Isabelle Huppert n'en finit plus de jouer les femmes maléfiques, veuves ou seules, perverses ou simplement manipulatrices. Si on peut se lasser de ces rôles répétitifs au cinéma, elle sait aussi créer l'admiration avec ses performances au théâtre (en ce moment mise en scène par Bob Wilson dans Mary said what she said). A l'écran, on la reverra dans La Daronne de Jean-Paul Salomé, une comédie policière, et Luz de Flora Lau.



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ENTRE RAGE ET TENDRESSE





Guillaume est un jeune comédien plein d'enthousiasme qui n'a pas encore la grosse tête et qui a plusieurs cordes à son arc.
Découvert à l'écran dans Barracuda au côté de Jean Rochefort, le jeune Canet (25 ans) voulait être cavalier jusqu'à une mauvaise chute de cheval (son père est éleveur) qui l'a fait bifurquer vers le cinéma. "C'est un métier que j'aime sous toutes ses facettes. J'aurais autant de plaisir à être chef op, cameraman, cuisinier peut-être pas".
Sa prestation dans "La Ville dont le prince est un enfant", mis en scène par Christophe Malavoy au théâtre, a fait impression. Et dans En plein coeur face aussi à Gérard Lanvin et Carole Bouquet, il tenait bien sa place et habitait magnifiquement l'écran. Ce jeune comédien choisit des rôles ni trop marginaux ni trop populaires, en adéquation avec sa génération : critique, lucide, et en même temps bien soumis au système, de Jeu d'enfant à Narco, de The Beach à Mon idole. Rêves et retour sur terre. Avec une grosse claque au passage. ce qui lui donne un air un peu lunaire, un peu naïf. Il a ce mélange très particulier et très rare, de charme et de violence.
Ce jeune homme ébouriffé, qui a le rire facile, surprend par le caractère sombre de son court métrage Je t'aim, avec Christophe Malavoy, l'histoire d'une petite fille et d'un père à problèmes, incapables de communiquer l'un avec l'autre. "Tous les jours", dit Guillaume Canet, "on tend la main, on a envie de dire des choses à des gens qui ne nous écoutent pas. Je suis quelqu'un de souriant et sain mais je n'ai pas forcément envie de raconter des histoires drôles".
Le long métrage qu'il écrit alors n'est pas "super gai non plus, mais il est plus léger", précise-t-il. Les retombées de La plage lui faciliteront la vie. Car The Beach le fait rentrer dans le club très fermé des jeunes acteurs français richissimes. "Ca me fait plaisir de travailler avec Leonardo DiCaprio", confiait-il à l'époque. "Mais ça me fait encore plus plaisir de travailler avec Danny Boyle. Il est extraordinairement gentil, simple, gai et il sait ce qu'il veut". The Beach fut un succès populaire. Canet a enchaîné avec d'importantes productions de genres, des échecs relatifs aussi, des premiers films gonflés mais ratés : Les Morsures de l'aube, Vidocq... Clairement, il n'était pas convaincant, pas à l'aise dans ces productions mastodontes et tocs.
Canet a déjà la tête ailleurs, souffre de subir les critiques sur des films qu'il ne contrôle pas. Il n'est pas vraiment mis en valeur. C'est dans un petit rôle, en modeste manutentionnaire, qu'il revient en nous offrant de nouveau son charme, loin des costumes de héros ou de méchants qui ne lui conviennent pas.
Fin 2002, il prend le risque ultime, qui le démange depuis si longtemps : la réalisation. Mon idole est l'illustration de ce qu'il observe, de ce qu'il déteste et de ce qu'il est. Aurait-il trouvé enfin sa voie?
En tout cas après avoir suivi les pas de Jean Yanne (son plus beau personnage : Je règle mes pas...), il suit son propre chemin, entre les itinéraires déjantés et fantaisistes des uns et les idéaux bien de notre temps qu'il imagine.

Vincy


 
 
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