Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



Hélène Giraud
Ryusuke Hamaguchi
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Danielle MacDonald







 (c) Ecran Noir 96 - 19



Joachim Trier et Eskil Vogt ont une trentaine d’années, sont amis depuis l’enfance et partagent une même passion pour le cinéma, qu’ils ont étudié l’un à Londres, l’autre à Paris. C’est pourtant en Norvège, leur pays natal, qu’ils ont finalement choisi de situer leur premier long métrage, Nouvelle donne, avec Joachim aux manettes de réalisateur et Eskil au poste de co-scénariste. Le film, qui raconte l’histoire de deux amis d’enfance rêvant de devenir écrivains et confrontés aux contingences du temps qui passe, a déjà connu une très jolie carrière depuis sa sortie en Norvège fin 2006 : pluie de récompenses dans les festivals, références prestigieuses (parmi lesquelles Truffaut et la Nouvelle vague française), surenchère de compliments… Avec du recul et un enthousiasme intact, les deux auteurs reviennent sur ce qui est devenu un peu malgré eux "le film d’une génération".
Ecran Noir : Comment vous est venue l’idée de ce film?





Joachim Trier : Nous sommes amis de longue date et nous avons toujours été intéressés par le cinéma. On a eu envie de travailler ensemble. Eskil est parti étudier à Paris et moi à Londres, et finalement nous nous sommes retrouvés pour écrire un polar qui se déroulerait en Angleterre… Peu à peu, on en a eu marre. D’autres idées sont venues, on voulait mélanger mélancolie et humour, il y a notamment eu une nouvelle d'Henry James … et tout ça réuni a donné Nouvelle donne!

Eskil Vogt : Oui ! On mettait dans un dossier à part tout ce qui n’avait pas de rapport avec le projet en cours… et finalement ce dossier s’est retrouvé être le plus gros des deux !

JT : En plus, cela avait trait à des lieux et des personnes spécifiques à Oslo. Il y avait une mélancolie et une nostalgie à l’égard de cette ville que nous avons tous les deux quittée… On s’est rendu compte qu’il nous fallait absolument tourner en Norvège.

EN : Le spectateur peut être surpris, tout au début du film, par une scène de défilé quasi militaire à l’occasion de la fête nationale. Pourquoi teniez-vous à avoir cette référence dans le film ?

JT : La fête nationale est importante pour la Norvège. On dit que la Norvège, c'est la banlieue de l'Europe. C'est un petit pays qui n' a pris son indépendance que le 17 mai 1905. La scène a été filmée en vrai, avec les gens qui défilent et ceux qui sont malades… C’était une manière de montrer qu’Erik et Philipp sont des jeunes gens critiques, ils veulent être différents, ils adoptent une attitude critique envers tout ça, comme s’ils voulaient dire à tout le monde : "Nous sommes spéciaux !". On voulait vraiment représenter cette attitude, car on connaît des gens qui sont comme ça. D’ailleurs tout le monde en connaît. Après, tout le monde ne s’identifie pas forcément avec le film, mais certains groupes se retrouvent vraiment dedans.

EV : C’est aussi une manière de montrer que ce sont des personnages qui désirent être ailleurs…

JT : … et qui ne sont pas dans le présent ! Ils ont une certaine nostalgie pour le passé et attendent l’avenir avec espoir, mais ne vivent pas l’instant présent.

EN: Depuis sa sortie fin 2006, on a beaucoup parlé de "film de génération" concernant Nouvelle donne. Est-ce que c’est une étiquette qui vous énerve ou qu’au contraire vous revendiquez ?

JT : Je ne crois pas que le cinéma devrait généraliser… Il y a deux manières de voir cette notion de "film de génération" : déjà c’est au public de décider. Si lui le perçoit ainsi, alors d’accord, on peut parler de "film de génération" et c’est un compliment. Mais si les gens pensent qu’on a fait le film dans ce but, avec une volonté purement documentaire ou la prétention de faire une analyse de notre époque, alors là c’est faux…

EV : …parce que cela n’a jamais été notre intention ! On n’en a jamais parlé, ça nous a même surpris au départ quand les critiques ont commencé à utiliser ce terme. Nous voulions juste montrer ces personnages particuliers avec leurs problèmes spécifiques.

EN : Le film est sorti depuis plus d’un an et demi en Norvège, quel regard portez-vous dessus avec du recul?

JT : Très honnêtement, j’ai dit au revoir au film en tant que film lors de la première fin 2006. Depuis je ne l’ai plus revu en entier, mais j’en ai beaucoup parlé, je l’ai accompagné dans pas mal de pays. Je dirais que c’est au tour des autres d’en parler ! Je suis incapable de le juger rétrospectivement. On a beaucoup appris en le faisant, notamment le fait que réaliser un film culturellement spécifique peut le rendre universel, et on en est très fier… mais c’était le premier album, on bosse sur le deuxième maintenant.

EV : On avait beaucoup d’idées pour ce film et d’ailleurs on nous a reproché d’en avoir trop… Il y en avait de meilleures que d’autres et on en développera certaines dans nos prochains films… Le premier brouillon faisait plus de 200 pages : on voulait tout y mettre! En comptant une minute de film par page , c'était trop long! C’est pourquoi la première séquence est construite ainsi, comme un signal pour prévenir les spectateurs qu’il y a beaucoup de choses à appréhender mais que ce n’est pas grave s’ils en perdent des morceaux ou ne comprennent pas tout du premier coup !

JT : L’esprit était de toute façon à l’excès ! J’en ai marre de ces gens qui sont intimidés par le fait de faire un film… J’ai envie de leur dire de se mettre au travail et de ne pas toujours chercher à être trop parfaits. C’est aussi de cela que parle le film : soyez vous-même et trouvez votre identité !

EN : On voit très peu de films scandinaves en France, que pouvez-vous nous dire du cinéma norvégien ?

JT : Nous avons grandi en détestant le cinéma norvégien… D’ailleurs nous sommes tous les deux allés étudier à l’étranger ! Quand notre film est sorti à Oslo, nous avons entendu des choses comme : "Ce n’est pas un film norvégien et on l’aime" ou encore "C’est l’antithèse d’un film norvégien". Je crois que le danger pour nous est d’imiter les grands réalisateurs scandinaves comme Roy Anderson. Mais c’est bien que les films norvégiens voyagent, ça permet de voir que même des œuvres à petits budgets peuvent trouver leur public…

EN : Pouvez-vous nous parler de votre nouveau projet?

JT : Nous sommes en train d'y travailler, mais nous allons continuer à dresser des portraits, toujours avec la même curiosité. Il s'agira juste de personnages et d'un contexte différents.




   Claire, MpM