Edward Norton se fait rare depuis Birdman et The Grand Budapest Hotel il y a 5 ans. Oh certes on l'a entendu dans Sausage Party et L'ile aux chiens. On l'a croisé dans Beauté cachée et il a fait un caméo dans Alita. Mais il faut dire qu'il écrivait, préparait, produisait, réalisait et jouait dans le film de sa vie, Brooklyn Affairs.



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AU COEUR DE L'HOMME





Dans cette Chine où l'on compte en générations, Jia ZhangKe fait depuis plusieurs années office de chef de file de la Sixième, dite "Underground" et regroupant la quasi totalité des cinéastes apparus après le massacre de Tiananmen (1989). Ce qui caractérise ces réalisateurs, parmi lesquels Yu Lik-wai (Love will tear us apart), Wang Xiaoshuai (Shanghai dreams) ou encore Wang Chao (Voiture de luxe), c'est de tourner principalement en milieu urbain, souvent clandestinement, et avec le désir avoué de montrer de front les réalités de la Chine actuelle. Quand leurs aînés (la fameuse "cinquième génération" des Chen Kaige ou Zhang Yimou) filmaient le passé pour mieux évoquer le présent, cette nouvelle vague de réalisateurs ne s'embarrasse elle d'aucune précaution et met en lumière film après film l'envers du miracle économique chinois, à savoir misère, corruption, chômage, prostitution, criminalité… Avec pour revers à cette étrange médaille d'être régulièrement censuré dans leur pays tandis que l'occident et ses festivals prestigieux se les arrachent : ours d'or à Berlin en 2007 pour Le mariage de Tuya de Wang Quanan, Lion d'or à Venise en 2006 pour Still life de Jia ZhangKe, etc.

Observation des transformations de la société chinoise

Après avoir étudié la peinture à l'école des beaux-arts de Taiyuan et publié un premier roman Réplique Montres (The Sun Hung On The Crotch), Jia Zhangke se tourne vers le cinéma au début des années 90 en entrant à l'Académie du film de Pékin. Il y fonde un "groupe du film expérimental" considéré comme la première structure de production indépendante en Chine et réalise deux courts métrages : Xiao Shan Going Home en 95 et Du Du en 96. Son premier long métrage, Xiao Wu, artisan pickpoket contient déjà le style et les thèmes qui hantent toutes les œuvres du réalisateur : réalisme accentué, lenteur des plans, analyse quasi documentaire de la société chinoise, mise en lumière de la misère et du désœuvrement de toute une part de la population, etc. Les grands festivals internationaux ne s’y trompent pas qui lui décernent en 1998 les Prix Netpac et Wolfgang Staudte (Berlin), la Montgolfière d'Or (Nantes) et le Prix Dragons et Tigres (Vancouver).

L'observation et la dénonciation des transformations brutales de la Chine contemporaine deviennent alors le fil conducteur des différents films de Jia ZhangKe. Dans Platform (2000), le personnage central Minliang appartient à une troupe de théâtre qui, entre la fin des années 70 et le début des années 90, passe de la propagande pro Mao à la production de spectacles plus ou moins érotiques et à du mauvais rock. Le voyage des comédiens au travers du pays est l'occasion de découvrir les travaux d'aménagement qui envahissent les villes. On retrouve ce thème de la rénovation à tout prix dans The world (2004), où les personnages traversent un Pékin en pleine reconstruction, et dans Still life (2006), sous l'angle très spécifique du célèbre chantier du barrage des Trois gorges. Afin de construire ce barrage, des ouvriers détruisent inlassablement les bâtiments destinés à être innondés. La métaphore est limpide d'une certaine Chine qui se désagrège (celle des simples et des modestes croisés au cours du film) au profit d'une autre Chine qui, elle, s'enrichit, à l'image du mari de Shen Hong, un entrepreneur sans scrupules.

Spleen et solitude

Autre point central de la filmographie de Jia Zhangke, l'inertie, le désoeuvrement et le spleen de la jeunesse pour qui l'avenir est un mot vide de sens. "Il n'y a pas de putain d'avenir", s'exclame l'un des protagonistes de Plaisirs inconnus (2001). Dans ce film, Xiao Ji et Bin Bin, deux amis âgés de 19 ans, errent sans fin dans la province reculée du Shanxi, incapables de trouver un sens à leur vie ou ne serait-ce que de lui donner une nouvelle inflexion. Qu'il s'agisse de trouver un emploi ou de concrétiser une histoire d'amour, les deux anti-héros restent désespérément passifs. Les jeunes danseuses de The world n'ont guère plus d'espoir, scotchées qu'elles sont à leur téléphone portable et se laissant embarquer comme malgré elles dans des histoires d'amour infernales. Vivant en vase presque clos dans le parc d'attraction où elles travaillent (proposant un florilège des plus grands monuments du monde en taille réduite), elles semblent n'avoir plus aucune prise sur la réalité du dehors, dont elles ignorent peu à peu tout.

Et, au fond, le lot commun de tous ces personnages reste indéniablement la solitude. Qu'ils vivent en groupe comme les danseuses de The world ou dans une sorte de foyer communautaire comme le mineur de Still life, les protagonistes de Jia Zhangke souffrent systématiquement d'une sorte d'isolement qui les empêche de se sentir membre de la société ou part du monde dans lequel ils évoluent. Ce sont des êtres en marge, vivant dans une sorte de ghetto (The world), rejetés hors de leur ville natale (le million de déplacés de Still life) ou encore contraints au nomadisme (Platform).

Non que la solidarité n'existe pas dans les films de Jia Zhangke, mais elle s'avère la plupart du temps insuffisante. Dans Still life, le jeune homme avec lequel Han Sanming se lie d'amitié est assassiné. Le jeune archéologue qui aide Shen Hong à retrouver son mari est impuissant face à sa détresse. La chaleur humaine est peu de chose face à la réalité glaciale et inéluctable, montre le réalisateur, tout en suggérant que malgré tout, le salut de la Chine se situe moins dans ses prouesses économiques et sa prospérité de façade qu'entre les mains de ses habitants. D'où l'absence totale de misérabilisme qui caractérise son cinéma et en fait l'un des auteurs à suivre de la génération montante.

MpM


 
 
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