Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



Marc Webb
Danielle MacDonald
Roger Michell
Ben Young
Geremy Jasper
Andrew Steggall
Gabriele Mainetti
William Oldroyd







 (c) Ecran Noir 96 - 17



Hôtel chic de Paris, par une journée pluvieuse, notre cœur a fait un petit saut dans notre frêle poitrine. La faute au charme et à la tendre humanité de Marc Webb. Réalisateur de nombreux clips vidéo dont les sublimes 21 guns de Green Day ou Bad Day de Daniel powter, il se fait connaître en mettant en scène sa plus douloureuse rupture dans son film 500 jours ensemble (premier film et premier succès) avant de s'attaquer à Spider-man avec sa version plutôt réussie. Il revient avec Mary (Gifted en vo), un drame familial tendre et lumineux qui a fait chavirer notre palpitant, rencontre...
On débute cette interview par un grand «wow», la faute à notre nom Écran Noir qui fait toujours une forte impression aux cinéastes: "J'adore le français, j'adore la France! Les gens ici semblent savoir exactement ce qu'ils font et où ils vont!"






Écran Noir: Mary est en compétition à Deauville, quel est votre ressenti par rapport à cela?
Marc Webb:
Je suis très intimidé et j'ai du mal à imaginé un film en compétition. Par contre, je suis très excité à l'idée de voir A Ghost Story de David Lowery qui y sera. Il est tellement génial David! Il a une vision spéciale, très pure, j'adore. Mais si je reviens à votre question oui je suis très intimidé et j'ai hâte de boire un verre avec David Lowery.


EN: Comment avez-vous eu le scénario de Mary entre les mains?
MW:
Je l'ai eu de mon agent et j'ai aimé ce qu'il m'a fait ressentir après lecture. Le scénario est arrivé à un moment où je voulais faire de la simplicité, où je voulais juste m'éclater. J'ai donc téléphoné à Tom et nous avons travaillé ensemble, ce fut génial et rapide.


EN: La scène qui m'a littéralement renversée est celle sur la plage où Frank et Mary parlent de l'existence de Dieu devant un coucher de soleil...
MW:
Oh oui! Vous savez ça a été très intéressant de la faire. On a eu deux prises. Ce fut drôle parce que le film est un exercice de simplicité: il n'y a pas de trucage, ni d'effets spéciaux et nous n’avons pas construit un tournage. Concernant le contenu, quand j'ai lu cette partie du scénario j'ai ressenti quelque chose de fort.
Je viens du Wisconsin, je ne viens pas de Los Angeles ou de New York je viens d'un coin où c'est très étrange... Les idées se bousculent et les gens n'ont pas les mêmes idées que moi en matière de vie et de politique mais j'aime tout de même ces gens. Aux USA, en ce moment, il y a un véritable climat de tension entre différents groupes de gens et je le comprends car beaucoup de gens se sentent menacé et effrayé. Je pense que beaucoup de gens essayent d'être bon même s'il y a des putains de tarés en ce moment aux USA. Puis il y a des gens qui se mettent des barrières à cause de leurs différences religieuses et cette scène parle de la possibilité de comprendre les deux parties du problème sans juger. Ce n'est pas un film politique mais un film sur la compassion... et les maths aussi (rires).


EN: Justement, question un peu plus personnelle: vous êtes bon en maths?
MW:
Pas comme Mary (rires). Mais c'est une chose intéressante car le film n'est pas à propos du génie mais de la connexion parents/enfant, le tuteur et l'enfant, un père et sa fille d'une certaine manière. La partie sur son génie n'est pas totalement représentative car vous savez les génies en mathématiques sont rarement des prodiges, ils travaillent dur, très dur et discutent de mathématique tout le temps. C'est comme si Mary avait des super pouvoirs. Ce qu'il y a de bien avec elle, c'est qu'elle est empathique et que c'est son premier super pouvoir, et ça bien avant les maths.


EN: Pour en revenir à vos propos sur la compréhension des deux parties, cela me fait penser à un livre que j'ai eu la chance de lire sur le fait qu'il n'y a pas vraiment de gens mauvais mais qu'il n'y a que des gens en souffrance et cela m'a fait penser à votre personnage d'Electro dans votre version de Spider-man...
MW:
Je pense que la honte ou le rejet sont les précurseurs de beaucoup de choses: cela peut pousser à un acte d'héroïsme ou à un acte de destruction. Comment allez-vous réagir à votre souffrance et votre douleur? Cela va vous définir vous savez...et c'est le cas de beaucoup de méchants. Par exemple, j'adore l'homme-sable car c'est un être totalement brisé et ce genre de chose détermine un personnage: comment allez-vous réagir à votre souffrance?


EN: Votre personnage de Frank (Chris Evans) est un peu le héros malgré lui en pleine souffrance...
MW:
Oui je pense qu'il a beaucoup de colère en lui contre Evelyn et il arrive à confronter cela à la fin du film ce qui permet à sa colère de partie.


EN: Je me suis toujours demandée: comment fait-on pour travailler avec un enfant et un chat sur un film?
MW:
Alors le chat est plus difficile que l'enfant (rires) en plus McKenna (Mary) est allergique aux chats, il y en avait deux mais elle adore les animaux donc elle était en plein conflit.
Alors le chat a été (rires) très difficile! Essayez de garder un chat assit sur une chaise. On devait tout simplement attendre avec la caméra que le chat fasse ce que l'on voulait qu'il fasse. On était assis pendant 3 ou 4 heures avec nos doigts posés sur les boutons prêts à filmer. C'était un désastre!
Mckenna était... une joie! Littéralement une professionnelle et une enfant... et bien du coup elle improvisait. La scène où Frank la laisse est très émotionnelle. D'ailleurs toute l'équipe se cachait derrière le matériel pour pleurer. Ce fut une journée magique. McKenna est sorti pour prendre quelques minutes seule, à penser à des animaux, à regarder quelques vidéos et est revenue pour exploser d'émotion: c'était incroyable!


EN: J'ai été très heureuse de voir Chris Evans dans un rôle dramatique car excelle dans ce genre de rôle aussi. Qu'est-ce qui vous a donné envie de lui offrir le rôle de Frank?
MW:
Je voulais quelqu'un de très masculin, de typiquement américain mais aussi quelqu'un de très sensible et il a tout ça! Il peut parler d'émotion d'une manière magnifique, il est très intelligent et il se bat pour être acteur, ça le touche vraiment. On le connaît comme le fort Captain America mais cette sensibilité ne brillait pas même si d'une certaine manière il utilise sa sensibilité dans Captain America. C'est un acteur très talentueux qui ne se montre pas mais qui est le bon pote. On n'aurait pas pu faire le film sans lui!


EN: Il y a une forte alchimie entre lui et McKenna...
MW:
Ils ont travaillé ensemble avant le tournage, d'ailleurs on les a auditionnés tous les deux. C'est comme une romance vous n'auditionnez pas les acteurs mais l'alchimie entre eux. McKenna était totalement en confiance, elle n'était pas effrayée et surtout elle était drôle. Chris a été très surpris pendant la première audition et après avoir rit à ses côtés il m'a dit «c'est elle!».


EN: Mary est très différent de vos autres films comme par exemple 500 jours ensemble qui était presque autobiographique je crois?
MW:
Oui...en effet...


EN: Y-a-t-il une connexion, un lien entre vous et le scénario de Mary?
MW:
Oh vous savez j'ai deux nièces et je suis très protecteur avec elles. Il y a aussi mon père qui est dans les mathématiques, mon frère qui est ingénieur...tout le monde dans ma famille touche aux maths donc je suis romantiquement touché par les maths, je trouve que c'est un langage merveilleux. J'ai aimé avoir l'opportunité de travailler ce sujet.


EN: Vous avez, justement, touché à tous les domaines, les films à gros budget, les films d'auteurs, êtes-vous intéressé par le monde de la série TV qui connaît un essor fulgurant depuis ses dernières années?
MW:
Bien évidement! J'adore Stranger Things et Game of Thrones! Je pense qu'en tant que réalisateur si vous voulez que votre idée soit présente il vous faut prendre une place bien plus forte dans le projet, mais oui je serais très intéressé par le monde de la série TV.


EN: Avez-vous des acteurs que vous rêvez de diriger?
MW:
Kurt Russell, j'adorerais travailler avec Emma Stone une fois de plus, car elle est un génie, Saoirse Ronan, Meryl Streep bien évidemment et...je ne sais pas...je suis littéralement ouvert. Mais face à des novices, tout le monde est le bienvenue!


   Cynthia