Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20



Animateur radio et scénariste réputé en Espagne, Guillermo Fesser connaît Candida Villar depuis l’âge de huit ans, moment où elle a commencé à travailler dans sa famille en tant que femme de ménage. C’est donc tout naturellement qu’il a eu l’idée d’écrire un livre sur sa vie, puis d’en faire un film. Convaincre Candida d’interpréter son propre rôle n’a pas été des plus faciles (ne parlons pas des producteurs), mais après avoir vu le film, on imagine difficilement qui aurait pu incarner cette héroïne touchante et hilarante à la fois sans sombrer ni dans la caricature, ni dans le mélodrame...
Ecran Noir : Guillermo, quand avez-vous réalisé que vous côtoyiez une véritable héroïne de fiction ?





Guillermo Fesser : Après avoir écrit sa biographie en 1998. Je la connaissais depuis longtemps. Quand elle venait travailler chez moi, elle me racontait ses problèmes. Je m’étais rendu compte que c’était des problèmes purement économiques. Je l’aidais comme je pouvais, mais c’était impossible, elle avait huit enfants avec des problèmes plus graves les uns que les autres. Donc je lui ai proposé un accord : « c’est mon livre mais c’est ta vie, donc on fait 50/50. Si ça marche, on partage. » Or ça a bien marché : le livre s’est vendu à 250 000 exemplaires ! Quand j’ai eu terminé, je me suis rendu compte que la sensation générale était celle d’une vie très triste. J’ai eu besoin de montrer qu’en réalité, c’est une personne très joyeuse. Aussi, après avoir écrit deux scénarios qui ont eu beaucoup de succès pour mon frère Javier, quand on a commencé à me faire des propositions, j’y ai vu l’occasion de modifier cette impression de tristesse et de montrer la joie de vivre de Candida.

EN : Malgré son aspect très biographique, le film a une portée véritablement universelle...

GF : Je ne sais pas si c’était volontaire mais c’est en effet le vrai résultat du film. Ce qui était au départ un film sur une femme de ménage est devenu un hommage à toutes les femmes anonymes qui travaillent chez elles ou à l’extérieur sans aucune reconnaissance. C’est probablement l’une des clefs du succès de Candida en Espagne car beaucoup de femmes âgées sont allées voir le film. Ce qui était le plus émouvant, c’était de voir dans les files d’attente des femmes qui y allaient accompagnées de leurs femmes de ménage. J’ai trouvé ça très touchant.

Candida, en tant que critique de films, puisque vous exercez désormais ce métier à la radio, qu’avez-vous pensé du film de Guillermo ?

Candida Villar : Je l’ai trouvé très bien. Mieux que ce que je pensais au départ. Je l’ai préféré au Labyrinthe de Pan et à Volver, car ces films racontent des histoires qui ne sont pas vraies. J’aime les films où l’en sent qu’il y a du vrai, comme par exemple Vera Drake de Mike Leigh. Cette femme qui aide tout le monde gratuitement, alors que quelqu’un d’autre se fait de l’argent sur son dos, et qui en plus doit faire huit ans de prison !

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