David Lynch, Lion d'or et Palme d'or, n'a pas tourné de long métrage depuis 2006. Une longue absence. Heureusement il nous a offert une suite à Twin peaks pour la télé. Et on peut voir ses photos fétéchistes dans l'exposition de Louboutin au Palais de la Porte dorée. Il vient aussi de terminer un court métrage. Et surtout, Blue Velvet est ressorti sur les écrans cette semaine.



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RESNAIS, CINEASTE FOLK?





Hostile aux compromissions commerciales, se tenant à l'écart des modes, tournant peu, préparant longuement ses films, Alain Resnais se présente comme un créateur intransigeant, insaisissable, qui domine de très haut la production française contemporaine. Il assure - en douceur - la transition entre une conception classique du cinéma, celle d'un Renoir ou d'un Guitry, et son avancée la plus moderne, dans la mouvance du "nouveau roman" et du structuralisme. Il est un héritier du "réalisme poétique", en même temps que l'initiateur d'un courant néo-spectaculaire, qui croit en la toute-puissance du rêve et de l'imagination créatrice.

Plusieurs de ses films ont suscité l'incompréhension de la critique ou du public, parfois même des deux, voire une vive hostilité. On a censuré Les statues meurent aussi, Hiroshima mon amour a divisé le jury du festival de Cannes en 1958, Stavisky... reste un film maudit, Providence fut un échec commercial ; quant à l'un de ses derniers films, I Want to go home, il a été accueilli par des ricanements. C'est que, sans doute, le cinéma d'Alain Resnais est l'un des plus dérangeants qui soient. Il fait scandale, au sens positif que Cocteau donnait à ce terme. Il exauce le voeu de Diaghilev disant à ce dernier : "Etonne-moi !".

Matière et mémoire.
A quatorze ans, il tourne déjà de petits films en 8 mm (dont une adaptation de Fantômas !), tout en se passionnant pour la photographie, la bande dessinée et la littérature populaire (avec une prédilection pour Harry Dickson). Il lit aussi Proust et André Breton et rêve de devenir libraire. Le monde du spectacle le fascine. En 1940, il s'inscrit au cours Simon et, en 1943, à l'IDHEC.
Après avoir fait un peu de figuration (dans Les Visiteurs du soir), il est engagé comme assistant sur Paris 1900, et commence à réaliser des films en 16 mm qui n'auront pas de diffusion commerciale. L'un d'eux, Schéma d'une identification, est interprété par Gérard Philippe. Le cap professionnel est franchi avec Van Gogh (1948), un court métrage produit par Pierre Braunberger : c'est une originale "pénétration" de la caméra à l'intérieur des oeuvres de l'artiste, par l'effacement du cadre, selon un procédé mis au point par Luciano Emmer. André Bazin discerne là une radiographie subtile de la peinture, qui met en évidence "un réseau hallucinant de nerfs et de tendons noués sur les os du monde" - formule applicable mot pour mot à la démarche ultérieure du cinéaste lui-même.

Pendant dix ans, Resnais se tiendra sagement au documentaire, traitant de thèmes tantôt graves (la guerre d'Espagne vue par Picasso, le génocide nazi), tantôt légers (des visites à la Bibliothèque nationale et aux usines Péchiney). Un lyrisme très personnel s'y exprime, soutenu par une science raffinée du montage. Resnais s'affirme comme un philosophe de la perception, illustrant - plus ou moins consciemment - les théories de Bergson sur le concept du "souvenir-image".
Chez lui, en effet, l'observation de l'objet, du plus commun au plus noble, passe à travers un filtre de culture et d'émotion, la matière est constamment enrichie par la mémoire.

Un Guignol tragique.
Resnais aborde le long métrage par un coup de maître, Hiroshima mon amour (1959). l'extrême richesse de cette oeuvre est résumée dans son titre : d'une part l'épouvante née de l'explosion nucléaire, de l'autre l'éternel retour de la passion, les deux thèmes se répondant comme les gammes majeure et mineure dans la musique. Cela tient à la fois du requiem et de l'épithalame. Toutes les ressources de la technique narrative sont mises à contribution dans un film qui, selon Louis Malle, "a fait faire un bond au cinéma". Son film suivant, L'Année dernière à Marienbad (1961), n'est pas moins révolutionnaire, au moins dans sa forme. Avec l'aide d'Alain Robbe-Grillet, son scénariste, Resnais édifie un puzzle captivant, un labyrinthe à mi-chemin de Julien Gracq et des illusions optiques d'Escher. Surréalisme et psychanalyse sont au rendez-vous, comme dans Je t'aime je t'aime (1968) et Providence (1977). On aurait tort, cependant, de limiter l'art de Resnais à ces dérives fantasmagoriques. Ses préoccupations sont aussi bien d'ordre social et politique : le traumatisme de la guerre d'Algérie avec Muriel (1963), les désarois d'un militant gauchiste avec La guerre est finie (1966), les scandales financiers de la IIIe République avec StaviskyMon Oncle d'Amérique (1980).

Les sujets, quels qu'ils soient, sont passés au pressoir d'un imaginaire spécifique à chacun d'eux, "enchantés" par un traitement en forme d'opéra, visuel et sonore, spatial et temporel, qui leur donne à tous cette allure caractéristique de cérémonial funèbre, parfois ponctué d'humour. Ainsi Providence peut être regardé comme une tragédie de la solitude ou un extravagant vaudeville, s'achevant sur une pointe de nostalgie. Alliage singulier, qui s'explique par la méthode de Resnais : "Quand je commence à rêver sur des personnages, je les vois un peu comme des marionnettes, j'ai envie de les mettre dans des espèces de boîtes, comme au théâtre de Guignol - un Guignol tragique". On n'est pas loin du "drame gai" de La Règle du jeu de Renoir.

Resnais, souvent considéré comme élitiste, puise son cinéma dans un imaginaire presque naîf et dans un folklore populaire : BD, opérette, chanson de variété, ...Adulé, multi-césarisé, son apparent académisme cache une folie réelle, que l'on retrouve à travers ces personnages au bord de la crise de nerfs. En fait, derrière ces films magnifiquement cadrés, ces beaux décors, cette technique léchée, il y a un grand enfant qui s'amuse avec des caméras, et retrouve ainsi le goût de ses bonbons et de ses lectures.

chris, vincy


 
 
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