
C’est un des ‘poids lourd’ de la compétition de Venise : le retour de László Nemes avec Orphan, son troisième long métrage. C’est d’ailleurs à Venise en 2018 que son précédent film, Sunset, avait été plutôt fraîchement accueilli : une histoire trop longue, cumulant une surdose de longs plans-séquences autour d’un conflit familial annonçant les prémices d’un conflit conduisant à la première guerre mondiale.
László Nemes a le poids de son premier long sur les épaules, son remarquable Le fils de Saul, Grand Prix du jury au Festival de Cannes en 2015 et Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2016. Sson formalisme (toujours ces fameux plans-séquences) soulignait tout ce qu’il se passait (et surtout ce qu’on entendait) hors-champs autour du personnage d’un prisonnier juif travaillant pour les Nazis dans un four crématoire du camp de concentration d’Auschwitz. Quoi faire après un premier film qui se révèle de toute façon être son chef-d’oeuvre, adoubé par Claude Lanzmann lui-même ?
Avec Orphan, László Nemes continue de prendre une guerre comme sujet et décor. Alors que Le fils de Saul se passait pendant une guerre exclusivement centré sur le personnage de Saul et que Sunset se déroulait avant une guerre presque uniquement autour du personnage de la jeune Irisz, son troisième film Orphan raconte la ville de Budapest et la Hongrie après la seconde guerre mondiale et avec une multitude de personnages autour d’un enfant.
László Nemes s’éloigne d’un formalisme excessif et s’ouvre à un public plus large.
Une fausse période de paix
La guerre est terminée depuis longtemps. En 1957, la Hongrie est soumise au régime communiste, une autre sorte de guerre au quotidien pour le peuple. Des militaires contrôlent des papiers ou le contenu d’une valise. On peut être poursuivi, arrêté, ciblé par un tir de sommation… Le jeune garçon Andor vit seul avec sa mère qui se démène comme elle peut avec un petit travail pour obtenir de quoi les faire vivre. Les stigmates de la seconde guerre mondiale sont toujours là. Certains bâtiments détruits ne sont pas encore reconstruits, et des représentants de l’autorité ont encore du mépris pour les Juifs. Andor va s’en rendre compte quand sa mère viendra le récupèrer à un commissariat. Le pays est d’une certaine manière etouffant, une amie rêve de partir émigrer aux Etats-Unis.
La communauté juive hongroise a été le sujet de nombreux films – Sunshine, La juste route, The Brutalist – ou encore la récente mise en scène de Kornél Mundruczó, Parallax. Autant dire qu’on est en terrain familier.

Andor observe avec ses grands yeux tout ce qu’il se passe autour de lui. Il passe aussi son temps dans un cinéma, à regarder le film comme l’entracte avec son numéro de mimes. Il est orphelin d’un père qu’il n’a jamais connu et qui vendait des billets de spectacles. Tout ce qu’il lui reste de son père est une petite boite de tickets, un livre avec l’écriture de son père, et une photo. Tout ce qu’il sait est qu’il a été déporté durant la guerre. Aussi garde-t-il le vague espoir que celui-ci revienne un jour…
Un avenir radieux?
Quand un type étrange avec une grosse moto se rapproche de sa mère, tout bascule pour lui : qui est ce type qui veut le connaître et qui prétend qu’il pourrait être son père ? Ce type qui ressemble à un ogre (Grégory Gadebois, toujours impressionant) est en fait un boucher qui a visiblement une certaine influence sur sa mère. Elle semble le connaître d’avant. D’avant sa naissance ? Andor va découvrir que ce boucher avait une famille, alors comment se pourrait-il qu’il soit son père ? Le monde intime du jeune Andor est bousculé par de nombreuses interrogations, et surtout par la colère. De mensonges en révélations, il voit son identité remise en question. Il va peu à peu appréhender que la famille, comme son pays, a été survécu à la destruction mais va devoir se reconstruire…
Avec une mise en scène qui privilégie davantage l’atmosphère inquiétante que l’émotion humaine, László Nemes continue de démontrer son talent à traduire la peur comme l’espoir. Il lui en faut tant il semble ne pas en avoir encore fini avec les traumas d’une guerre qui change notre perception de l’humanité : certaines cicatrices ne disparaîtront jamais.
Orphan
Venise 2025. en Compétition.
2h12
Réalisation : László Nemes
Scénario : László Nemes, Clara Royer
Avec : Bojtorján Barábas, Andrea Waskovics, Grégory Gadebois, Elíz Szabó, Sándor Soma, Marcin Czarnik