Benoît Magimel brille en père d'un fils qui devient fille dans Lola vers la mer. Toujours prompt à prendre des risques, l'acteur a beaucoup tourné ces temps-ci. On l'a vu dans Nous finirons ensemble, Une fille facile, et on l'attend dans le prochain film de Nicole Garcia, Lisa Redler. Il est aussi attendu chez Samuel Doux (Dune Dreams), Bruno Dumont (Par ce demi-clair matin), Emmanuelle Bercot (De son vivant, dont le tournage reprendra au printemps) et Florent-Emilio Siri.



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CELUI QUI REGARDE LES HOMMES...





Fils de. Ce n’est jamais vraiment facile. Son père est pourtant mort avant qu’il ne devienne cinéaste. Mais le père était un artisan, dont les dialogues cultes ont traversé le temps, frappé plusieurs générations de spectateurs. Michel Audiard, peu admiratif du 7e Art, a montré à Jacques que le cinéma était un boulot comme les autres, un boulot de con, avec ses vanités. Audiard père préférait la littérature : replique montre suisse « Si on a du génie, on ne fait pas de cinéma, on écrit un grand livre. » « Vivre avec mon père m’a aidé à désacralisé le cinéma » avoue le fils. De quoi s’éloigner de cette grande famille, mais aussi de convoiter le respect de son prénom.

Il débite comme monteur avant de devenir scénariste. Des films noirs, un peu étranges, comme Baxter ou Australia, ou flirtant avec le polar américain, come Fréquence Meurtre. Des succès aussi comme Le professionnel et Vénus Beauté (Institut). Des délires décalés comme Grosse fatigue ou Confessions d’un barjo.

A 42 ans, il passe à la réalisation. Perfectionniste, angoissé, manquant de confiance en lui, il ne va pas enchaîner les films, préférant pousser l’exigence dans ses retranchements. Loin du ton réputé caustique de son père, il écrit avec précision des films sombres, dramatiques, qui ne brillent qu’avec quelques éclats de soleil : une femme, un espoir, une libération…

Lui se libère en 1994, à 42 ans, quand sort Regarde les hommes tomber. Cinq longs métrages en quinze ans, huit vidéo clips, 14 César au total et deux prix à Cannes. Audiard Junior s’est installé dans le paysage cinématographique français avec une certaine évidence, une belle élégance.

Regarde les hommes tomber marque déjà son territoire : un univers viril et sensible, une esthétique entre ombre et lumière, un jeune homme banal pris dans une spirale infernale. Kassovitz inaugure son portrait du mâle moderne, celui qui s’écroule et qui se bat, qui cherche à sortir de sa condition initiale. Séduisant, émouvant. C’est encore plus notable dans Un héros très discret. Une histoire de supercherie. « Les vies les plus belles sont celles qu’on s’invente ». Toute une devise pour son cinéma.

Il cherche à surprendre, en quête de nouvelles têtes, de nouveaux mots, de nouvelles « morales ». Un prophète correspond à cet objectif : un comédien inconnu, des langues étrangères (l’arabe, le corse), un milieu dont il ignore tout (la prison). Une histoire d’innocence. Pas de discours, ce qui en fait un film presque cynique, pas de morale, pas de sociologie.

Seul le cinéma dicte le désir. Prétentieux ? Audiard veut construire une œuvre innovante et populaire. Il veut lutter contre les préjugés, ne se reconnaissant pas dans le cinéma de ses confrères, ne voyant pas son environnement réel dans les films français. Le cinéma doit être le témoin de son époque. Le cinéma français n’est que nostalgie d’un passé révolu ou fantasmé. Sans doute parce qu’il est ancré dans le présent, il se distingue des autres. Il inscrit ses films dans une famille plus globale, qui va de Gomorra à Pusher. Il se veut prophète. Nous ouvrant les yeux sur un pays sous tension, où l’on expulse sans sourciller, où l’on tue en prison, où l’on s’ennuie fermement. Quelques uns ont une seconde chance. Audiard aime l’idée que rien n’est déterminé, que la fatalité peut se renverser. Pouvoir refaire sa vie, même si le coût est élevé.

Il aime les héros, quand ils sont discrets. Isolés, marginaux, à part. Dans leur coin. Emmanuelle Devos dans sur mes lèvres. Ou Tahar Rahim dans Un prophète. Ils s’émancipent. Mais surtout, ils n’ont pas le profil, a priori, pour être des héros de polars. Mutiques, sourds, timides, la testostérone en mode mineur, invisibles… ils affrontent des grandes gueules, des violents, des blocs. Des figures cassées, des corps brisés. Sa femme, la réalisatrice Marion Vernoux, dit qu’il « filme les mecs comme des gonzesses. »

Alors, comme seule échappée, comme unique rédemption, il y a la connaissance, l’apprentissage. Duris qui s’émeut au contact du piano. Rahim qui adopte les postures et les langages des autres. Cassel qui se lie avec une femme dont tout les sépare. Il y a les pères ou les figures titulaires. Des actes manqués. Comme avec le sien ? Jacques a finalement éclot très longtemps après la mort de Michel… Les hommes sombrent, vaincus par la vie, leur égo, leurs batailles vaines. Une virilité friable. « La virilité n’est intéressante qu’à partir du moment où elle s’écroule. »

Au milieu de cette noirceur, il y a les rapports humains. Pas dupes. Opportunistes. Authentiques. Un côté Tonton flingueur, où l’on ne rigole pas. Où l’éparpillement façon puzzle n’a rien de burlesque. En cinq films, il a déjà versé beaucoup de sang…

Pour lui le cinéma est un effort immense. Sérieux. Audiard aime les films de genre, ceux qui transcendent, avec de « grandes images et une grande musique ». Un travail laborieux, douloureux. Il laisse passer de plus en plus de temps entre les films. Doute à chaque fois. A besoin du regard des autres pour se rassurer. Se sent aveugle. Il ne regarde par les images qu’il tourne, trop angoissé, trop incertain. Jamais confiant. Parfois il écrit un scénario en parallèle, pour filmer des séquences satellites, qui feront peut-être la respiration nécessaire dans un montage. Cette souffrance dans l’écriture, trop exigeante, dans la mise en scène, trop perfectionniste, pourrait le conduire vers d’autres horizons : des adaptations littéraires, des films moins maniérés. Il aimerait oublier les références, casser les genres. Il se protège avec ses co-équipiers. Sa carapace s’épaissit. Parfois susceptible, autrefois avide de reconnaissance, il a changé.

Un cinéma trop maîtrisé ? Une image trop belle ? Une mise en scène trop calibrée ? Pourquoi le trop serait-il un défaut ? Il produit un cinéma intense, envoutant, tripant. Il ne veut surtout pas être panthéonisé de son vivant. Son père le disait : pour être admirer, mieux vaut être mort. Se voir paralysé par la gloire et les honneurs. Tout en ne cachant pas sa fierté d’être l’un des rares cinéastes français à être à la fois populaire et cinéphile, vedette en tête d’affiche. Préfère douter, hésiter, rechercher. Audiard est en quête perpétuelle du film d’après.

Il est juste triste que son père n’ait pas vu son boulot. « Il est mort quand ça commençait à être bien entre nous. »

vincy


 
 
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