Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Au bout du conte


France / 2013

06.03.2013
 



LE CONTE EST BON





«- Je connais une manière pour réveiller une princesse… »

... Ainsi le prince pas charmant s’approcha du joli visage de la princesse endormie… Et lui fila une grosse claque… Le conte de fée se prend une baffe au sens littéral du terme avec Jaoui et Bacri. Et pour cause : ils n’y croient pas. « J’étais complètement perdue ». Voilà commence, ou presque cette comédie dramatique (et romantique). Le film est déraillé dès le départ : il tente de trouver sa destination. Chacun cherche sa place, en se méfiant de l’autre. Et doit casser avec ses schémas, son éducation, ses contradictions. Des personnages en quête d’hauteur : dépasser ses névroses, ses obsessions, ses blessures…

En tordant les idéaux des contes de fée, Jaoui/Bacri nous régalent à coups de bonnes répliques, de métaphores plus ou moins habiles, de personnages, plus fantasques qu’à l’habitude, souvent délicieux, parfois un peu vains. Mais la dérision est toujours présente (Bacri est en grande forme dans le genre exaspéré dépressif, ne prenant pas de gants). Le regard sur notre société toujours ironique.

Jaoui-Bacri. Durant une décennie, le duo de scénaristes étaient au firmament : Césars, prix divers, succès public. Que les films soient réalisés par Jaoui ou par d’autres, les « Ja-Bac » avaient imprimé leur style dans un cinéma français paresseux avec des portraits psychologiques fins, un humour parfois acide, et des histoires à hauteur d’hommes, avec une forte pincée d’humanisme.

Après l’échec (relatif) de Parlez-moi de la pluie il y a cinq ans, les deux compères ont pris du champs. Chacun sa vie : pour elle la chanson, pour lui, des rôles plus rares mais toujours justes. Au bout du conte signe non pas une réconciliation mais une forme de bilan de cette période « en solitaire ».

Du coup Jaoui semble s’être libérée… Finie les bonnes manières, l’image léchée, le montage trop calculé. Même l’actrice a changé, se filmant comme une marraine baba cool, mix De Delphine Seyrig dans Peau d’âne et de Josiane Balasko. La musique, variée, joue un rôle majeur. Le sexe, nouvel ingrédient, s’invite dans les conversations. Le script, plus léger en apparence, allie une complainte désenchantée à un hymne à la vie. Lâchant prise avec les sujets graves de la société et le drame, les « Ja-Bac » reviennent à l’esprit d’On connaît la chanson. Se moquant du grand amour indéfectible et absolument fidèle, se gaussant des croyances en tout genre, tout en revendiquant leur importance, Au bout du conte est peut-être désillusionné, mais il est étrangement empathique. Si chacun suit son chemin, vers un happy end romanesque ou une solitude assumée ou subie, le film ne délaisse pas les beaux sentiments, s’autorisant à une naïveté inédite chez eux.

Comme si, en vieillissant, il ne s’agissait plus de croire aux contes de fées, mais de faire le compte des faits et de s’arranger avec eux, en composant avec la vie telle qu’elle nous est offerte. Loin des ambitions, du cynisme et des jugements, le duo signe là un portrait actuel, parfois facile comme un conte pour enfants, parfois assez complexe pour tendre un miroir lucide sur nos failles. En confrontant jeunesse et vieillesse, riches et classes moyennes, dilemmes et indécisions, femmes libres et hommes lâches, père et fils, mère et fille, ils s’embarquent dans de nouveaux sentiers, pour notre plus grand plaisir.

Jaoui a pris soin d’intégrer à l’image des clins d’œil aux contes de notre enfance et de filmer parallèlement un Paris populaire ou contemporain. Le souci du détail est appréciable. Jusqu’à rendre des hommages déguisés à Demy (« Pas très Clémente, Clémence » pourrait être un de ces jeux de mots qu’affectionnaient le cinéaste) ou à la comédie italienne. De se jouer des mythes avec les symboles (c’est un jeune homme qui joue les Cendrillon perdant sa chaussure, Benjamin Biolay en grand méchant loup tout de noir vêtu et la jeune fille toute habillée de rouge, la chirurgie esthétique comme sorcellerie du siècle…), de s’inventer des séquences burlesques (les leçons de conduite) ou encore de se laisser aller à la pure fantaisie (sans vouloir chercher un sens profond) : le film oscille entre l’illumination candide et l’absurde délirant (« Je ne suis pas censé mourir aujourd’hui »).

Les voilà conjurant les mauvais sorts de la vie, louangeant les instants de grâces offerts. Avec une ribambelle de comédiens excellents, ils dessinent un monde réel où le rêve n’a pas sa place. Leur morale est cependant intacte : pactiser avec le diable a un prix. Et l’humain reste la plus précieuse des valeurs. La sagesse l’emportera malgré tout. Enfin pas tout à fait… Ici, les deux tourtereaux vivront heureux, mais se tromperont beaucoup.
 
vincy

 
 
 
 

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