Cinq ans après Nymphomaniac, Lars von Trier est de retour avec un film perturbant. Normal pour un cinéaste perturbé? L'artiste n'est-il pas le psychopathe du film? Toujours est-il que 7 ans après son bannissement de Cannes, le réalisateur danois est revenu sur la Croisette avec The House That Jack Built, hors compétition. A 62 ans, LVT a encore la vie devant lui mais aussi des scandales de harcèlement aux trousses.



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AUX FRONTIERES DU REEL





Tirer le portrait de Zemeckis, c'est un peu comme se poser la question sur la différence entre auteur et faiseur. Est-il un excellent faiseur, issu de l'écurie Spielberg, sans jamais avoir été l'élève qui dépasse le maître? Ou plutôt l'héritier de plusieurs influences - comédie, science fiction, aventure, divertissement - typiquement hollywoodiennes, à la fois populaire et sous estimé, singulier et imaginatif?
Cinématographiquement, on peut plutôt opter pour la première hypothèse. Pour exemple, Forrest Gump est un désastre grammatical, avec un montage imparfait, des cadrages répétitifs et impersonnels, et une série plans pompeux. Bref un contre-sens total par rapport au personnage lui-même. C'est son plus gros hit.
Pourtant, on ne peut pas nier ni dans ses choix, ni dans ses résultats, que Zemeckis n'est qu'un faiseur.
D'abord, reconnaissons qu'il y a une réelle cohérence dans ses sujets : il explore les Américains, leurs excès et leurs fantasmes, à travers des films de genre. Il aura ainsi exploré la jungle et l'eau de rose, le western, le rétro-social, la science-fiction et ses machines infernales, le cartoon et le polar noir, ou encore les extra-terrestres... Il aura traversé les époques, des années 50 à 2020, du XIXème siècle aux années 30, ... Et puis aussi les clichés : la chirurgie esthétique, le Vietnam, la corruption, Kennedy, ... il mixe la science et l'histoire, l'Amérique et le monde autour, l'image réelle et les images animées ou de synthèse. Il recrée (reproduit?) son imaginaire.

En inventant des univers à la fois déjà vu et uniques, en fusionnant les genres ou en les innovant, Zemeckis fair preuve avant tout d'une incroyable maîtrise technique. Sa connaissance des effets spéciaux l'aide à doper de simples séries B en films à grand spectacle, à l'instar d'un Cameron. Parfois, il filme de très beaux plans : Jodie Foster à l'écoute de l'espace dans Contact ou l'arrivée de Jessica Rabbit sur scène dans Who framed Roger Rabbit?.
Son cinéma prend plus d'ampleur lorsqu'il contrôle l'émotion qu'il procure (la découverte de son fils par Forrest Gump). Il peut tout autant la gâcher (le paysage virtuel et édénique de Contact).
Il n'est jamais aussi bon que dans le divertissement, la folie, l'absurde. Le talon cassé de Kathleen Turner ou la chasse au crocodile de Michael Douglas (sans oublier la 4L dans la rivière à remous). Les menottes de Roger Rabbit, le sadisme de Christopher Lloyd, les balles du révolver de Bob Hoskins. Les têtes de Goldie Hawn et Meryl Streep qui roulent comme des boules de pierre.

En exploitant nos fantasmes (manipulation de l'espace temps, romantisme et aventures de romans de gare, découverte des extra-terrestres, ...), Zemeckis ne fait que nous plonger de manière rationnelle ou crédible (il cherche toujours des explications plausibles qui ne tiennent pas debout à ses éculubrations) dans un autre monde, le même qu'il produit pour la TV : "Tales from the crypt", "Amazing stories",... le surnaturel n'est jamais loin. La frontière entre fiction et science-fiction ne cesse de devenir confuse au fur et à mesure de sa filmographie.
Pourtant, si l'on doit plaider en faveur d'un Zemeckis auteur, ce serait en défendant davantage ses thèmes de prédilection. Il croque avec humour et cynisme l'obsession du bonheur et de la jeunesse des Américains, leur naïveté et leur ignorance, ce retour à l'enfance permanent. Cette recherche de la jeunesse perdue (ou disons cette volonté de rester jeune) est en totale cohésion avec son époque et son état (la Californie).
C'est pour cela que sa filmographie est plus riche que cette simple vision d'une Amérique en quête de perfection; en effet, Zemeckis aime aussi les losers, ceux qui sont délaissés par cette Amérique opulente, bourgeoise, névrosée. Femme célibataire, aventurier paumé et marginal, gamin des banlieues, savant fou méprisé, détective plein de remords et ivrogne, chirurgien malade, simple d'esprit aux jambes handicapées, scientifique cherchant à donne raison à sa foi, ... la galerie de ses personnages ressemble plus au musée des monstres d'un siècle décadant. Mais ses "losers" réussissent toujours. Sa popularité provient de ce côté American Winner. Aucun de ses films ne finit mal. "Quand on veut, on peut" pourrait être son adage, transformant ses anti-héros en héros, et glorifiant ainsi l'optimisme de cette même amérique qu'il analyse avec critique.

En réalisant un bijou (Roger Rabbit, sans aucun doute un chef d'oeuvre du film d'animation, de par sa maturité), un objet de tous les plaisirs (A la poursuite du diamant vert, cultissime trio de cinéma : Turner/De Vito/Douglas), et un "classique" kitchissime (Forrest Gump), Zemeckis prend sa place dans le cinéma hollywoodien, et le Top 10 des réalisateurs grand public.
Mais si l'on considère son cinéma sous l'angle dun hommage aux pionniers, "Bob" est assurément un auteur. Il prend les technologies émergentes, les personnages qui révolutionnent , les idées de demain pour en faire le coeur de ses films. Roger Rabbit est un film sur le Los Angeles de demain. Forrest Gump raconte 30 ans d'Amérique qui mute. Des liftings de Meryl et Goldie au vortex de Jodie, Zemeckis se penche sur le moteur même de sa civilisation : l'esprit pionnier.
Et finalement, en reprenant bien toutes ses inspiration - la jeunesse, le temps, la nostalgie, le genre, le romantisme, les effets spéciaux, l'esprit pionnier, la science fiction et la réalité virtuelle, ou encore le loser devenu winner - tout cela résume en un film, ou disons une trilogie. Celle qu'il a écrite, produite et réalisée. Retour vers le futur.

Trois films qui résument tout Zemeckis. Un triumvirat qui triomphe de l'imagination et du cinéma, devenant du même coup une référence hollywoodienne, une voiture culte, un acteur-star, et un divertissement indémodable. En étendant le temps ds origines de l'Ouest à la Californie de demain, en prenant son pieds en filmant un vieux train du far west autant qu'en suivant des skate boards magnétiques du futur, Zemeckis reste un grand enfant, et tente encore de nous éblouir avec ses joujous.
Sa récente maturité devrait le conduire à changer un peu de sujets, sans renier son style; sa boulimie constatée (3 gros films en deux ans) peuvent faire croire que ce faux faiseur va enfin convaincre tout le monde que ce prince de l'entertainement est aussi un auteur.
Lui faudra-t-il un Titanic ou Schindler pour recvoir les louanges qu'il mérite?

Vincy


 
 
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