Edward Norton se fait rare depuis Birdman et The Grand Budapest Hotel il y a 5 ans. Oh certes on l'a entendu dans Sausage Party et L'ile aux chiens. On l'a croisé dans Beauté cachée et il a fait un caméo dans Alita. Mais il faut dire qu'il écrivait, préparait, produisait, réalisait et jouait dans le film de sa vie, Brooklyn Affairs.



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UN ACTEUR À LA HAUTEUR





"Il va éclater la baraque !" Barbara Schulz l'avait pressenti en 2002. Le casse de Brice était encore pourtant bien loin. Il était piètre dragueur à sketches. Il est devenu LE grand phénomène du cinéma français en 2005 grâce à son nullard de Brice de Nice! Personnage de composition, co-écrit par ses soins aux côtés de Karine Angeli, une des auteurs du célébrissime "Un gars, une fille". Une bonne dose de fantaisie, tout en se donnant à fond : c'est exactement ce qu'ambitionnait Jean Dujardin en transportant sur grand écran ce personnage qu'il connaissait par cœur. Lancée en 1995 avec son One-Man Show, la Brice Attitude fut d'entrée relayée sur le Net. A l'heure où les plus de vingt ans découvraient Loulou sur France 2, les ados eux s'arrachaient depuis bien longtemps les frasques de ce yellow surfeur tout aussi lunaire qu'arrogant. Une aventure inspirée de vieux périples sur la cote landaise et d'un ancien camarade de terminale prénommé Brice. Comme quoi, il en faut peu. Mais de là à l'imaginer gagner un Oscar quelques années plus tard... qui l'aurait cru? Pourtant l'itinéraire de cet enfant gâté par le cinéma est aussi singulier que formidable : des films populaires à succès, une collaboration fructueuse et respectée avec Michel Hazanavicius, et au final, un prix d'interprétation à Cannes et une reconnaissance internationale pour un rôle muet, en noir et blanc.

Comme ils sont loin ces temps de "Graines de star", crochet dans lequel il fut trois fois vainqueur, catégorie "Graine de comique". Ses débuts sur les planches avec la Bande du Carré Blanc (Bruno Salomone, Eric Collado, Emmanuel Joucla et Eric Massot), rebaptisée les Nous C Nous après le succès de leur single du même nom en 1995, lui auront permis en deux temps trois mouvements d'accéder au PAF. A la fois un Boys Band comique, star de "la petite chaîne qui monte" et une troupe sous l'aile de Patrick Sébastien (émissions "La Bande du Carré Blanc", "Fiesta"…), puis de Thierry Ardisson et Laurent Boyer ("Flashback"). Suivront quantités de sketches radiophoniques sur Rire et Chansons.

Instinctif

Jean Dujardin n'aura sans doute pas anticipé le succès qui l'attendait. Plus de 4400000 millions de spectateurs pour ce Brice ringard qui attend la vague. Du vrai marketing, single musical à la clé. A la ville comme à la scène, Dujardin joue, s'amuse, chante, danse et surfe d'un genre à l'autre en toute aisance. Il est l'exemple même de celui à qui tout sourit. Sans doute a-t-il un don pour reconnaître les bonnes affaires. Il glisse, il fonce, il s'exécute pourvu qu'il se fasse plaisir. Du café théâtre au grand écran, en passant par le web, la radio et la télé, son évolution fut sans faille, et multi-support. Il n'a pas forcément connu les galères que rencontre la plupart des comédiens. Bien sûr, il avait enchaîné les petits boulots (ferrailleur, serrurier entre autres), mais c'était avant d'y croire, de se lancer sur scène avec son Brice testé devant un public minuscule mais déjà conquis.
Ses facilités sont telles que sa présence à l'affiche de Toutes les filles sont folles en 2002, aux côtés de Barbara Schulz et Isabelle Nanty, sauva la faisabilité du film. Son tout premier tournage : à l'arrivée, une réalisatrice conquise. Pascale Pouzadoux n'est pas avare de compliments : "Jean, c'est le rêve ! Il faudrait que ça se passe toujours comme ça, que ce soit aussi simple. Aller vers les gens, leur parler, leur faire lire et faire le film. En fait, ça n'arrive jamais, sauf avec Jean. (…) C'est un acteur de folie, il sait tout faire ! ". Même sentiment du côté de Nicolas Boukhrief (Le convoyeur), Valérie Guignabodet (Mariage!) et bien d'autres encore. Vaudevilles, thrillers, films à sketches, policiers, comédies sentimentales : Bienvenue chez les Rozes qui le releva dans un premier rôle, Le convoyeur et Mariage! - son premier film populaire (2 millions d’entrées en 2004) - l'auront définitivement fait passer dans la cour des potentiels acteurs bankables. Rares sont les carrières qui transitent aussi facilement du petit au grand écran.

Jean Dujardin a su s'arrêter au bon moment, alors qu"Un gars, une fille" était au sommet. Sept millions de téléspectateurs quotidiens : le concept fût maintes fois repris ; son succès jamais égalé. Le comédien aborde sa carrière intelligemment. Déconneur ? Bien sur, mais il ne faudrait pas s'y tromper. Loin d'un Michael Youn pu d'un Frank Dubosc, Jean Dujardin n'est pas l'allumé ou le comique troupier un peu beauf qu'on imagine. Qu'on se le dise définitivement : Brice de Nice, c'est un scénario, une interprétation, une partie de plaisir, suivis d'un phénomène social. Point barre. Dujardin se dit réservé, souvent mal à l'aise en dehors de ses prestations d'acteur. A ses débuts au cinéma, il confessait quelquefois pâtir d'un certain manque de confiance en lui.

Talent singulier

Pour compenser ce manque d'assurance, il a exploité un don : Dujardin a débuté en imitant ses aînés, Belmondo en tête (sa référence). Quand il fait sa promotion aux USA, il ne se lasse pas d'offrir aux Américains ces variantes de Sean Connery, John Wayne, John Travolta, Paul Newman... Ce talent, il l'exploite toujours en s'en servant dans chacun de ses rôles pour créer ses personnages. Le visage est fluide, malléable à l'extrême : la bouche, les yeux, les expressions, il est expressif avant tout. Comme les acteurs du muet ou les comédiens de théâtre. Le cinéma l'aura considérablement boosté. Rien d'étonnant. Tourner dès le départ avec Carole Bouquet, Isabelle Nanty, Jean-Pierre Darroussin, Valeria Bruni-Tedeschi, Mathilde Seigner ou encore François Berléand, ç'est revigorant ! Sans oublier les survoltés Eric et Ramzi, les intrépides Michel Muller et Laurent Baffie.

Au début de l'été 2005, Philippe de Chauveron (La beuze) l'a imaginé aux stups avec Pascal Elbé, dans la peau d'un flic sexy et amant de Caterina Murino. Il aura été tendre repris de justice, inspecteur coincé, vigilent convoyeur, vendeur gauche, homo, hétéro en crise, surfeur maniaque.

C'est à l'armée après son bac philo que ses talents d'humoristes se sont révélés ! Jean Dujardin ne se complique pas la vie en allant chercher loin ce qui est à portée de main. On connaît ses propensions au contre-emploi. Il aime tout jouer, se déguiser, faire la farce. Un pur comique qui revendique un jeu corporel, physique. A la fois viril et sensible, parodique et concentré, loin des visages de cire et proche des carrures de westerns et de polars américains. Cela va être sa marque de fabrique jusqu’en 2010. En huit ans de cinéma, il tournera avec boulimie 23 films – rôle principal, rôle secondaire ou guest – dont 8 d’entre eux dépassent le million de spectateurs.

Fidèle

Parfois il traine sur les plateaux pour un petit rôle par copinage (Hellphone), ou il accepte de se détourner de la comédie pour varier sa palette en flirtant avec le film noir (Contre-enquête) ou tout simplement pour jouer avec son icône (Un homme et son chien, avec Bébel). Sa notoriété grandit, la respectabilité de la profession aussi.
En rencontrant Michel Hazanavicius, il n'aurait jamais imaginé le parcours glorieux qu'ils allaient faire ensemble en tournant une version potache, mais stylisée et drôle, de l'agent secret nul, macho, réac, gaffeur, sexiste et classe OSS 117. Un épouvantail au politiquement-correct. 2,3 millions de spectateurs pour l'épisode du Caire, malgré sa propension à ne pas comprendre la religion musulmane. Première nomination aux Césars, pour une interprétation "comique", un exploit en soi. Un cran au dessus pour les aventures à Rio, trois ans plus tard, avec 2,5 millions de spectateurs, malgré son obstination à ne rien comprendre aux Juifs. Les réalisations sont soignées, la nostalgie et l'humour font bon ménage, l'absurde se mixe agréablement à l'hommage : la critique s'affole autour du comédien capable de créer un personnage hilarant et chic. On attend incessamment le troisième opus.
En incarnant le clone de Frédéric Beigbeder dans 99 Francs, publicitaire toxico proche du burn out, il envoie Brice et son oisiveté au placard, avec un personnage excessif assez similaire, mais beaucoup plus sombre. Le public suit Dujardin en toxico serial baiseur. Il obtiendra un prix Raimu de la comédie. Suivent un <>Ocean's 11 à la française avec Ca$h et Lucky Luke, où il incarne le mythique cow-boy solitaire. Il est LA star populaire, celle des films du dimanche soir. A l’exception d’OSS 117, les autres films de l’acteur semblent ne pas séduire la critique.

The Dark Side <
> Il en profite pour tenter un virage vers le drame. Guillaume Canet lui « offre » un rôle symbolique dans Les petits mouchoirs, énorme succès en salles avec 5,5 millions d'entrées. Le film est pourtant éreinté par la critique (qui sera encore plus méchante avec la suite 9 ans plus tard). C'est plutôt dans le meilleur film de Bertrand Blier depuis des lustres, Le bruit des glaçons, qu'il charme, aux côtés d'Albert Dupontel, autre gueule charismatique de ces dix dernières années. L’univers de Blier lui correspond bien. On le sent attiré par des cinéastes au fort caractère et au style singulier. Cela ne va pas se démentir.
Mais c'est surtout une femme, Nicole Garcia, connue pour son flair à choisir les bons acteurs, qui l'engage pour Un balcon sur la mer, dans une histoire romantique étrange. Dujardin apparaît comme un choix logique tant elle aime les hommes "brut" comme du bois et fragiles comme du cristal. L'acteur s'aventure hors de ses sentiers battus et le public, une fois de plus le suit, puisque le drame attire plus d'un million de spectateurs. Cette prise de risque et cette volonté d’explorer de nouveaux territoires, y compris romantiques, se réitérera avec Claude Lelouch (Chacun sa vie, en Inde). Il sait que les hits au box office seront moins flagrants, moins nombreux, mais, comme dans sa vie privée, il veut quitter sa zone de confort, se lancer de nouveaux défis. Au point de s’amuser d’une caricature d’acteur à la DiCaprio dans un épisode de « Dix pour Cent » où il ne parvient pas à quitter son personnage fictif.

En 2011, il revient dans la lumière, passant du noir de la mer méditerranée au noir et blanc du ciel californien. Il retrouve son complice Hazanavicius. Grâce à sa présence au générique de The Artist, le financement d'un film muet (ou presque) en N&B, se fait. Dans un premier temps cette comédie hommage à un Hollywood oublié est sélectionné hors-compétition à Cannes. Mais quand Harvey Weinstein voit le film avant le Festival, il convainc Thierry Frémaux de le mettre en compétition. Les critiques français trouvent le film adorable, un peu lisse, charmant. Les anglo-saxons deviennent hystériques. Coups de cœur, éloges, Weinstein sait qu'il tient LA pépite de l'année. Il y croit tellement qu'il investira 14 millions de $ dans le marketing du film aux USA, soit beaucoup plus que le budget de production du film. Mais qui peut le raisonner quand on voit le miracle produit ? Weinstein n'a pas eu besoin d'attendre le palmarès de Cannes pour lancer sa campagne. Le jeu forcé tout en grimace, danse, mouvements de Dujardin conquiert le monde. De Niro lui délivre un prix d'interprétation à Cannes. De Niro! Puis Dujardin compile les lauriers : Golden Globes, Screen Actors Guild Awards, British Awards... il ne lui manquera que le César dans son palmarès. Mais il obtiendra le Graal avec un Oscar du meilleur acteur, devant Clooney, Pitt, Oldman... Il est le premier acteur français à le recevoir. Autant dire que sa cote explose. Il a pris un agent à Hollywood, a su se plier à la promotion marathonienne imposée par Weinstein, et il ne lui reste plus qu'à progresser en anglais pour jouer les "frenchy" à Hollywood.
Ce qu’il ne voudra pas faire. Tout juste accepte-t-il un second-rôle chez Scorsese, face à DiCaprio, dans Le Loup de Wall Street, en banquier suisse, et une participation plus significative à Monuments Men, de son compère George Clooney (ils ont partagé une pub de capsules de café), en troufion de la seconde guerre-mondiale. Paradoxalement, le triomphe international de Jean Dujardin va le faire revenir en France, où une nouvelle vague est prête à déferler sur lui. Star, bankable, Dujardin est une marque qui frappe et qui va aider des films à se monter.

Le virage

Sa liberté, il l'a conquise. Scénariste, producteur et acteur des Infidèles, film à sketches comme les Italiens savaient si bien les faire à une époque, il prend confiance en son statut. Il tourne Möbius d'Eric Rochant – grosse prod – et fait un passage chez Albert Dupontel dans Neuf mois. Il aime varier les plaisirs, pour un jour de tournage ou trois mois de production. Il cherche surtout des films populaires mais soignés, à l’image de cet hommage aux thrillers des seventies, La French, où il incarne le juge Pierre Michel assassiné par les trafiquants qu’il traquait. Passant ainsi de Cédric Jimenez à Laurent Tirard (le sympathique Un homme à la hauteur qui le rétrécit), il donne finalement une suite à Brice de Nice. Tout est vain : cette suite inutile ne trouve pas son public d’autrefois (qui a vieilli) ni celui de son époque (qui préfère Norman sur YouTube). Semi-échec, Brice 3 le convainc d’arrêter la farce. Se rêvant toujours en Bébel des années 2000, il signe pour Le retour du héros, toujours de Laurent Tirard, une sorte de Mariés de l’an II plaisant mais peut-être un peu désuet dans sa forme.
Finalement, Jean Dujardin retrouve des personnages adéquats, un peu barrés dans des univers décalés, grâce à une génération de metteur en scène, plus proche d’un cinéma indépendant et engagé. C’est le cas chez Gustave Kervern et Benoît Delépine, amateurs de monstres sacrés. En « macroniste » libéral dans un environnement de solidarité et d’entraide, l’acteur déploie toute sa folie (et sans doute un peu de ses contradictions) dans I Feel Good. Et il revient sur la Croisette pour ouvrir la Quinzaine des réalisateurs, avec Le daim de Quentin Dupieux, aux côtés d’Adèle Haenel.
Cette filmographie hétérogène, où il assume son vedettariat tout comme il s’affirme dans un cinéma pas forcément populaire, le rend un peu plus hors-normes. Hazanavicius, Blier, Garcia, Scorsese, Lelouch, et Polanski : peu de comédiens ont pu aligner à la fois de grands succès en salles et une liste d’auteurs aussi variée.

Il est devenu le Roi dans un jardin français, qu'il ne semble pas trouver si étroit. Cet enfant de la télé, héritier de la culture populaire des années 70 et 80, a prouvé que la popularité n’empêche pas l’audace. Un artiste.

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