Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants


France / 2004

25.08.04
 



DIEU QUE LES HOMMES SONT MECHANTES





"- Et arrête la boxe! On va croire que c'est moi qui te tape dessus!"

Après s'être penché sur les rapports d'un homme banal vivant avec une actrice célèbre, Yvan Attal s'épanche sur la résistance d'un couple à l'épreuve de la routine. Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants (en fait ici, un seul), aurait pu s'intituler Ils se trompèrent et eurent quelques tourments. C'est le grand sujet du moment. Confronté à une morale chrétienne qui nous a empoisonné le siècle passé mais aussi à ces contes de fée inadaptés à notre réalité, nous voici à nous interroger sur les liens entre le sexe et le couple, la fidélité et l'amour. On se (re)découvre multiple et on essaie de redéfinir le mariage (qu'est-ce qu'on doit mettre dans ce contrat pour qu'il dure le plus longtemps?).
Nous sommes envahis de films sur le sujet ces derniers temps. Attal propose par conséquent sa propre fibroscopie du couple. Dans Ma femme est une actrice il était confronté à un monde d'apparences. Ici, il baigne dans une atmosphère de faux-semblants. Il apporte des réponses similaires à celles de ses congénères (Bourdon, Muccino, ...). Ne sort finalement pas des sentiers battus. Il ne faut s'attendre à aucun grain de sable. Aucune perversion. Si le temps de la désillusion est venu (on ne croit plus aux contes de fée, donc), la conclusion est convenue : même le plus libre des personnages aspirera à la paternité. Il n'y a pas de choix alternatifs. S'il n'épargne pas les hommes (volages ou le voulant), il ne parvient pas non plus à donner une image plus moderne de la femme : il y a la maîtresse, la femme (qui a quand même le droit de fantasmer dans les lieux publics)... Les hommes trompent, les femmes restent à la maison. Il y a bien cette incursion d'Aurore Clément qui revendique un féminisme où la maternité n'est pas obligatoire. L'épisode est trop bref pour ne pas y voir une simple théorie fantasque. En cela, Attal propose une vision de la société relativement conservatrice, et c'est presque décevant. Finalement, le film porte bien son titre : il n'y a aucune ironie. Il faut encore croire au couple tel qu'on nous l'a inculqué.
Mais cela passé, il faut parlé du film en lui-même. Des productions actuelles, ce deuxième coup d'Attal n'est pas exempt de qualités. La photo est belle. La pop british agréable à écouter (Radiohead y a pire). Le scénario tient solidement la route (normal ils roulent tous en Mercedes). Même s'il réplique un peu trop souvent la construction de Ma femme est une actrice (l'acteur étranger en invité vedette, le voyage au loin pour stimuler les tensions). Entre Esposito et Thomson, Attal s'intéresse davantage aux personnages qu'au message. A défaut de nouveauté, le casting fait la différence. Chabat excelle dans son rôle de beauf paumé dans sa masculinité (aux frontières de la folie ordinaire) et Seigner (trop éphémère) tient un vrai rôle à contre courant. Mais si Attal se freine face à Charlotte dans la scène de bataille de pots de yaourts (et autres condiments), il offre à sa compagne une vraie scène de cinéma (musique, regards et stars) avec Johnny Depp. Gainsbourg est l'héroïne, la Vierge Marie, l'intouchable. Magnifique forcément. C'est elle qui rend le film attachant, hélas pas assez touchant.
Le film, pourtant fluide, parfois traîne en longueur, s'étire là où il ne faut pas, appuie parfois lourdement sur certains effets, bavarde plus qu'il n'en faut. Mais il lui manque cette excentricité qu'il approche à chaque fois; mais, par peur, il l'évite l'instant suivant.
Dans ce déséquilibre permanent (favorisant les uns plutôt que les autres), Attal fait le choix d'un film sage, opulent. Si l'amour porté à Charlotte est évident à chaque plan, sa relation adultérine est peu crédible. Il aurait fallu rendre l'amante plus intéressante. Plus enrichissante. Le caractère "polyamoureux" aurait alors été mieux appréhendé. Plus douloureux. Là encore, il valorise sa femme au détriment de son propre personnage, tout aussi beauf que Chabat. Ce film presque macho (dans le bon et le mauvais sens du terme) exposent des femmes sublimes (tous âges confondues) en face de mecs se laissant aller (Heineken oblige). Cruel et lucide. Ne cherchons pas plus loin la fin du mâle.
L'idéal saccagé, la femme reprend le dessus. Du coup le drame l'emporte sur le drôle. Et cette fausse comédie de moeurs devient divertissante mais pas remarquable. Attal sait créer une atmosphère, décrire notre routine. Il ne s'agit pas de rêver au septième ciel pour nous y envoyer. On aurait aimé une vision plus subversive de ce couple qui nous bloque tant dans notre épanouissement...
 
vincy

 
 
 
 

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