Grand prix du jury à Deauville, Brooklyn Village porte un regard sensible, sans artifice, sur la jeunesse, la gentrification et le rapport à l'autre. Humaniste et bienveillant.



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The Dark Knight Rises (Batman 3)


USA / 2012

25.07.2012
 



ON ACHÈVE BIEN LES HÉROS





"- On tire pas, on tue pas.
- C'est pas marrant
"

Si le joker avait annoncé le chaos sur Gotham en 2008 dans The Dark Knight, c'est avec le dernier volet de la trilogie que ce chaos nous parvient sous la forme d'un film extrêmement bourrin, à l'image du nouvel ennemi en place, Bane. Le dernier opus signé Christopher Nolan, attendu comme le saint Graal qui devait remettre en place les machines hollywoodiennes contemporaines, diffère grandement des épisodes précédents. Loin d'être torturé psychologiquement comme dans The Dark Knight, le Batman de ce troisième volet retrouve l'esprit du film d'action hollywoodien, mêlé au parcours initiatique de Batman Begins, tout en amplifiant tous les éléments possibles (twists, musique, apocalypse) du blockbuster habituel pour un résultat colossal, impressionnant, et malgré tout, un peu décevant.

La structure et le ton adoptés optent ici pour une synthèse entre les rebondissements incessants et histoires démultipliées d'Inception et la noirceur et l'action de The Dark Knight. The Dark Knight Rises est amené à s'imposer comme un épilogue spectaculaire (2h45 sans temps morts) à travers un formalisme qui varie d'un épisode à l'autre. Christopher Nolan s'est certainement amélioré dans sa mise en scène (les scènes d'action sont parfois bluffantes). Et pourtant, certains tocs persistent ; de nombreux plans manquent d'approfondissement : un jeu d'éclairage et d'obscurité dans le tunnel qui file trop vite, quelques séquences trop vite coupées, cassant la sensation perçue ... et il y a ce gênant problème de montage dans la scène du bal, où la grammaire cinématographique est amochée par des angles mal enchaînés.

"L'heure n'est pas à la peur. C'est pour plus tard"

Nolan livre ici un film sauvage, d'une efficacité redoutable (trop?), doté de scènes d'actions absolument rocambolesques. Il n'y aurait pas l'omniprésence de la musique, presque tribale, d'Hans Zimmer (syndrome Inception), le film apparaîtrait certainement moins écrasant. Le final dure plus d'une heure, sans interruption, privilégiant le rythme à l'installation d'une narration plus centrée sur la psychologie. Le twist est expliqué mais si anecdotique qu'il est vite oublié. Car durant cette dernière heure, le scénario ne manque pas de révélations ou de situations essentielles à l'achèvement de cette trilogie. Heureusement, il déroule en parallèle une histoire épique, s'autorisant même à faire surgir Batman très tardivement ou à évincer Bruce Wayne pendant un temps. Bane prend alors le dessus. Et Nolan en profite pour délivrer son message anti-populiste, distiller des indices pour passer du terrorisme du Joker (post 11 septembre oblige) à la révolution de Bane (Occupy Wall Street version Révolution française, période Terreur) et son armée des ombres.

L'art de Nolan - qui pourrait devenir son ennemi et le conduire à se répéter plutôt que de se renouveler - à maitriser de multiples enjeux (l'action est créée à partir du découpage de plusieurs situations simultanées) et à les accoler sans grandes difficultés, permet de former une sorte de spirale infernale qui happe le spectateur du début (un prologue menaçant et planant) à la fin (ouverte), entre palpitation et suspens, ponctuée par cette scène du stade, suivie de celle du speech, aussi émotionnelle que glaçante.

Et pourtant, il manque de ce petit quelque chose d'extrêmement noir qui faisait la grandeur de The Dark Knight. La folie véhiculée par le Joker reste largement supérieur à la froide monstruosité de Bane, trop binaire pour nous intéresser en tant que tel. Sa cruauté et son indifférence sont bien plus charismatiques. Batman, presque fantôme dans le 2e épisode, zombie impuissant, devient ici très sérieux, trop même, quand il n'est pas brisé. Son seul répit de guerrier est une coucherie au coin du feu, filmé très sagement. Homme masqué cerné par des personnages ne dévoilant jamais leur vrai visage (le symbole le plus visible étant Bane, dont le masque tue toute possibilité d'expression faciale et vocale, ce qui le handicape par rapport au Joker), Batman est amoché durant la première moitié du film puis absent et en très mauvais état, pour finalement renaître tel le Phoenix, de ses cendres.

"Personne ne se souciait de moi jusqu'à ce que je porte ce masque"

Dans ce double jeu permanent, où le "je" se dédouble constamment, ils sont tous impeccables. Bale, Cotillard, Freeman, Oldman ne bougent pas de leurs lignes. Mais Gordon-Levitt, Caine (qui fait une OPA sur les moments lacrymaux), Hardy (plus tortionnaire que brutal, plus psychologique que bestial, plus intelligent que les autres), et surtout Hathaway donnent du relief à l'ensemble de cet "all-star cast". Anne Hathaway est resplendissante dès le début en Selyna Kale puis en tenue de Catwoman (certes pas très originale visuellement). Souple et taquine, sensible et déterminée, d'un coup de talon haut ou par un simple regard, cette chatte hitchcockienne (La main au collet) tue aussi bien qu'elle charme. Grâce à elle, une femme s'impose dans la filmographie de Nolan (et de Batman), femmes toujours vues jusqu'alors comme le point faible (de l'un et de l'autre). Ici, de bout en bout, c'est Hathaway qui prend l'ascendant dans chacune des scènes où elle passe.

The Dark Knight Rises est un grand film épique survitaminé, qui veut épater, jusqu'à frôler l'overdose. Un polar pyrotechnique, avec complot capitaliste et menace écologique, où les scènes anthologiques sont finalement assez rares. Cela n'enlève rien au divertissement global, mais l'intensité est diluée dans la frénésie qui s'empare du film et l'imagination moins audacieuse que dans le précédent épisode. Cette tragédie, qui amène son lot de souffrance, se noie dans le flot d'explosions.

Reste qu'on n'en finira pas de voir cette trilogie tendre un miroir peu sympathique à la civilisation américaine. Entre crises du pouvoir et crises monétaires, non sans la démagogie d'une lutte des classes qui sert de toile de fond à la "révolution" prônée par Bane, Nolan insuffle le chaos, sans qu'aucun citoyen ne s'indigne, sauf quelques résistants. D'un côté (les populistes) comme de l'autre (l'autorité), on sent, mais c'est confus, que les scénaristes ont voulu distiller un message sur une meilleure répartition des pouvoirs et des richesses.

S'il est loin de surpasser The Dark Knight, qui jouissait en plus de l'effet de surprise que ce nouvel épisode trop attendu n'a plus, The Dark Knight Rises synthétise la culture populaire hollywoodienne, avec un QI plus développé que les récentes suites, reboots et autres produits formatés pour l'été ; il tente d'apporter une réflexion, certes superficielle, au monde qui bouge... Les Comics, à l'origine, étaient une parabole des peurs de l'époque (atome, guerre froide, ...). Nolan a voulu revenir à cette source originelle, tout en échappant à la malédiction des troisièmes volets de saga : faire évoluer le super-héros dans un contemporain angoissant. Et sans Messie possible.
 
matthieu, vincy

 
 
 
 

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