David Lynch, Lion d'or et Palme d'or, n'a pas tourné de long métrage depuis 2006. Une longue absence. Heureusement il nous a offert une suite à Twin peaks pour la télé. Et on peut voir ses photos fétéchistes dans l'exposition de Louboutin au Palais de la Porte dorée. Il vient aussi de terminer un court métrage. Et surtout, Blue Velvet est ressorti sur les écrans cette semaine.



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FULLTIME DIRECTOR





Dans le petit monde de la cinéphilie, voilà maintenant quelques années que l'on prononce le nom de Johnnie To comme une formule magique, avec un sourire entendu et, lorsque l'on est entre initiés, l’hyperbole facile. Mais celui qui a commencé d'exister aux yeux de l'occident en 1999 avec The mission, puis en 2001 avec Fulltime killer, n'a véritablement obtenu la reconnaissance du grand public qu'en 2004 avec la sélection de Breaking news au festival de Cannes. Cette année-là, sur la croisette, on ne parle que du plan séquence de dix minutes qui ouvre son film (une fusillade gonflée entre gangsters et policiers), faisant naître un de ces buzzz dont le festival a le secret.

Mais contrairement à certains soufflés retombés assez vite, tous ceux qui ont vu le film se souviennent de ce premier plan. La caméra, douée de vie propre, anticipe froidement chaque action et vient systématiquement se placer au meilleur endroit pour rendre compte des événements. Son calme apparent (là où chez d'autres, la moindre petite scène d'action se traduit par une caméra à l'épaule prise de convulsion) imprime immédiatement la marque de fabrique de To : gestion implacable de l'espace et maîtrise totale de ses mouvements. Un tel style dans une œuvre de genre, de surcroît hongkongaise, il y avait là de quoi renverser quelques idées reçues. Et pourtant l'on retrouve ce savoir-faire inimitable, à des degrés divers, dans chacun des quarante films du réalisateur, qu'il s'agisse de séries B (Heroic trio), de polars sophistiqués (Running out of time), de films de gangsters basiques (A hero never dies) ou encore de comédie romantique (Needing you).

Aux origines du phénomène To

Tout commence dans les années 70. Après une année à étudier l'art dramatique, Johnnie To se rend rapidement compte que la mise en scène est "son truc". Il se met donc à hanter les plateaux de tournage où il occupe toutes les fonctions jusqu'à réaliser son premier long métrage The enigmatic case (1978), l'histoire d'un vagabond accusé d'un vol qu'il n'a pas commis. Le réalisateur ne garde pas un très bon souvenir de ce film et, de fait, il mettra huit ans avant de repasser à nouveau derrière la caméra avec Happy ghost 3, qui est un grand succès public. S'ensuit alors une dizaine d'années où il enchaîne des œuvres plutôt commerciales telles que All about Ah Long, The fun ou encore Heroic trio. Dans ce dernier, il met en scène trois formidables actrices (Maggie Cheung en motarde gaffeuse obsédée par l'argent, Michelle Yeoh en guerrière ambivalente et Anita Mui en justicière masquée) dans une série B hilarante et délurée qui déborde de charme et d'inventivité. Combats soigneusement chorégraphiés, cascades spectaculaires et détails gore saupoudrés ci et là : tout le potentiel du futur auteur est là.

Mais Johnnie To ne s'endort pas sur ses lauriers. En 1995, il décide de changer d'orientation artistique après une période de remise en question. C'est à cette époque qu'il crée sa propre société de production (Milky Way) afin de se donner la possibilité de réaliser des œuvres plus personnelles où tout (musique, montage, décor, mise en scène…) participe au résultat final à part égale. Après quelques incursions dans le domaine du drame et de la romance (Loving you, A moment of romance, Lifeline), il revient aux fondamentaux en 1998 avec une sombre et grinçante histoire de gangsters, A hero never dies. Si l'on oublie la musique lancinante que l'on croirait jouée à l'orgue bontempi et le sentimentalisme un brin excessif, le film fonctionne bien : scènes d'action efficaces, figure classique du héros loyal trahi par son chef, obsession de la vengeance… et la caractéristique propre à l'auteur : l'humour noir. Johnnie To ose tout, même un héros cul de jatte, même un mort en état de décomposition latente qui continue de se battre. Inoubliable.

La grande décennie

Depuis, les films se succèdent avec une régularité de métronome, offrant presque toujours le meilleur. Les héros en sont souvent des hommes d'action (gangsters, policiers, tueurs à gages….) évoluant dans un univers violent ou dangereux avec ses codes et ses préoccupations particuliers. Les femmes, elles, semblent au contraire inexistantes (Election), réduites à un rôle de figurantes un peu casse-pieds (Breaking news, PTU) ou encore destinées à se sacrifier pour sauver l'homme qu'elles aiment (A hero never dies). Si elles sont parfois l'objet d'enjeux spécifiques comme dans Fulltime killer ou dans une moindre mesure The mission, elles sont rarement des personnages à part entière, existant par elles-même. Heureusement qu'il y a Kinki, l'adorable étourdie de Needing you (une comédie romantique tournée en 2000) pour relever le niveau. Car même les super héroïnes de Heroïc trio n'ont pas de quoi être fières : Johnnie To avoue en effet avoir choisi de mettre en scène des femmes car les actrices coûtaient moins cher que des acteurs.

Dans cet univers d'hommes, la rivalité est souvent à son comble, mêlant concurrence et respect dans des relations viriles un peu frustres et particulièrement codifiées. Martin et Jack, dans A hero never dies, se lancent des défis et passent du temps ensemble bien qu'ils sachent qu'un jour l'un des deux tiendra l'autre en joue. Même chose pour les deux tueurs de Fulltime killer qui prennent bien soin de dîner tous les deux avant de régler leurs comptes. Dans Running out of time, un flic et un criminel s'allient même contre une bande de malfrats tandis que dans Breaking news, une relation très spéciale se tisse entre l'un des policiers et le gangster qu'il poursuit.

Manque de loyauté mais sens de l'humour efficace

Mais la loyauté n'est pas toujours au rendez-vous comme le prouve le diptyque Election. C'est d'autant plus vrai lorsque les relations ne sont plus d'égal à égal (comme dans The mission ou PTU) mais hiérarchiques. Les chefs de gangs exigent alors une obéissance absolue de leurs hommes de mains mais leur retirent leur protection dès qu'ils n'ont plus besoin d'eux. C'est flagrant dans A hero never dies où l'on voit les deux chefs de clan rivaux se réconcilier sur le dos de leurs plus fidèles lieutenants. La loyauté, ici, n'est récompensée que d'une balle de revolver. Lorsqu'il a accompli ce pour quoi on l'avait engagé, un des personnages de The mission l'apprend également à ses dépends. Les hommes de pouvoir, chez Johnnie To, sont tout sauf des tendres.

Ce qui n'empêche pas ses films d'être parfois très drôles, et pas seulement par cynisme. Johnnie To est d'ailleurs parfaitement habile dans la comédie, qu'il filme comme un polar, avec une caméra hyper mobile et une juxtaposition de plans brillants et inspirés. Needing you propose ainsi une synthèse de son sens de l'humour qui a le bon goût de ne passer ni par le quiproquo à répétitions ni par l'opposition systématique des caractères, mais plutôt par les dialogues, la gestuelle et surtout des situations irrésistibles comme lorsqu'Andy donne des directives à Kinki par téléphone mobile interposé lors d'un rendez-vous galant. On retrouve ce genre de situations décalées dans la plupart de ses films (les gardes du corps jouant avec une boulette de papier dans The mission, une prise d'otages qui tourne à la querelle entre un flic et son patron dans Running out of time, etc.), ajoutées à des dialogues légers et piquants qui contrastent avec la physionomie (impassible) et la fonction (brute épaisse dans la plupart des cas) de ceux qui les prononcent. Il y a aussi les films ovni, comme Running on karma, ou "un ancien moine devenu strip teaser, une femme flic et un contorsionniste tueur réunis par le karma"…, dont même le propos prête a priori à rire.

Cadrages audacieux et découpage virtuose

Mais bien sûr, l'atout de Johnnie To, celui-là même qui l'a fait connaître des cinéphiles, c'est son sens aigu de la mise en scène. L’audace des cadrages, le découpage des séquences, la virtuosité d’une caméra qui ne se laisse jamais déborder par l’action ou la violence créent un style visuel et narratif unique que d’aucuns, à une époque, ont pu qualifier de voyant, voire tapageur. Il suffit de repenser au fameux plan séquence de Breaking news ou à l’ouverture de Fulltime killer pour admettre que Johnnie To ne fait pas toujours dans la sobriété. Le réalisateur a du style et tient à le montrer. Sauf que lorsqu’il s’en donne la peine, le style se transforme en génie. Un seul exemple : la scène de fusillade au milieu d’un centre commercial désert dans The mission. Johnnie To utilise la configuration de l’espace (escalators, poteaux, espaces vides à perte de vue) pour structurer la séquence en un ballet vertigineux, parfaitement maîtrisé, dont le spectateur est en mesure d’apprécier chaque entrechat malgré la tension et la vitesse à laquelle il se déroule. Une scène de gunshots fluide et limpide, efficace et élégante comme on les aime.

Dans un genre complètement différent, impossible de ne pas vanter les mérites esthétiques de PTU, plongée hallucinante dans un Hong Kong nocturne et vertical, où des flics de toutes sortes sillonnent les rues à la recherche d’une arme disparue ou de malfrats dangereux. En pur héritier du film noir, ce polar sec et âpre laisse la moitié des scènes d’action hors champ et offre une fusillade finale en forme de feu d’artifices glaçant. L’aridité de l’ensemble suffit à clouer le bec de ceux qui accusent To d’en faire trop. Les autres sont définitivement conquis par la beauté formelle de cette œuvre cynique et crépusculaire.

Fort de tous ces atouts, Johnnie To conquiert peu à peu le marché occidental. Il a été sélectionné dans les plus grands festivals internationaux (les deux Election à Cannes, Throw down à Venise, PTU à New York…) et la sortie de chacun de ses films ressemble désormais à un mini-événement. Tant mieux, car cela donne une chance aux retardataires de découvrir un jour ses œuvres plus anciennes sur grand écran ou en dvd. Pour autant, il ne faudrait pas qu’un tel succès lui monte à la tête et qu’il se mette, comme un vulgaire John Woo, à réaliser de "l’actionner" au kilomètre pour Hollywood.

MpM


 
 
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