Jonah Hill ne veut peut-être plus jouer les rigolos de service, mais ça ne l'empêche pas de rempiler joyeusement pour la franchise 21 Jump Street. Vu le succès du film, pourquoi s'en priver ?



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DÉNI DE BELLE GUEULE





Sous ses airs de séducteur irrésistible et de corps solidement bâti, Mickey Rourke aurait-il toujours été plus fragile qu’il n’en avait l’air ? Devenu un "sex symbol" en quelques films (et principalement à cause de son rôle d’amant exigeant et inventif dans 9 semaines ½), l’acteur n’a jamais pu supporter l’image qu’il véhiculait. D’où sans doute cet élan brisé net, ce sentiment de gâchis et cette carrière en dents de scie qui est probablement l’une des plus impressionnantes (et pathétiques) du cinéma américain.

Le nouveau Brando

Après des débuts prometteurs dans le milieu de la boxe (de 1968 à 1971, années pendant lesquelles il cumule 20 victoires contre 6 défaites), Mickey Rourke est contraint de renoncer un temps aux combats sur les conseils de ses médecins. Il enchaîne alors différents petits boulots tout en suivant des cours d’art dramatique au Lee Strasberg Institute. Pendant cette période, il tourne des rôles anecdotiques pour la télévision et ne commence réellement au cinéma qu’avec 1941 de Steven Spielberg en 1979.
S’il ne fait qu’une apparition dans le film « catastrophe » du wonderboy, le débutant ne tarde pas à trouver sa place dans un environnement hollywoodien en pleine transition générationnelle. Le renouvellement des acteurs tout d’abord, dont beaucoup de membres du Brat Pack préfigurent la A-List des années 80-90 (Cruise pour le plus endurant) ainsi que les valeurs sures de l’académie (Penn, Dillon, Bacon…). Rourke est pourtant à part, on peut déjà le constater avec le cultissime Diner de Barry Levinson dans lequel il est le séduisant canard boiteux, celui qui ne se rangera pas comme le reste de la bande, le regard souligné au crayon noir à la limite de l’ambigüité, défiant les conventions, la raison et la morale. Repéré rebelle, le comédien se voit encouragé à enfoncer le clou tandis que Coppola lui propose d’incarner son iconique Motorcycle Boy pour Rumble Fish. L’effet est immédiat et réussi, Rourke apparaît en grand frère chef de bande ultra charismatique comme l’hériter idéal sur deux roues d’un Brando époque The Wild One. De quoi tirer des posters et décorer les chambres d’adolescents. Les critiques de l’époque sont en éveil et confirment le phénomène émergeant en manifestant leur attachement à l’acteur pour sa prestation au côté du chien fou Eric Roberts dans le très solide Pope of Greenwich Village. L’attente pèse désormais sur les épaules du jeune premier qui ne se loupe pas au tournant par la grâce d’une merveilleuse rencontre avec un autre enfant terrible du cinéma américain : Michael Cimino. Le rôle du Capitaine Stanley White, flic américano polonais rugueux et intransigeant aux méthodes jusqu’au boutistes face aux Triades de The Year of the Dragon prouve que Rourke n’est pas simplement un mannequin photogénique, mais un interprète de composition remarquable, capable de figurer à l’écran un bon paquet d’années en plus (et pas seulement avec une teinture capillaire grisonnante). Polémique oblige (une habitude avec Cimino…), le film partage à l’époque, même s’il est considéré comme un classique aujourd’hui. Reste que Mickey aura définitivement prouvé qu’il comptait parmi les grands qui n’ont pas froid aux yeux, de la race de ceux qui monopolisent tous les bons plans casting sur une décennie au moins. La reconnaissance commerciale (et donc des grands studios) n’est pourtant toujours pas au rendez-vous. Le succès viendra de façon un peu incongrue avec l’aide de deux maîtres de l’école pub anglaise qui faisaient alors fureur dans les 80’s : Adrian Lyne pour un clip érotisant tourné comme une pub de yaourt (Nine ½ Weeks) et Alan Parker pour un thriller surnaturel très (trop?) esthétisé (Angel Heart). En pleine explosion de MTV, l’avènement du tout image léché et du star system ultra marketé marquera le grain de sable qui fera déraper la carrière de Rourke incapable de gérer cette notoriété superficielle, à priori confortable matériellement parlant, qui ne correspond pourtant absolument pas à ses motivations artistiques et encore moins à ses attentes introspectives. Aussi, loin de se faire récupérer en étalon logo de blockbuster, l’acteur oblique radicalement là où les cadres hollywoodiens ne l’attendent pas (ou plus), soit dans la marge radicale du cinéma indépendant. Débarquant successivement sur la Croisette cannoise en incarnation de Bukowski dans Barfly, puis en St François d’Assise (!!) pour Francesco, Rourke semble obsédé par les personnages voués à l’auto destruction narcissique ou – selon - au sacrifice d’eux-mêmes pour les autres, quitte à être relégué au rang de la confidentialité. Il ne démérite pourtant pas la plupart du temps, chargeant tout de même un peu la démonstration dans le cas de Francesco, cherchant par trop à casser à tout prix l’image de cette belle gueule qu’on se plait à prendre pour un produit. Le chemin de croix de Francesco illustre parfaitement la fusion qui se sera instaurée entre la carrière de Rourke et sa propre intimité. L’une guidant l’autre et réciproquement. En tournant Johnny Handsome, série B oubliable de Walter Hill, l’acteur parachève son entreprise en endossant la défroque d’un malfrat défiguré qui tente de trouver un second départ en adoptant chirurgicalement un visage parfait (le sien) et donc une autre identité rédemptrice. En écorché vif à l'insatisfaction permanente, l’interprète fera au civil pratiquement le cheminement esthétique inverse mais avec globalement la même intention.

Abonné aux faits divers de tabloïds (relation tumultueuse avec Carré Otis, inévitablement une partenaire à l’écran) et accumulant les arrestations, Mickey Rourke voit les portes se fermer devant lui. Il devient persona non grata sur les tournages et nulle n’ose plus l’embaucher, à cause de son caractère, de ses exigences et de ses excès. L’ancien sex symbol est devenu un bad boy paumé et infréquentable.

Du cinéma à la boxe… de la boxe au cinéma

S’ensuit un court retour sur le ring. Rourke ne se ridiculise pas, mais n’a plus l’âge de prétendre au meilleur niveau et préfère s’arrêter au bout de seulement quatre années, le visage ravagé et le corps meurtri. C’est sans doute la pire période de sa vie, celle où il se remet le plus en question. Il doit notamment subir de nombreuses opérations de chirurgie esthétique afin de réparer les dégâts causés par la boxe. Il n’a plus de souci à se faire, plus personne ne le prendra jamais plus pour un sex symbol… mais il faut apprendre à vivre avec cette nouvelle apparence.

Si l’acteur ne peut plus compter sur l’appui des Majors pour gagner sa croûte (l’a-t-il pu vraiment un jour ?), il a cependant dans un premier temps conservé du crédit chez ses mentors de la première heure. Cimino (pas au mieux lui non plus) tentera de le réhabiliter en vain dans Desperate Hours, remake loupé, tout comme Coppola avec beaucoup plus de succès dans The Rainmaker, puisqu’en avocat très atypique, il pique la vedette à Matt Damon dés qu’il est à l’écran.
Rourke aura aussi marqué ses pairs qui lui conserveront un solide attachement, respectant son trajet, peut être en connaissance de cause. Aussi successivement Vincent Gallo, Steve Buscemi, Sean Penn lui accorderont des piges dés le moment où ceux-ci se retrouveront derrière la caméra. De Buffalo ’66 à The Pledge en passant par Animal Factory, l’ex gloire ne démérite jamais, entretient la flamme en totale humilité.
Quoi qu’il en soit, copinage mis à part, Mickey Roorke aurait pu se résigner à enchainer les projets bas de gamme pour éviter la faillite personnelle, à l’image de son ancien co-équipier Eric Roberts, quitte à sombrer définitivement artistiquement parlant.
C’était sans compter sur une nouvelle génération de réalisateurs cinéphiles qui auront su conserver de leurs premiers émois de spectateurs une admiration intacte pour le comédien, dépassant le travail de sape de l’incorrigible. Adopté, Mickey Rourke s’adapte, épousant les rôles très caricaturaux que lui proposent Roberto Rodriguez (Once Upon a Time in Mexico, Sin City) ou Tony Scott (Man on Fire, Domino). Tronche à l’envers et boursouflée à la limite de l’improbable, la « re-nouvelle star » s’attache à appliquer dorénavant sa recette de jouvence : du physique, une note de nonchalance et de dérision mêlée à un zest d’extravagance (pas forcément de bon goût) pour ne pas renier ses convictions. Dans la plupart des cas le rescapé miraculé reste en deçà de ses exploits d’antan, même si sa prestation en Marv pour Sin City demeure visuellement impressionnante ou s’il se permet quelques fulgurances poignantes en dealer désabusé dans le très secoué Spun du clippeur suédois Jonas Åkerlund.

Présence physique, corps meurtri

C’est toutefois Darren Aronofsky qui achève sa "réhabilitation" en lui proposant l’un des plus beaux rôles de sa carrière, celui d’un catcheur sensible et solitaire dans The wrestler. L’acteur lui-même raconte que le réalisateur n’y est pas allé par quatre chemins quand ils se sont rencontrés : "Tu es un grand acteur qui a bousillé sa carrière et que plus personne ne veut engager", lui aurait dit Aronofsky. " Tu feras tout ce que je te dis, tu ne me manqueras pas de respect et tu ne sortiras pas la nuit." Réaction de l’intéressé : "Je me suis dit : il doit avoir beaucoup de talent pour oser me parler sur ce ton." Le réalisateur a surtout dû beaucoup batailler pour imposer Mickey Rourke à des producteurs frileux qui le poussèrent même un temps à se rabattre sur Nicolas Cage… Mais sa confiance ne sera pas trahie : l’acteur lui offre une composition exceptionnelle. Comme le dit Wim Wenders à Venise, sa performance est "à briser le cœur". Il repart sans la coupe Volpi (à cause d’un point de règlement) mais avec un Lion d’or et une carte à jouer aux Golden Globes (meilleur acteur dans un drame) et aux Oscar (une nomination comme meilleur acteur).

Bien sûr, ce qui frappe, c’est que le rôle semble avoir été écrit pour lui, ne serait-ce qu’en raison des parallèles entre sa propre vie et celle de son personnage. En plus, le corps y est essentiel, et Mickey Rourke a toujours été un physique hors du commun, pas seulement par son pouvoir de séduction, mais par sa présence charnelle et corporelle. Il est ainsi parfaitement crédible en catcheur, et plus encore en catcheur sur le retour, pour qui chaque geste a un prix et chaque combat son lot de douleurs. L’acteur s’efface d’ailleurs entièrement derrière les stigmates du personnage, des agrafes plantées dans le dos aux coupures à coups de lames de rasoir.

Jolie métaphore pour cet "acteur sur le retour" qui ne peut s’en prendre qu’à lui-même pour les coups reçus, mais éprouve plus que jamais le désir de faire le show. Exactement comme les spectateurs de The wrestler, on ne se lasse pas de le voir, ne serait-ce que parce que sa manière de se mettre systématiquement en danger est réelle, comme s’il devait année après année prouver deux fois plus que quiconque sa valeur et son talent. A bientôt 60 ans, Mickey Rourke pourrait bien réussir son come-back, notamment aux côtés d’un autre acteur revenu de loin, Robert Downey jr, dans la suite d’Iron Man.

MpM + PETSSSsss


 
 
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