Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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Interview Jacques Nolot pour L'ARRIERE-PAYS
Prix de la Jeunesse Cannes 1998.






ECRAN NOIR Est-ce que vous pouvez-nous résumer en deux mots le sujet et l'histoire du film ?

JN C’est un petit village du Gers où je suis revenu après 10 ans d’absence, et voilà. Et ce que je voulais vous dire, je ne sais pas si ça vous intéresse de citer ça...

EN : Si, si, dites-nous...

JN Le départ, comme tout, est autobiographique chez moi, c’est le départ de J’embrasse pas à 17 ans du gigolo à Cannes. Et le retour à la Matiouette aussi à 30 ans, et le retour à 50 ans pour L’arrière-pays, c’est une continuité. C’est mon côté naïf ou frais ; je suis frais.

EN : Que disent les gens du village à propos de ce film ?

JN J’ai fait une projection dans mon village. Ils ont été extrêmment bouleversés. Mais, je crois qu’il ne se sont pas vus, par le fait qu’ils étaient quand même tous à l’écran et donc, ils n’ont pas vu le film, le sujet. Ils se sont beaucoup regardés. Eux, ils étaient extrêmment bouleversés et c’est vrai qu’il y avait un jeune qui était très touché par le fait que j’ose revenir sur place, que j’ose le faire, comme ça, que j’ose m’exposer entre guillemets autant par rapport au sujet, par rapport à moi, il était admiratif si vous voulez.

EN : Dans L'arrière-pays, tous les comédiens sont des gens du village ?

JN Non, je me suis entouré que des gens que j’aimais, que d’amour. Il n'y a eu que de l’amour sur ce film. Je crois que c’était un peu dû aussi au sujet. Je dois beaucoup à Agnès Godard, qui m’a beaucoup secondé. C'est une très bonne chef-opératrice, qui est à Cannes aussi pour le film de Eric Zonca (La vie rêvée des anges), qui est très bien. Elle a fait aussi les films de Claire Denis. Ce qui est très intéressant dans la lumière d’Agnès Godard, c’est cet échange, ces différences de lumière, c’est une lumière très exposée, vive et forte. Dans La baie des anges, elle a fait un choix très singulier et le mien très discret. Je disais à Agnès : "Faisons simple. Plus on sera simple, plus on sera fort".

EN : En effet, il y a de la simplicité dans les images...

JN Absolument, elle ne voit presque pas la lumière. Je voulais absolument ça pour épouser les visages, les qualités et les défauts, des corps et des peaux. C’était assez beau tout ça. Donc, il y a quatre acteurs professionnels qui sont des amis. On était tous payé très peu si vous voulez, car c’était un film à petit budget (6,8 millions de francs). D’ailleurs, je découvre que le producteur dit 8 maintenant, je ne vois pas pourquoi il y a 1,2 million en plus...

EN : Peut-être pour la promotion ?

JN Oui, sans doute, je ne sais pas. J’en suis à 7 millions. En tout cas, on était payé très peu, je n’ai jamais été aussi mal payé pour mes trois fonctions. Mais les acteurs non-professionnels ont été rémunérés, tous le monde à été rémunéré. Et donc, j’avais très envie de ces acteurs non-professionnels, parce que je trouvais, si vous voulez, que par leur présence, leur naïveté, leur fraîcheur et leur maladresse, ça nourissait un peu le propos. Ca donnait des choses entre les lignes comme ça. Et ils ont été merveilleux. Et ça été une rencontre extraordinaire avec tout le monde. Tout le monde était à l’écoute, les techniciens, du début à la fin, cela été absolument merveilleux.

EN : Ce film est complètement autobiographique, jusqu’au secret qu’on apprend par rapport...

JN Oui, mais ne le dites pas trop. Je suis très égocentrique. Il y a un truc que je trouve très intéressant, si je peux me permettre de dire ça, c’est que j’avais trois pièges : un narcissisme complaisant, un pathétisme et l’égocentrisme. Je crois que je les ai évités, parce que c’est dur de parler de soi comme ça. Et c’est vrai, par rapport à la filiation, si vous voulez au doute de la filiation... Je voulais en parler avec la maturité d’un homme de 50 ans. Et non d’un jeune garçon de 20 ans, si vous voulez, qui le reçoit différemment. Cette dame de 83 ans qui meurt, qui est aussi non-professionnel, et tout ça était très fort. Je voudrais citer les quatre professionnels qui sont Lionel Goldstein, Raphaël Goupillaud, Christine Paolini et Alois Mignaux qui ont accepté de travailler avec moi. C’est des amis qui m'ont rendu tellement de services, et je les voulais absolument sur le plateau. C’était très important pour moi, qu'ils soient là, et les non-professionnels ont amené cette qualité, cette sensibilité, ce naturel qui est vraiment merveilleux. J’ai beaucoup travaillé avec eux.

EN : Y a-t-il eu un gros travail de préparation ?

JN Beaucoup de lectures. Puis je suis revenu chez moi après 10 ans d’absences, revenu 3 mois. J’ai travaillé avec eux petit à petit. J’ai eu du mal à faire des choix et je n’ai pas pris de risque à part la mort, je ne vois pas où est le risque. Ca m’était égal. C’est-à-dire, je me disais : “Et bien s’ils sont mauvais, ils seront mauvais!”, voilà c’était pas grave. J’ai jamais dit “Moteur” ni “Coupé” exprès, d’être égal à égal, comme ça avec eux.

EN : Le film se passe un petit peu en huit clos, puisque tout le film se passe sur cette place du village entre la tante, les parents qui sont sur la même place du village.

JN Oui, absolument. Un huit clos aéré, c’est un petit village de mille habitants à Marciac dans le Gers. C'est un charmant village, où il y a un festival de jazz qui est connu depuis 20 ans. Et je voulais situer le film sur la place, pour le côté espion, le côté ragot. Mais, ce n’est pas Marciac en soit, c’est tous les villages dont je voulais parler, et j’aimais bien l’idée que la tante, la soeur de mon père habitent là et pouvaient espionner donc ma mère. On apprend pendant le film, qu’elle a été une coquine et qu'il se passe plein de choses, et sans que ça soit dit par les mots. On devine quand même que cette vie, tout est concentré et tout se sait. C’est pour ça que je voulais rester sur la place.

EN : C'est votre premier long métrage ?

JN C’est mon premier long-métrage, en tant que réalisateur. Que je ne voulais pas faire et c’est Agnès Godard, Dubroux et Téchiné qui m’ont poussé, si vous voulez, à passer à la réalisation. Mais, j’ai fait un court-métrage qui s’appelle Manège en 1986 sur les 3 sexes homo, travelo, hétero (interdit aux moins de 16 ans), mais acheté par Canal + qui est passé à minuit et demie. Après j’ai écrit J’embrasse pas. Ce que j’aime bien dans mon travail, si je peux me permettre de dire ça, c’est qu’il y a une continuation, ma seule identité, elle est vraiment dans l’écriture, je privilégie beaucoup l’écriture, donc je refuse de travailler avec quelqu’un et quelques commandes, car je ne fonctionne pas sur la commande. Et c’est vrai que J’embrasse pas, je n’ai pas pu le tourner parce que le sujet était trop difficile, donc on ne m’a pas fait confiance. Puis, j’ai lâché prise assez vite. Puis, il y a eu la Matiouette (1983) qui est un moyen-métrage en noir et blanc, qu’a fait André Téchiné, qui a fait ses premiers pas sur un travail, sur les deux caméras. C’est pour ça qu’il a fait ça expérimentalement parlant. Et après, L’arrière-pays où il revient à 50 ans pour la mort de sa mère.

EN : De passer à la réalisation sur un long-métrage de venir ici à Cannes, ça représente quoi pour vous ?

JN Oh, je vais être un peu prétentieux, le film a été sélectionné au festival d’Angers où les journaux en ont parlé dans de très bons termes. J’ai eu le Prix Sadoul. Je trouvais un peu normal que je vienne un peu à Cannes enfin bêtement, si vous voulez. Et je trouvais important d’être là. C’est que, d’abord, je suis avec vous, enfin tout le monde, on parle de soi, donc c’est toujours très narcissiquement très agréable. Et promotionnellement parlant, c’est quand même toujours bien, même si on ne parle pas assez de “Cinéma en France” je trouve dans les journaux.C’est une très bonne sélection, et je trouve un peu dommage que la presse ne soit pas plus importante par rapport à ces sections parallèles. Et donc, je suis content parce qu’on en parle, c’est toujours un plus.

EN : Et vous avez d’autres projets après, au niveau réalisation ?

JN Oui, j’ai une pièce porno.

EN : C'est du théâtre...

JN Oui, mais je peux faire un film, un moyen-métrage. Et parce que le sujet est trop hard et trop dur, donc au bout de 30 minutes on a compris, donc ça va. Mais, à mon avis je ne pourrais pas le faire.

EN : Pourquoi ?

JN Trop cher, parce qu’en moyen-métrage, je pense que je pourrais le faire si Canal + est intéressée. Et c’est sur le monde des travestis, des hommes qui se travestissent, ce n’est pas la même chose, pas des transsexuels. Des hommes qui se travestissent pour accéder à leurs désirs, pour accéder au fantasme hétérosexuel. Et ils ont besoin de ce travestissement pour accepter aussi leur propre désir. Et une histoire d’amour entre une caissière et un sero-positif à la fin, mais à mon avis, il me faut beaucoup de monde, et je n’aurais pas d’argent parce que je veux payer les gens, j’ai beaucoup de figuration, faut les payer pour les tenir sinon, on ne peut pas le faire, j’ai ça qui me tient beaucoup à coeur.


   vincy