Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



Après le très beau Meditterranea, à la semaine de la Critique, Jonas Carpignano est de retour sur la Croisette avec A Ciambra à la Quinzaine des réalisateurs...
Ecran Noir: Comment as-tu casté tes acteurs ?





Jonas Carpignano: C'est difficile parce que ce n'était pas comme dans un processus traditionnel où l'on écrit un film puis on caste des acteurs. Là, j'ai rencontré la famille et j'ai écrit le film avec eux. Donc logiquement, je les ai castés rien qu'en vivant avec eux.

EN: Combien de temps le tournage a-t-il duré ?

JC: 91 jours ! Presque 3 mois. Je le précise parce que ça surprend souvent les gens qu'un petit film comme celui-là avec une équipe réduite ait pu bénéficier d'autant de temps de tournage.

EN: Quelle a été l'étape la plus compliquée pour tourner A Ciambra ?

JC: Je dirais que ça a été le lieu en lui-même… Parce qu'on ne pouvait pas juste poser nos caméras là-bas et tourner un film… Ce n'est pas comme si on pouvait avoir tout le monde silencieux pendant plusieurs minutes et dire "Action !" et là tout le monde se mettait à jouer. On ne pouvait pas empêcher les voitures de rouler. Le lieu a son propre rythme donc on a dû s'adapter à ce qui se passait autour de nous. Nous n'étions clairement pas en plein contrôle de notre environnement.

EN: Tu t'es senti en danger pendant le tournage ?

JC: Non, pas en danger parce que j'y allais depuis un moment avant de commencer le tournage. Je connaissais les lieux, j'y ai des amis, des proches, quelques ennemis. J'avais confiance parce que je savais que l'équipe n'allait pas être en danger.

EN: Comment avez-vous rencontré la famille de Pio ?

JC: Je les ai rencontrés quand ma voiture a été volée… Je faisais un court-métrage, ma caisse a été volée et dans cette ville, quand quelque chose se disparaît, tout le monde te dit "Va voir les gitans !" Donc je suis allé les voir et j'ai été bluffé par leur culture.

EN: Est-ce que ça a été dur de les convaincre de faire le film ?

JC: C'était très dur de les convaincre pour le court-métrage parce qu'ils sont assez méfiants, ils n'aimaient pas qu'un étranger vienne pour les filmer. Mais quand ils ont vu ce que donnait le court-métrage, qu'ils ont commencé à me connaître, qu'ils ont vu ce que l'on pouvait faire ensemble, notre relation a évolué.

EN: Combien de personnes ont travaillé sur ce film ?

JC: Je dirais qu'il y avait une trentaine de personnes dans la production mais seulement sept ou huit sur le tournage. On avait beaucoup de soutien en dehors de la Ciambra mais pour rester intimes et cohérents on a dû réduire le nombre de personnes présentes tous les jours. Au maximum, on était neuf.

EN: Décrirais-tu A Ciambra comme un film social ?

JC: Je dirais que c'en est un mais qu'il n'a pas été fait avec cette idée en tête.

EN Étais-tu sûr que l'histoire que tu avais écrite serait suffisamment réaliste ? JC: Eh bien c'est comme avec les gâteaux. Quand tu mets du chocolat dans ta recette de gâteau, tu sais que tu vas finir avec un gâteau au chocolat ! (rires)

EN: Comment s'est passé le tournage avec les enfants ?

JC: C'était la folie ! (rires) Par exemple, pour l'enfant qui fume, il me voyait toujours avec une caméra donc c'était forcément compliqué de lui faire comprendre à quel moment il devait jouer et faire ce qui était écrit et à quel moment il pouvait être lui-même.

EN: Durant la projection, les réactions étaient très mitigées en ce qui concerne cet enfant qui fume…

JC: Je sais et je ne vais pas mentir… L'enfant en question fumait vraiment ! Je n'aime pas dire cela mais j'ai tourné A Ciambra comme un documentaire donc si quelque chose se produisait, je le laissais se produire. Il en va de la beauté du lieu même ainsi que de la crédibilité du film.

EN: Diriez-vous qu'A Ciambra est un film politiquement lié au contexte actuel dans la mesure où certaines minorités, communautés, se replient sur elles-mêmes ?

JC: Je pense que quand on étudie un microcosme comme là avec A Ciambra, on se rend compte qu'on peut également faire des parallèles avec d'autres microcosmes mais aussi la société et le monde de manière générale. Cela étant dit, je veux toujours faire des films parce que je suis inspiré par les gens. Et cela sera toujours le cas, peu importe la personne assise dans le Bureau ovale.

EN: Pour toi, A Ciambra est un film italien ?

JC: C'est clairement un film italien mais j'ai tellement d'origines diverses que… J'ai passé du temps aux États-Unis, à la Barbade, au Brésil… Mes films sont forcément influencés par toutes mes expériences. Je n'aime pas l'idée d'être mis dans une case parce que je sais certains public étrangers seront plus réceptifs. A Ciambra n'est pas un gros film américain mais ce n'est pas non plus le film italien auquel on pense.


   wyzman