Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



Ancien critique de cinéma et de théâtre, Nic Balthazar a publié en 2002 un roman, Il ne disait rien du tout, dont l’intrigue était si forte qu’elle n’a cessé depuis de le poursuivre. Tout en continuant en parallèle son travail à la télévision, il a en effet adapté l’histoire de son héros, Ben, un adolescent souffrant d’autisme harcelé par des élèves de son lycée, pour le théâtre (plus de 250 représentations), puis pour le cinéma avecBen X, récompensé au Festival des films du monde de Montréal en 2007. Venu assister à l’avant-première de son film au Sénat, dans le cadre du festival de films européens "Mamers en mars", le réalisateur est revenu sur l’aventure de ce premier roman devenu premier film.
Ecran Noir : Parlez-nous de la genèse du film, qui fut d’abord un roman, puis une pièce.





Nic Balthazar : Oui, c’est du recyclage artistique… Tout le monde se moque de moi parce que je raconte toujours la même histoire ! A l’origine, c’est une demande qu’on m’avait faite d’écrire un roman pour les jeunes qui ne lisent pas… ce qui fait une vaste audience ! Je leur ai dit que j’étais un écrivain qui n’écrivait pas, et que le mariage était donc idéal. Après avoir relevé le défi, je me suis demandé : "quelle sera mon histoire ?". Comme quoi le hasard c’est important dans la vie : le jour même, dans le journal, il y avait l’histoire d’un jeune de 17 ans qui s’était suicidé après avoir été "harcelé à mort" selon ses propres mots. Apparemment, il était dans le spectre de l’autisme. C’était un fan de jeux vidéo et il avait une copine sur internet. J’ai repris ces ingrédients et comme je ne voulais pas m’enfoncer dans une vraie tragédie, ni tracasser la famille à un moment pareil, j’ai écrit une histoire qui donne un peu d’espoir. Le livre n’a pas trop mal marché, certains parents venaient même me voir en disant : "Mon fils a lu un livre et en plus il l’a aimé !" C’était le premier miracle.

EN : Et c’est là que vous vous êtes mis au théâtre ?

NB : Un jeune acteur vient me voir, et il me dit qu’il veut faire une pièce solo d’après le roman ! Je lui dis tout de suite que c’est une mauvaise idée car le personnage principal est autiste, et que ce ne sont pas des gens qui s’expriment aisément et racontent leur vie… Mais pour lui, un refus n’était tout simplement pas une réponse ! Comme je ne voulais pas que ce soit du "théâtre classique", nous avons fait une pièce multi-média avec de la musique, de la vidéo et même du jeu vidéo. Je crois que c’était du jamais vu ! Et, toute modestie mise à part, la pièce a eu un succès fou. Environ 250 représentations… Alors on a eu l’idée d’en faire un film… Le livre était déjà écrit comme un film car j’avais plus d’expérience dans l’écriture de scénario que dans celle de roman. J’avais participé à des et lu des bouquins. Donc le livre était déjà construit comme un thriller classique, en trois actes, et ça se voit dans le film.

EN : Qu’est-ce qui a été différent avec le film, par rapport aux autres médias ?

NB : Je suis bien persuadé que le film est mieux ! C’est un vrai bonheur de faire du cinéma : tout le monde t’apporte son talent, il y a un vrai pingpong d’idées, de belles surprises qui sont autant de cadeaux tous les jours sur le plateau… Vous imaginez : il y a 35 personnes qui sont venues pour m’aider à raconter ma petite histoire ! Mais écrire est amusant aussi, les personnages vous surprennent, ont une vie propre. On n’a pas le temps de réfléchir : tout à coup le personnage principal descend du train, quelqu’un le pousse, mais qui ça peut bien être ?

EN : Comment est venu le parallèle avec le jeu vidéo, qui permet au personnage principal non pas de s’isoler du monde, mais de comprendre et de structurer la réalité qui l’entoure ?

NB : C’est l’ironie tragique de la vie ! Malgré tout, mon personnage principal veut être comme les autres. Il s’entraîne donc pour la vraie vie au travers d’une vie numérique. Quand on voit ça, on se dit "ça va mal tourner !". La question, c’est où les jeux vidéo vont-ils nous mener ? Personne ne le sait. Je n’aimerais pas dire qu’ils ne peuvent nous apporter que débilité et violence. Pour moi aussi la découverte de cet univers est fascinante, pleine de rencontres. Dans la vraie vie, les gens ne savent plus se rencontrer comme ça. Peut-être que dans cinq ans, notre vie sera numérique pour une bonne part ? Peut-être que tout le monde aura son avatar quelque part sur le net. Chacun pourra être qui il veut ! Ca ouvre des perspectives : l’enjeu, c’est qu’il n’y aura plus de couleur de peau, plus de sexe ni d’âge pour entrer en ligne de compte. Le vrai fascisme que l'on voit de nos jours à l'encontre de ceux qui sont gros, petits, laids, gays, etc. n’aura plus cours. C’est la possibilité d’un vrai nouveau monde.
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