Guillaume Canet ne savait rien du scénario et a du improviser durant six jours pour interpréter le rôle d'un père devenu fou pour retrouver son Garçon. Après le succès correct de Rock n'Roll, le cinéaste retrouve ainsi le plaisir de jouer: on l'attend chez Gilles Lellouche, Cédric Anger et Olivier Assayas.



Mathieu Amalric
Darren Aronofsky
Luc Besson
Louise Bourgoin
Robin Campillo
Guillaume Canet
Sofia Coppola
Tom Cruise
Catherine Deneuve
Gérard Depardieu
Kirsten Dunst
Chris Evans
Elle Fanning
Colin Farrell
Cécile de France
Louis Garrel
Adèle Haenel
Ed Harris
Michael Keaton
Nicole Kidman
Melanie Laurent
Jennifer Lawrence
Doug Liman
Stacy Martin
Clive Owen
Robert Pattinson
Michelle Pfeiffer
Denis Podalydès
Tahar Rahim
Noomi Rapace
Ryan Reynolds
Joshua et Benny Safdie
Taylor Sheridan
Carine Tardieu
André Téchiné
Kristin Scott Thomas



Brigitte Bardot
François Truffaut
Gérard Lanvin
Sophie Marceau
Kirsten Dunst
Keanu Reeves
Ryan Gosling
Johnny Depp
Brad Pitt
Penelope Cruz




 




 (c) Ecran Noir 96 - 17



© Studio Canal   







 Coeurs transis ou coeurs brisés, en
 un clic fixez sa cote.
 
Votes : 243Cote : 56 %


 
CHIARA LE SUCRE LENT





Exquise esquisse
Cannes 1993 – A la fin de Ma saison préférée d’André Téchiné, une jeune fille au teint laiteux, aux cheveux mi-longs blond vénitien, demande aux convives d’un dîner leur saison préférée. Elle pose cette question car elle ne connaît pas sa saison favorite. C’est pour cela qu’elle demande aux autres. Juste comme ça. Pour savoir… Après deux participations enfantines aux côtés de sa mère, puis de son père dans A nous deux de Claude Lelouch en 1979 et dans Les Yeux noirs de Nikita Mikhalkov en 1987, Chiara Mastroianni apparaît pour « de vrai » à l’écran. Comme une comédienne en devenir et non plus comme une apparition. Pour le rôle d’Anne, André Téchiné saisit le manque de confiance de la jeune fille. Si son émotivité détimbre sa voix, intimide ses mouvements, elle révèle aussi dans ses regards une lueur mêlée de rigueur et de détermination.
En observant Chiara Mastroianni, il est difficile de ne pas penser à Pomme, l’héroïne de "La dentellière", prix Goncourt 1974. À la fin du roman, Pascal Lainé écrit : « Parce qu’elle était de ces âmes qui ne font aucun signe, mais qu’il faut patiemment interroger, sur lesquelles il faut savoir poser le regard. Un peintre en fait autrefois un tableau de genre. Elle aurait été lingère, porteuse d’eau ou dentellière.

Pleine de vide
Chiara Mastroianni aurait pu, elle, être scripte, monteuse ou encore productrice. Mais actrice… Dans la séquence finale de Ma saison préférée, ses yeux qui doutent si fort semblent interroger son entourage : Catherine Deneuve, Daniel Auteuil, Jean Pierre Bouvier, Carmen Chaplin et Anthony Prada.
Pourtant, comme Isabelle Huppert dans La dentellière de Claude Goretta, Chiara Mastroianni offre à la caméra un don rare chez une actrice en herbe : le vide. À l’inverse de la première qui a déjà tourné dans une quinzaine de films et de téléfilms quand elle incarne Pomme en 1977, le vide de la seconde ne doit rien à la technique de la comédie, mais à l’instinct aussi prudent qu’intelligent d’une néophyte. Ce vide, véritable abîme dans La dentellière, simple esquisse dans Ma saison préférée, n’est pas synonyme de néant. Il relève plutôt de la neutralité d’une comédienne face à son personnage. Il révèle un espace de départ vierge moins séduit par la volonté de « jouer » un rôle que par le désir d’inspirer l’œuvre d’un cinéaste, le regard d’une caméra, la lumière d’un chef opérateur. C’est de cet espace infime et intime que le spectateur peut investir son propre fantasme d’identification, d’attraction, de distance ou de répulsion sur le visage et la « dé-composition » de l’actrice. Interprète d’une projection mentale qui repousse la séduction - réduction ? - d’un rôle, mais revendique de tout son être, son paraître à l’écran, l’absolue conviction d’appartenir à l’univers d’un film.

Avec une belle discrétion, mais aussi avec l’audace de brandir son patronyme écrasant, Chiara Mastroianni cisèle lentement son propre talent, construit sa légitimité de comédienne sans jamais rechercher le haut de l’affiche. Cinéphile, elle choisit avec discernement les architectes de son évolution : Raoul Ruiz (Trois vies et une seule mort, Le temps retrouvé), Danièle Dubroux (Le journal d’un séducteur), Arnaud Desplechin (Comment je me suis disputé ma vie sexuelle), Gregg Araki (Nowhere), et même Princesse de Clèves chez Manoel De Oliveira (La lettre)...

Just like a woman
Cannes 1996 - Dans N’oublie pas que tu vas mourir de Xavier Beauvois, Chiara Mastroianni s’impose pour la première fois comme une évidence dans le rôle de Claudia. Évidence veut dire qu’il est impossible d’envisager une autre actrice dans ce rôle tant les nuances imperceptibles de son jeu traversent d’une lumière sans esbroufe ce film d’une beauté séropositive et désespérée. Avec la pute mère de famille d’A vendre de Laetitia Masson, la jeune fille est bien morte. Elle montre une dureté, un aplomb dans ses gestes et une lourdeur de se mouvoir propre aux personnages qui oscillent entre le devoir de vivre et le ras-le-bol d’exister. Les traits de son visage se sont sculptés et ses pommettes hautes et saillantes contrastent avec sa pâleur. Ces angles plus aigus offrent de belles perspectives dans l‘univers fantastique si jamais Tim Burton croise sa route au bon moment...
En 2002, Chiara Mastroianni étonne dans Il faut qu’un chameau... de Valeria Tedeschi Bruni où elle devient la bad sister égocentrique de la réalisatrice. Une pseudo Carla Bruni à l’heure où celle-ci jouait les sous Françoise Hardy avant d’incarner les fausses Jackie Kennedy. Le rythme de la comédie et le rôle de la méchante lui vont comme un gant. Elle livre une volubilité, une incarnation aisée de l’hystérie, mais aussi une blondeur qui égaye le voile tamisé de son regard.

Chiara Mastroianni jouait jusqu’à présent. Eh bien, elle chante maintenant avec le plus talentueux des auteurs compositeurs interprètes du moment : Benjamin Biolay. Ses cheveux couleur soleil sont magnifiés dans le clip "La ballade au mois de juin" mis en image par Dominique Isserman qui la filme courant dans les bois. La photographe en profitera pour els "shooter" façon western et mobilhome pour les pages mode de La Redoute. En souvenir du Sauvage de Jean-Paul Rappeneau ?
En 2004, l’excellent album "Home" propose des mélodies french folk où planent les esprits des peintres Edward Hopper et Andrew Wyeth. Le couple se prend tour à tour pour un Roméo et une Juliette un brin bobos ou encore une Bonnie et un Clyde en cavale pacifique...

Le dessin d’un premier rôle
Cannes 2007 - Chiara Mastroianni est au générique des deux plus beaux films français de l’année : Les chansons d’amour de Christophe Honoré et Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud.
Dans le premier - vibrant de poésie insolente et condamné à devenir culte - l’actrice endosse le rôle de Jeanne. Le blond vénitien a repris ses droits, mais le maquillage est blafard et les yeux maquillés charbon noir. La mort enlise son personnage. Sous un parapluie de plastique transparent et sous le regard du Génie de la Bastille, Jeanne prend l’eau, perd pied. "Compassionnelle" jusqu’à en devenir pesante, la comédienne endosse avec brio et humilité la partition la moins flatteuse, la plus « en creux » de ce film désen-chanté.

Si un acteur avance derrière le masque de ses différents rôles, alors Chiara Mastroianni - divine pudeur - se cache doublement derrière son tout « premier » premier rôle dans Persepolis, le long-métrage d’animation à la réalisation hors pair qui rappelle celles de Fritz Lang et de Friedrich Wilhem Murnau.
Pour en obtenir la voix du personnage de Marja, Chiara Mastroianni oublie son statut d’objet du désir, et propose spontanément sa candidature à la cinéaste dessinatrice. Expérience de toutes les audaces, la jeune femme s’affranchit. Elle s’initie à la composition, jette sa voix la tête la première en interprétant l’adolescence explosive de l’héroïne. Apprend à chanter faux.
Une saison de quinze ans
Cannes 2008 - Chiara Mastroianni monte les marches du palais avec Arnaud Desplechin dans Un conte de Noël. Délicieuse perversité du metteur en scène, elle incarne la belle-fille de... sa propre mère à la ville. Souvenez-vous, dans Rois et reine, le réalisateur glissait des répliques du Dernier métro de François Truffaut dans la bouche de Catherine Deneuve.
Et si Chiara Mastroianni, quinze ans plus tard, confessait enfin dans une scène de repas d’Un conte de Noël Il me semble que la saison mastroianienne serait intermédiaire. Plus tourmentée qu’il n’y paraît entre ses bouleversements souterrains et son apparence tempérée. Une saison où la comédie, comme un artisanat d’art, serait proposée par une Joconde de cinéma qui dévoilerait son visage et l’enroberait dans un clair obscur peint par Rembrandt ou par Matthieu. Une saison qui prendrait tout son temps comme un sucre lent. Une saison qui inciterait à l’épanouissement, inviterait à l’embelli. La saison qui va de Chiara jusqu’à Mastroianni.

Benoît


 
 
haut