Isabelle Huppert n'en finit plus de jouer les femmes maléfiques, veuves ou seules, perverses ou simplement manipulatrices. Si on peut se lasser de ces rôles répétitifs au cinéma, elle sait aussi créer l'admiration avec ses performances au théâtre (en ce moment mise en scène par Bob Wilson dans Mary said what she said). A l'écran, on la reverra dans La Daronne de Jean-Paul Salomé, une comédie policière, et Luz de Flora Lau.



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L'ART DE LA VARIATION





"J’ai une idée obsessionnelle, obstinée, du cinéma en tant que mélange de tension, de crise, de paix, d’ironie et de destruction. Pour moi le cinéma, c’est tout cela à la fois."

Le verbe, comme le mouvement de caméra, est terriblement précis. En une phrase, Kim Ki-Duk résume la vision, peut-être faudrait-il dire la philosophie, qui est au cœur de toute son œuvre, le fil directeur qui court de film en film et fait de chacun d'entre eux la partie d'un tout autant qu'une œuvre à part entière.

La tension : Elle est inhérente au cinéma du Coréen. Ses histoires, qui partent la plupart du temps d'une intrigue courte et simple à la limite de l'anecdote, semblent toujours, de par leur calme apparent, sur le point d'exploser. Un moine et un enfant vivent sur une île et se consacrent à la prière (Printemps, été, automne, hiver… et Printemps). Un vieil homme et une jeune fille habitent ensemble sur un bâteau et s'apprêtent à se marier(L'arc). Un femme mariée rend visite en cachette à un condamné à mort (Souffle). Moins il se passe de choses, plus tout semble systématiquement sur le point de basculer. Le simple fait de montrer deux êtres humains vivants côte à côte induit une tension lancinante, une pression diffuse qui monte méthodiquement.

La crise : Le fragile équilibre entre les êtres est soudainement rompu. Les rapports changent et se transforment, les rituels sont bouleversés, tout ce qui semblait acquis est brutalement remis en question. Souvent, c'est une troisième personne qui induit ce bouleversement(L'arc, Printemps, été…). Parfois, c'est un événement imprévu (la mort dans Samaria, la découverte de la vérité dans Souffle). Dans tous les cas, cette "crise" marque un tournant dans le film et l'harmonie ainsi brisée devient alors inmanquablement le but à atteindre à nouveau.

La paix : Comme tout semble toujours si paisible chez Kim Ki-Duk ! Ses personnages vivent rarement en ville, et ont une préférence appuyée pour la nature. Certains vivent même sur l'eau (L'arc, Printemps, été, L'île), comme au milieu de nulle part. En apparence, une telle quiètude semble ne jamais devoir être troublée. Mais en réalité, elle n'est la plupart du temps qu'une façade, un arrangement des êtres entre eux, ou avec ce qui les entoure. Un statu quo trompeur auquel il ne faut pas plus se fier qu'à la surface de ces lacs, rivières ou tout autre plan d'eau sur lesquels les personnages aiment se réfugier.

L'ironie : En observateur attentif du monde, Kim Ki-Duk sait à quel point l'existence peut être ironique, voire cruelle. Il se plait à distiller de tels moments dans ses films, souvent avec férocité. Par exemple, dans Adresse inconnue, une jeune fille qui a perdu un œil sort avec un soldat américain qui lui a promis une opération réparatrice. Bien sûr, au moment où elle voudra le quitter, celui-ci exigera de reprendre le nouvel œil… Le regard que le réalisateur porte sur ses contemporains est loin d'être tendre. Sans cette dose d'ironie grinçante, le portrait qu'il en fait serait probablement insoutenable. Il n'y a qu'à voir les passages les plus sombres de son œuvre, ces fragments où il livre sans fard sa vision de l'être humain : violent, agressif, tricheur, menteur, criminel, intéressé, lâche… et bien sûr destructeur.

Destruction : L'homme ne peut se construire qu'au détriment d'autrui, et cela dès le plus jeune âge, note Kim Ki-Duk. Même le petit garçon de Printemps, été… attache en effet des pierres sur le dos de petits animaux pour s'amuser. Ses autres personnages ont tous en eux cette tension de la destruction. D'où la violence distillée tout au long de ses films : les balles de golf et les sévices corporels dans Locataires, le viol dans Adresse inconnue, le meurtre dans Samaria

Echos

Ces cinq piliers de son cinéma servent ensuite de base immuable à des œuvres qui sont autant de variations autour d'un même thème. Mis côte à côte, les films de Kim Ki-Duk n'en finissent pas de se répondre et de se compléter, chacun proposant en écho sa lecture du précédent. Plus que tout, le cinéaste aime les rituels (les différentes prises de possession des appartements dans Locataires, la préparation de l'arc dans L'arc, la décoration du parloir dans Souffle) et les motifs qui se répètent à l'infini, de films en films. Les saisons, par exemple, rythment Printemps, été…, probablement son œuvre la plus transparente, comme Souffle, son dernier film à ce jour, et celui qui s'approche le plus d'un condensé de tous les autres. Bien d'autres éléments sont récurrents, comme le mutisme des personnages, la nécessité de la transgression, les duos improbables, les lieux clos et les allégories. Ses plus fidèles spectateurs bénéficient ainsi d'un niveau de lecture supplémentaire et s'amusent à pister les indices laissés là à leur unique attention.

Incommunicabilité

Pour parachever cette "œuvre totale", la composition des plans et le sens du détail dont fait preuve le réalisateur lui permettent de créer un univers esthétiquement cohérent où la poésie et le romantisme côtoient la cruauté et la noirceur la plus pessimiste. L'île restera ainsi longtemps un choc pour les cinéphiles qui l'ont découvert à sa sortie en 2000. Premier film de Kim Ki-Duk projeté en France, il montrait successivement un homme puis une femme se mutiler avec des hameçons de pêche. Ces poissons-humains, êtres mutiques et désespérés, annonçaient, en l'exacerbant, l'incommunicabilité dont souffrent tous les personnages de Kim Ki-Duk depuis lors. Ces individus "asociaux" (au sens où ils refusent la société… quand ce n'est pas elle qui les rejette) sont symptomatiques de la manière dont Kim Ki-Duk perçoit son époque et ses semblables. A lire entre les lignes, on devine qu'il n'a guère de sympathie pour la modernité excessive qui touche son pays. Le constat qu'il en fait est en tout cas sans appel : perte de repères et de valeurs, désagrégation de la cellule familiale, recherche excessive du profit ou du plaisir, obsession du rendement… Pas très étonnant que ses personnages, confrontés à tout cela, soient systématiquement en quête d'évasion (spirituelle, géographique, sentimentale…), voire carrément en fuite. Le plus révélateur à ce sujet est probablement le héros de Locataires, ce marginal inoffensif qui revient à des gestes et des rituels simples comme réparer les objets cassés ou se prendre en photo avec les occupants de la maison. Son existence tout entière est une réponse à cette société qui exige toujours plus sans rien donner en échange.

La fin d'un cycle ?

Radical, Kim Ki-Duk ? Indéniablement, même si ses dernières œuvres semblent plus policées. Pas forcément apaisées, mais plus porteuses d'espoir. Arriverait-on à la fin d'un cycle ? Si l'on en croit ses préceptes, les cycles sont fait pour se succéder et se répéter — mais avec des variations. On est donc en droit d'attendre une évolution minime de son cinéma, ne serait-ce que parce qu'au point où il en est arrivé, l'essoufflement devient un vrai risque. On a beau aimer les jeux de construction, les motifs qui se font écho et les thèmes méticuleusement déclinés, il y a toujours un moment où l'édifice menace de s'écrouler. Alors pourquoi ne pas en commencer un nouveau ?

MpM


 
 
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