
Kevin Spacey
Kevin Spacey
Steven Spielberg
Alicia Vikander
Christopher Walken
Christoph Waltz
Emma Watson
Kristen Wiig



Brigitte Bardot
François Truffaut
Gérard Lanvin
Sophie Marceau
Keanu Reeves
Kirsten Dunst
Ryan Gosling
Johnny Depp
Penelope Cruz
Brad Pitt




 




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L'HORREUR ORDINAIRE DU HASARD





   Le cinéma de Michaël Haneke est très particulier. Chacun de ses films constitue une sorte d'expérience métaphysique de laquelle on ne sort pas indemne.

Il y a d'abord la trilogie de "la guerre civile" qui relève d'une peinture de l'horreur ordinaire. Dans le premier, Le Septième Continent, une famille autrichienne bourgeoise et sans problème apparent, décide subitement de se retirer de la vie sociale et de s'anéantir méthodiquement.

Dans le second, Benny's Video, un adolescent féru de technologies de l'image et de la surveillance vidéo, tue sa petite amie avec un pistolet à cochon. Enfin, dans le troisième volet, 71 Fragments d'une Chronologie du Hasard, de multiples moments de vie, appartenant à des personnages différents, nous conduisent au meurtre des clients d'une banque par un jeune étudiant... presque par hasard.
Pour ces trois histoires, Michaël Haneke s'est inspiré de faits divers.
Pour Funny Games (racontant la destruction froide et méthodique d'une famille autrichienne par deux jeunes gens d'apparence très "comme il faut"), le réalisateur n'est pas parti d'un fait divers. Néanmoins, à la sortie du film, des personnes ont envoyé au réalisateur des articles de différents pays racontant des histoires similaires. Dans l'une d'entre elle, l'assassin, un étudiant en chimie, avait finit par être arrêté. En prison, il avait écrit un livre dans lequel il expliquait qu'il ne regrettait rien, qu'il n'avait pas une once de mauvaise conscience et qu'il utilisait les gens pour son plaisir.
Pour Michaël Haneke, il s'agit de dénoncer la violence et disséquer ses composantes : "Quand j'écrivais Funny Games, je lisais des articles sur des viols et des meurtres commis par des jeunes. A la question "Pourquoi avez-vous fait ça?", ils répondaient tous qu'ils avaient voulu "voir ce que ça faisait"."

Il s'agit aussi de faire réaliser cette violence au spectateur. En effet, pour le réalisateur "nous sommes tous dans cette partie du monde très industrialisée et nous ne connaissons la violence personnelle que par les médias. Nous assistons à la déréalisation de la violence". Pour ce faire, il a opté pour le parti de ne montrer que rarement les actes violents directement, mais plutôt les victimes et leur souffrance. Et nous regardons, médusés et dans un malaise éprouvant, les événements s'enchaîner et nous conduire vers des drames horribles et inéluctables. Dans tous ses films, le spectateur n'a pas de recul. Il est impossible de se distancier de l'action. Nous sommes immergés dans cet univers de violence extrême et de tension et la souffrance des personnages nous arrive de plein fouet.

Malheureusement, cette dénonciation n'a pas été toujours bien comprise par le public et la critique qui a parfois reproché à Michaël Haneke d'aller trop loin. De façon plus anecdotique, pour expliquer cette incompréhension, Wim Wenders, lors de la projection cannoise de Funny Games, avait quitté la salle et déclaré à propos du film : "Il fonctionne comme un cauchemar dont on ne peut pas s'échapper. Quand j'ai un cauchemar, je me lève parce que je sais que si je me rendors tout de suite, je vais retomber dans le cauchemar. Funny Games, c'est exactement ça. J'ai l'impression que c'est ce que voulait Haneke. En sortant avant la fin du film, je lui ai peut-être rendu justice."

Si, jusqu'à Benny's Video, son travail cinématographique a reçu des éloges de la critique, depuis, l'accueil qui lui est fait semble plus mitigé et au centre de moult polémiques. Le public autrichien, qui selon Michaël Haneke, "n'aime pas être secoué", boude son oeuvre qui connaît un plus large écho, quoique limité tout de même, auprès du public étranger.

Dans un premier temps, ses films sont en partie financés par l'Etat autrichien, ce qui lui permet de prendre des libertés et de ne pas se plier au diktat du cinéma commercial. Films d'autant plus forts qu'ils sont exempts de compromis pour ménager le spectateur. En s'exportant davantage, en rentrant dans le moule du cinéma européen labellisé "festival prestigieux", financé par les français, Haneke allait-il perdre sa verve, sa radicalité?

Code Inconnu était la seconde sélection de Michaël Haneke pour la Palme d'Or (Funny Games avait fait partie de la Compétition Officielle en 1997). Pour le tournage, le réalisateur a passé un an en France. Film sur le métissage, sur le rapport à l'étranger. C'est Juliette Binoche qui, admirative de ses films, a elle-même contacté le réalisateur afin de travailler avec lui. Avec Marin Karmitz, elle l'a convaincu de tourner en France.

Même si le film n'a pas reçu de prix, cette nomination concourra à faire parler un peu plus de ce cinéaste à part.
La consécration, publique et critique, viendra en 2001. En adaptant le futur Prix Nobel de la Paix, avec une histoire âpre, violente, sexuelle, intime et froide comme une lame de rasoir, La Pianiste, il réalise son meilleur film à date. Il a un talent immense pour véhiculer le malaise, pour transmettre la folie pulsionnelle, pour nous meurtrir comme il assassine son héroïne, Isabelle Huppert. Double prix d'interprétation à Cannes (avec Magimel dans le rôle d'un jeune Werther contemporain), Haneke, sans se compromettre, raconte la terreur d'une petite fille devenue femme et qui l'oublie. Freudien en diable, cette Pianiste est lyrique, glacial, passionnel.

Le choc sera rude à la vue du Temps des loups, film apocalyptique et sombre, chaotique et ennuyeux. L'ampleur de l'ambition d'Haneke trouve ici ses limites dans un surréalisme de cinéma russe qui ne lui va pas. Il a besoin de la réalité. De montrer l'atrocité des hasards qui détruisent la quiétude de nos sociétés bourgeoises. Il exhibe l'hydre monstrueuse que nous avons créé et qui va nous tuer. Haneke est un cinéaste qui ne recherche pas un plaisir malsain. Il démontre que l'hygiénique n'existe pas. Mais les Assassins, eux, ils sont partout...

laurence, vincy


 
 
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