Guillaume Canet ne savait rien du scénario et a du improviser durant six jours pour interpréter le rôle d'un père devenu fou pour retrouver son Garçon. Après le succès correct de Rock n'Roll, le cinéaste retrouve ainsi le plaisir de jouer: on l'attend chez Gilles Lellouche, Cédric Anger et Olivier Assayas.



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MADEMOISELLE JULIE

Il paraît qu'il est difficile de se faire un prénom dans ce métier. Surtout quand le père s'appelle Gérard Depardieu. Père pesant, lourd, envahissant, ombre planante et étouffante qui lui gâche un peu son César du meilleur second rôle féminin (après avoir décroché celui du meilleur espoir durant la même soirée). Pourtant, Julie, plus soeur de Guillaume que fille de, est parvenue en dix ans à s'installer dans le paysage.
La gamine ne rêvait que d'écrire, n'avait qu'une passion, la musique. Son duo accordé avec le violoniste virtuose Laurent Korcia n'y est pas pour rien. Elle sera mise au violon dans Le jardin aux betteraves sur la scène du Rond Point. Pour Toi et Moi, elle se serait "bien vue dans le rôle de la fille qui tombait amoureuse d'un violoniste, mais pour Julie Lopes-Curval c'était très clair que je jouerais l'autre soeur." Celle qui écrit. Ô ironie pour celle qui se qualifie d'oreille géante, auditrice fervente, passée des guitares électriques de Led Zeppelin et AC/DC aux mélodies de Mozart - "Un choc, une révolution esthétique".
En chanson il y a deux Julie. Celle de Marcel Amont et celle de Mano Solo. La première se roule dans l'herbe, gazelle allumeuse, "Les yeux baissés, Les genoux serrés, Faites de la dentelle, Faites de l'aquarelle..." Colchique dans les prés, Julie Depardieu, robes à fleurs, sourire avenant de la fille nature, cultive son personnage jusque dans les films... La seconde est une serveuse aux cheveux gras, fantasme d'homme délaissé, bonne au bonheur des autres (elle avoue : "les gens qui ne vont pas bien : j'aime les écouter, j'ai toujours quelque chose à leur dire.". "Fais monter la pression Julie"
Justement, Julie Depardieu fait monter la pression, film après film. Loin des études de philo, au coup de coeur. Distillant sa fantaisie dans des univers aussi varié que ceux de Dubroux (en sociologue curieuse et voyeuriste) ou de Duty (en actrice porno devenant bonne copine d'une bourgeoise). Des énormes succès populaires à la télévision comme au cinéma entraînent une légère surchauffe de la demande : une dizaine de films en moins de deux ans, encore plus boulimique que son père!
Tout est dans l'impulsion. La pulsion. "Un scénario, c'est comme la vie, on sent tout de suite si c'est pour nous ou pas - même si, comme dans la vie, il arrive qu'on se trompe." Et quand elle joue : "je ne suis pas une actrice qui intellectualise beaucoup. Je m'arrange pour que le personnage me ressemble, qu'il devienne un peu moi." Cela pourrait lasser. pourtant d'un rôle muet dans un Jeunet (Un long dimanche de fiançailles) à une épouse trompée pour une star morte (Podium), Julie Depardieu sait varier les registres. Le rire est souvent décalé, un brin cérébral. Les larmes plus facilement présentes. Elle a ce don admirable chez les plus douées des comédiennes : celui d'insuffler les nuances sensibles de nos vague à l'âme pour faire basculer une scène même hilarante en un sentiment diffus, touchant, attachant. On l'aime, alors, instantanément. C'est la cuisine de Julie...
Un mélange d'Arletty (elle chantera même une chanson de la gouailleuse) et de muse champêtre pour un tableau (de Maurice Pialat forcément, qu'elle admire tant). Elle s'avoue peu cinéphile mais, spectatrice, elle a "envie d'être au centre d'une chose qui m'intéresse, c'est-à-dire d'un regard porté sur les gens". Ellle appréciera donc un haneke, avec lequel elle partage au moins le goût du masochisme! "J'aime quand on attend quelque chose de moi parce que moi je n'attend rien de moi. J'attends juste de ne pas trop me décevoir à l'heure de la mort" Sous la légèreté en surface, pointe un abîme d'angoisse, des profondeurs de tristesse, une détresse mélancolique que les Bach, Berlioz et autre Haendel ne suffisent pas à combler... Pas le genre de comédienne à se mutiler pour un rôle, plutôt de celles dont le tempérament charismatique suffit à envahir le champ, un peu comme son père. Déchirée de l'intérieur, et cela suffit. Aspirant à plus de tranquillité sans doute. " Je ne pense pas par exemple que je pourrais jouer une fille calculatrice et froide. Mais je compense mon manque de technique par beaucoup d'envie de satisfaire."
La vocation n'est pas innée - "après mes études de philo, des occasions se sont présentées. Je me suis aperçue que ça me plaisait énormément, que c'était beaucoup moins dur que la vie." Elle relativise : "on a tous 10, 30, 60 facettes. Et le jeu c'est d'essayer d'en trouver une." Julie Depardieu collectionne cependant les prix, dont les louanges de ses pairs : que ce soit pour son rôle dans le téléfilm "Deux femmes à Paris" (prix d'interprétation à Reims en 2001) ou pour le Claude Miller, La petite Lili. Rôle tournant. Le film est présenté à Cannes. Baptême du feu. Elle y est l'amoureuse timide de l'aspirant cinéaste qui n'en a que pour Ludivine Sagnier, égérie rêvée. Elle joue ainsi la banalité, la fille transparente, celle dont le mal être n'intéresse personne, dont le bien être ne dépend que d'une illusion, qui se mue en épouse parfaite, en alliée fidèle, en femme solide. Un des plus beaux personnages imaginé pour une jeune comédienne...
Elle est parfaite dans ce tempérament a priori terre à terre mais qui fait tourner les têtes dans les étoiles, et serait prêt à envoyer un mec lui décrocher la une. Les hommes, à son contact, sont comme pris d'aliénation (Essaye-moi, Podium, Toi & Moi). Son psy doit en baver... Elle séduit tout le monde : Téchiné ("il m'aurait proposé le rôle d'une chaise j'aurais accepté!) comme une comédie du réalisateur de la sitcom "H" (Eric Lavaine) au titre déjà évocateur, Poltergay, en attendant Dupeyron, Emmanuel Salinger, des retrouvailles avec Miller... Du sérail depuis sa naissance, Julie Depardieu élargit sa famille, film après film, rencontre après rencontre, sans étiquettes, sans préjugés, cherchant une pureté originelle, à se débarbouiller de cette saleté d'argent, de cet ennui maladif, de cette célébrité virtuelle et périlleuse. Toujours mademoiselle mais déjà grande dame.

vincy


 
 
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