Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20


C. Fechner  



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L'antidote


France / 2005

30.03.05
 



LE METIER DE CONS





"- Michel Drucker! ... Il s'appelle Michel?"

Ce film a beau parler, vaguement, de mondialisation, il sera relativement inexportable. De toute façon, toutes les "subtilités" des dialogues ne s'adresseront qu'au public français. Michel Drucker a beau être un des plus "grands Français de tous les temps", il n'est pas assez célèbre à l'extérieur de l'hexagone pour que le public international comprenne l'un des rares moments caustiques du film. Car, contre toute apparence, et c'est bizarrement ce qui ne nous fait pas détester ce film sans originalité : il y a peu de gags. Le film est même méchant. Nous nous en serions presque réjouis si la mise en scène avait été un peu mieux inspirée. Simple téléfilm se prenant pour une production Besson (le travelling ne survole pas de grands espaces mais le carrelage en marbre). Ou encore si l'on avait demandé à Villeret de faire autre chose que du François Pignon (c'est toujours mieux que sa prestation dans Iznogoud). Ou si, toujours, Clavier avait soigné son syndrome Louis de Funès avant de se prendre pour Messier. Le syndrome se traduit de deux manières différentes : d'une part en incarnant un personnage de patron imbuvable et cupide (croisant un candide prolétaire, désormais actionnaire), d'autre part en accentuant un problème de communication (un double problème de langage et de sueur isolent l'homme de notre monde), paradoxe a priori jouissif pour un nabab des médias.
Mais voilà, par facilité ou paresse, jusqu'au bêtiser qui n'a rien de drôle (sauf à montrer que l'équipe s'est bien marrée sur le tournage), le film ne demande rien d'autre que de remplir un contrat : reproduire une formule éculée, destinée à rassembler le maximum de gens derrière un écran de télé. Entre Francis Veber et Gérard Oury, le film de Vincent de Brus remplira certainement sa mission. A grands renforts de guests, le duo, individuellement bon, collectivement sans magie, L'antidote fait davantage de clins d'oeil au téléspectateur qu'au cinéphile. Le film se noie dans une compilation de clichés et de caricatures. Dans cette France libérale (tout pour le fric), la seule chose qui a changé depuis les années 70, c'est bien l'ennemi. Il n'est plus japonais ou maffieux : il est invisible, intérieur, international. C'est l'argent, un membre du conseil d'administration ou un rival australien. Les Français peuvent aussi être des méchants capitalistes. Il est à noter que tous ces empires n'appartiennent qu'à un conglomérat de fonds de pensions et de petits actionnaires, l'alliance de la carpe et du lapin. Le tout est de savoir sur quel bâtisseur d'Empire vous fantasmez : le Murdoch en hélico ou le Messier en jet privé (avec escorte de la police nationale, puisqu'en France on mélange privé et public).
Constatons surtout l'état de notre civilisation, seule qualité singulière du film, soulignée en creux grâce à une direction artistique reproduisant l'image réelle de ce monde virtuel. Des dirigeants clonés jusque dans le look et leurs accessoires, signes extérieurs de richesse. Un jargon d'initiés, entre initiales et termes anglosaxons. Un espace de jeu - un Monopoly - qui se résume à la télévision et à la presse écrite (ce qui démontre l'obsolescence des auteurs), et qui, cyniquement, met en cause leur crédibilité et leur fonction informative. L'uniformisation, la prétention et la propagande sont donc les piliers de cet univers impitoyable. En cela, L'antidote cible juste. Si c'était l'objectif.
Mais le manque de subtilité du propos, l'absence de nuances, l'aspect trop voyant des modèles (Fox contre Vivendi) rend la comédie plus anecdotique que critique. Sans parler de la forme, ancrée dans la comédie française des années 70, L'antidote n'apporte aucun doute au modèle dominant. Les métaphores sont déjà entendues. Les thèses libérales sont déjà acquises. Les décors chics sont forcément froids et épurés.
Le seul "objet contraphobique" à cet Antidote est un nounours des années 60, désuet et enfoui, Rosebud grossier. Pas de quoi nous attendrir. D'autant qu'on n'a aucune sympathie pour ces deux psychopathes : un maniaque ambitieux et agressif qui vire les gens sur un coup de gueule en les balançant dans le trou, un comptable pinailleur, frustré et prêt à se laisser corrompre à la moindre proposition. Aucune intégrité. Les deux représentent un opportunisme et une avidité glaçante. Ils sont en quête d'un pouvoir, n'ont aucune compassion pour les autres et sont relativement machos. Tout ça en 2005, cela effraie.
Jam le Killer, menteur invétéré, trouve donc dans ce Monsieur Loyal, un antidote. On peut manipuler les comptes, enrichir ses actionnaires, même il faut une vigie, neutre (enfin presque) et pure. Les collaborateurs sont priés de subir les humeurs, les engueulades, le manque de respect du boss. Terrorisés, ils en sont à ne plus savoir quoi dire. C'est là un vrai sujet de film, et le scénario passe à côté : l'impossibilité de communiquer dans un monde où il faut communiquer, l'incapacité à dialoguer dans un environnement qui exige l'échange verbal, l'auto-censure par peur de la transparence. Ceci dit, le suspens, dévoilant trop d'éléments trop vite, nous balise un happy end prévisible. Ajoutons que les seconds rôles sont ratés : s'il existe encore des aristos, doivent-ils encore regretter l'arrivée des "rouges" au pouvoir? le frère devait-il être alter mondialiste et artiste raté? Cette vision méprisante des "gauchistes" inquiète légèrement. Il renforce même l'idée que ce film n'est qu'un brûlot anti-social. Trust, ici, ce n'est pas un groupe de rock, c'est bien une bible idéologique. On aurait aimé un peu plus de fantaisie, d'allégorique.
Le comique est mort, au passage. Tellement trépassé qu'un gag vaut explication de texte de peur que personne n'ait compris ("La bourse et la gaule"). En fait, nous ne sommes pas là pour rire. Mais pour nous angoisser un peu plus. Si tout tombe à plat, c'est que justement les jeux de mots débiles et les situations éculées ne font même plus sourire. Tout est cruel, sombre, fade. Il y a ceux qui aiment la cuisine au Wok et ceux qui dégustent des tripes ou de l'andouillette. La tyrannie est ainsi parfaitement incarnée par cette gamine, insupportable, capricieuse, mal élevée, monstre qui a déjà perdu son enfance malgré ses même pas 10 ans. L'ombre de Peter Pan règne et atteint ainsi Clavier, sa fille et consorts. Si la femme se fracture le tibia, c'est une autre fracture, celle entre des personnages qui ne s'épargnent pas, qui nous ferait souffrir. Mais la fracture est aussi entre le spectateur, ébahi par tant d'inhumanité, et cette fiction, déshumanisée. On veut fabriquer de l'émotion, comme dans certaines émissions de TV, et au final on n'a que de l'illusion.
Puisque personne ne se comprend, puisque nos logiques sont différentes, nous ne voyons pas pourquoi nous sommes obligés de participer à ce tango sans chair entre tarés. Lhermitte, psy blasé et las, rappelle que "l'humour est la meilleure thérapie contre l'angoisse." Il a compris que son client était inguérissable. Qu'il n'y avait pas d'humour dans cet Antidote. Même Drucker, dans la salle, n'a pas rit. Mais, parce que le système le veut, parce que Clavier est un "bon client", il en fera des tonnes dans les adjectifs qualificatifs pour faire croire le contraire à ses fidèles téléphages. Incommensurablement.
 
vincy

 
 
 
 

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