Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



De passage à Paris pour la promotion de l'excellent My Cousin Rachel, Roger Michell a accepté de répondre à quelques unes de nos actions. Attention, cette entrevue contient certains spoilers.
Ecran Noir: Pourquoi avoir choisi d'adapter le roman de Daphne Du Maurier ?





Roger Michell: Je ne sais pas. Je pense que c'est le roman qui m'a choisi plutôt. Je ne connaissais pas beaucoup du livre, je ne pensais même pas qu'il me plairait. Je pensais lire un roman spécifiquement pour les femmes des années 1950 mais My Cousin Rachel m'a complètement ému.

EN: Selon vous, à quel genre le film appartient-il ?

RM: Je ne sais pas trop… Je dirais qu'au début ce serait une romance historique. Mais c'est également doublé d'un thriller psychologique et très complexe.

EN: C'était pour ça la référence à Roméo et Juliette ?

RM: Effectivement. Rachel Weisz dit "Je suis trop vieille pour être Juliette" et ce n'était pas dans le livre. Dans celui-ci elle est plus jeune, elle a 35 ans alors que dans le film elle a 47 ans.

EN: La différence d'âge était-elle nécessaire pour la réussite du film ?

RM: J'ai le sentiment qu'aujourd'hui dix ans d'écart ce n'est rien mais dans les années 1950 c'était un vrai problème. Je voulais que ça ressemble coûte que coûte à un mariage purement inapproprié, qu'on ait vraiment cette sensation qu'il allait se taper sa belle-mère. C'est une histoire tellement freudienne.

EN: C'est donc ça qui vous a intéressé dans cette histoire ?

RM: J'ai aimé le personnage de Philip parce qu'il est torturé par ce qu'il ressent pour cette femme.

EN: En tentant de séduire Rachel, Philip n'est-il pas aussi en train de recréer ce lien qu'il avait Ambroise ?

RM: C'est vrai… Philip était tellement proche d'Ambroise que c'était devenu son seul véritable lien social.

EN: Vous pensez qu'elle l'a fait, tuer Ambroise ?

RM: Même si je le savais, je ne pourrais pas vous le dire. Et si je vous le disais, je devrais vous tuer.

EN:La voix off lors de la dernière séquence du film est donc bien faite pour frustrer le spectateur ?

RM: Oui, il fallait que l'on se demande si Philip a une tumeur au cerveau ou si Rachel l'a vraiment empoisonné.

EN: C'est un happy end.

RM: Absolument pas. Quoi de pire que de passer le restant de ses jours en se demandant si l'on est fou ?

EN: Quelle est votre partie préférée dans la fabrication d'un film ?

RM: La réponse longue serait que chaque partie de la production ressemble à aux quatre saisons. J'aime les saisons, elles changent et c'est difficile de dire laquelle est votre préférée car elles vous apportent toutes quelque chose.

EN: Et la réponse courte ?

RM: La réponse courte ? Le montage. J'adore passer du temps dans la salle de montage parce que c'est calme, ce n'est pas grave si le temps ne joue pas en votre faveur et cela te permet d'effacer toutes tes erreurs avant que quelqu'un ne les voit. Et c'est également très créatif parce que c'est comme si tu réécrivais ton film une dernière fois. C'est en salle de montage que tu fais ton film.

EN: Vous avez toujours droit à votre final cut ?

RM: Pas sur les productions américaines.

EN: Vous pensez que c'est une bonne chose que quelqu'un d'autre que le réalisateur choisisse le montage final ?

RM: Non. Mais pour les cinéastes sensibles, et je pense être un cinéaste sensible, le fait de savoir que l'on a droit à ce fameux final cut nous force à écouter davantage les gens qui sont autour de nous, à faire davantage attention aux réactions du public.

EN: Le film a-t-il eu besoin d'être remonté après les premières projections ?

RM: Oh oui ! Après la première projection, je me dis toujours "Oh putain, on va avoir du boulot !

EN: Comment les scènes près des falaises ont-elles été tournées ?

RM: Une combinaison d'éléments : des plans en extérieur, pas mal de cascades et quelques retouches numériques.

EN : Et Sam Claflin ? A-t-il fait ses cascades ?

RM: Il n'est pas tombé du cheval… Je ne pourrai jamais me permettre qu'un acteur fasse ce genre de cascades.

EN: Pourquoi ?

RM: Parce que s'il se casse le poignet, le film est terminé ! (rires)

EN: Vos voyages à l'étranger ont-ils une influence sur votre manière de mettre en scène des relations amoureuses ?

RM: C'est possible… Je n'y avais jamais pensé…

EN: Quel est votre film préféré ?

RM: C'est une question tellement compliquée… C'est dur de n'en mentionner qu'un… Mais c'est vrai que j'adore Lawrence d'Arabie. J'adore Les dents de la mer. J'adore Amacord de Fellini.

EN: Cela vous inspire quoi Daniel Day-Lewis qui annonce la fin de sa carrière ?

RM: C'est tellement bizarre ! Comment on peut dire ça ? Comment on peut décider d'arrêter d'être un acteur ? Ca ne s'annonce pas.

EN: Pourquoi ne pas avoir réalisé Quantum of Solace ?

RM: Parce qu'il n'y avait pas de script. Les producteurs - et je les aime pourtant - voulaient que je commence à tourner alors que je n'avais même pas de storyboard. Ça m'a fait flipper (…) vu le résultat, j'ai esquivé une balle.

EN: Comptez-vous revenir à la télévision ?

RM: Oui, oui. La télé "is the new black". C'est le lieu où il n'y a pas de frontières, de limites. C'est là où l'on raconte des histoires complexes sur le long terme.

EN: Vous avez déjà des idées ou des projets ?

RM: Je développe deux séries : l'une est une série politique qui se déroule au 10 Downing Street et l'autre est une série policière.

EN: Vous avez une série préférée ?

RM: J'adore Motherland !

EN: Avez-vous un groupe ou un artiste préféré ?

RM: Je suis obsédé par les Beatles. Et Bob Dylan !

EN: Hormis les deux séries que vous avez mentionnées, vous avez d'autres choses sur le feu ?

RM: Oui, je bosse actuellement sur un petit truc avec Nick Hornby. C'est pour le web. C'est une espèce de mini-série, un petit format de 10 épisodes de 10 minutes.

EN: Que raconte cette web-série ?

RM: On suit un couple qui tente de traverser une crise en allant régulièrement voir un conseiller conjugal.

EN: Y a-t-il une chance d'y voir de grands noms ?

RM: Eh bien Kate Winslet et Tom Hollander sont les deux acteurs principaux. On commence à tourner en septembre.

EN: Avez-vous déjà trouvé une plateforme pour diffuser cette série ?

RM: Non... Enfin presque !


   wyzman