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PROMESSE TENUE





Jérémie Renier fait partie de cette génération belge qui a envahit les écrans français (et parfois américains) depuis la fin des années 90 : Dequenne, Gillain, Gourmet, Régnier, De France, Poelvoorde, Azabal, Moreau… Pourtant Renier va très vite se distinguer de ses compatriotes. Il n’est pas comique ais il est sexy, doté d’un physique de jeune premier.

Son apprentissage au cirque, son désir précoce de jouer, ses cours de théâtre le conduisent dès 9 ans à faire des castings. En premier lieu Toto le héros de Jaco Van Dormael : hélas il n’est pas retenu.Cela ne l’empêche pas commencer des petits rôles. Mais à 15 ans, la roue tourne. Les Frères Dardenne, documentaristes réputés, cherchent un adolescent. Sur sa mobylette, le jeune Renier devient la figure emblématique de leur cinéma dans La promesse, histoire d’immigration illégale et de conscience morale.

Une fois majeur, c’est François Ozon qui l’enrôle pour être l’un de ses Amants criminels. Drame sexuel, noir et onirique, le film le révèle différent, et prêt à toutes les audaces. Patricia Mazuy, Olivier Jahan, Yolande Zaubermann, Lionel Epp complètent son début de carrière. Mais en 2001, faisant le grand écart entre un blockbuster de Christophe Gans, en jeune premier, Le Pacte des Loups, et un film d’auteur de Bertrand Bonello, Le pornographe, il se mue en étoile montante. Peut-être encore un peu trop jeune pour porté des films sur ses épaules un peu frêles.

Le garçon fait fragile. Pourtant, il semble déterminer à persévérer. A casser à chaque fois son image pour prouver qu’il peut tout jouer. Ou parce qu’il refuse de se laisser enfermer. Pour Violence des échanges en milieu tempéré, il se transforme en jeune loup, consultant d’une école de commerce, confronté à la réalité sociale d’une entreprise où il doit organiser des licenciements. Avec ce personnage soumis et révolté, l’acteur entre dans l’âge adulte, à 22 ans et reçoit une nomination pour le meilleur espoir masculin.

De San Antonio au Pont des Arts (d’Eugène Green), qu’il soit dans la farce ou dans la romance, le comédien, sans trop marquer les esprits, charme. Mais combien d’autres jeunes jolis minois le cinéma a-t-il dévoré ? Renier n’est-il pas une étoile déjà pâlissante, filante ? Les Dardenne le reprennent dans L’Enfant. La reconnaissance qu’il obtient (nominations aux European Film Awards, prix Jean Gabin, prix de meilleur acteur belge) est à la hauteur de la réception du film : une Palme d’or, notamment. Père indigne et misérable écrasé par le sentiment de culpabilité, Renier n’hésite pas à se transfigurer pour paraître moins beau. Pourtant les producteurs français ne le voient toujours pas comme un futur grand acteur ni même comme une star potentielle. Il aligne les films, plutôt bons – Dikkenek, Président, Fair Play… - toujours un peu dans l’ombre des têtes d’affiche. Puis tourne avec un jeune cinéaste prometteur, Joachim Lafosse. Dans Nue propriété, il a l’occasion de jouer le fils d’Isabelle Huppert, aux côtés de son demi-frère, Yannick Renier.

En 2008, il s’expatrie avec deux excellentes productions anglo-saxonnes : Reviens-moi et Bons baisers de Bruges, où il se métamorphose en nazillon borgne. Boulimique, il enchaîne les tournages : Assayas (L’heure d’été), les Dardenne (Le silence de Lorna), Granier-Deferre (Pièce montée). Le virage grave ou le sourire presque niais du mec heureux, Renier travaille mais n’épate pas.

Quand ce n’est pas les Dardenne qui le ressuscitent, c’est François Ozon. Fils très protégé et très sensible de Catherine Deneuve dans Potiche, il vire potache, et un brin follasse. Gros succès en salles, la comédie le relance. Il accepte le premier rôle « physique » de Philibert, capitaine puceau. Epée, cheval, collants moule burnes, il s’essaie à être l’héritier de Jean Maris. Le film est un fiasco financier mais Renier impressionne. Lui si dramatique chez les Dardenne parvient à être léger et virevoltant.

Mais un défi bien plus grand l’attend. Bien qu’il soit père du Gamin au vélo (un autre Dardenneà, époux soumis et meurtrier dans Possessions, ou prêt à l’aventure chez l’Argentin Pablo Trapero (Eléphant blanc), Renier va se faire broyer par l’implacable machine marketin d’un film hors-norme. Cloclo.
Le biopic de Claude François. Icône de la variété française. On lui avait souvent dit qu’il lui ressemblait. Plusieurs projets avaient avorté. Mais celui de Florent Emilio Siri aura été le bon. 80 costumes rien que pour lui. 20 ans d’une vie, du fils à maman sage à la star cruelle mourant accidentellement. Une performance. Tous les acteurs rêvent d’être un autre. Incarner Claude François, c’est à dire imiter sa voix parfois aiguë, chanter, danser comme lui… Et comme d’habitude, Jérémie Renier, talentueux et séduisant, y arrive. Mais cette fois-ci, en plus, il nous bluffe.

vincy


 
 
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